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où Jonas, rejeté par la baleine, tombe, pour ainsi dire, sous Yhedera ou la cucurbita recourbée en berceau. Le poisson ne ressemble en rien aux hôtes habituels de la mer ; il a les traits d'un de ces monstres fabuleux, hippocampe ou veau marin, que les Romains aimaient à représenter, par une fantaisie décorative, dans les appartements de leurs maisons ou sur les murs des chambres funéraires. Les premiers chrétiens, imbus des habitudes de Tart antique, le firent quelcpiefois entrer, à titre d'ornement, dans les peintures des plus anciens cubicula des catacombes; peu à peu il devint inséparable de l'histoire de Jonas, et cessa d'être représenté seul : c'est un véritable dragon, avec un cou long et étroit, une tête énorme, de larges oreilles, quelquefois des cornes : « sa croupe se recourbe en replis tortueux. » Sous cette image fantastique, les chrétiens voulurent peutêtre symboliser la mort; peut-être n'adoptèrent- ils ces traits étranges que pour distinguer le poisson qui joue un rôle dans l'histoire de Jonas du divin 1X0ÏC, emblème de Jésus-Christ.
Daniel dans la fosse au lions est habituellement représenté, sur les murailles des cimetières ou sur les bas-reliefs des sarcophages j nu* entre deux lions, debout, les bras étendus en forme de croix (voir planche XIX). Son histoire pouvait être prise soit comme un symbole de la résurrection *, soit comme une exhortation au martyre. Ecrivant au milieu d'une persécution, saint Cyprien se sert de l'histoire de Daniel, et de celle des trois enfants hébreux plongés dans une fournaise ardente pour avoir refusé d'adorer
I. M. Edm. Le Blant (Inscript, chrît, de la Gaule^ I, p. 493) ne peut citer que cinq exemples dans lesquels Daniel soit vêtu, et tous sont d'une date bien postérieure aux peintures des catacombes. Voyez cependant notre figure 10, p. 100. Si Tartiste avait cherché la vérité historique, le prophète aurait dû être représenté assis, avec sept lions autour de lui (Dan.j xiv, 39). — Pour les fibules mérovingiennes sur lesquelles est gravée l'image de Daniel, voir Le Blant, t. I, pi. n°* 248, 351, 2p; t. II, pi. n® 254.
a. S. Hieron., in Zach,^ lib. II, c. IX.
3i8 ROME SOUTERRAINE.
ridole élevée par Nabuchodonosor , comme d'exemples signalés de la grandeur des miséricordes divines, et de la force du Seigneur, qui a donné à ces illustres Hébreux le courage du martyre, et les a délivrés des mains de leurs ennemis, les réservant pour sa plus grande gloire*. D'autres Pères * citent ces deux traits bibliques comme un des nombreux symboles de la résurrection des morts. Saint Ephrem, dans rhymne xliiï, considère les trois sujets que nous venons d'indiquer comme des types de la résurrection, comme établissant le droit du corps à sortir victorieux du sépulcre : « Le corps a triomphé de la fosse aux lions, de la fournaise, et du poisson monstrueux qui fut contraint de rendre celui qu'il avait englouti'. »
Ces diverses interprétations, empruntées pour la plupart à des auteurs contemporains des persécutions, montrent quel parti l'Eglise primitive savait tirer des histoires de TAncien Testament, et avec quel tact et quelle grandeur elle en appliquait le sens à ses propres épreuves. Les Pères d'une époque plus récente, comme saint Augustin et saint Jean Chrysostome, voient dans l'histoire des trois enfants hébreux une figure de celle de l'Eglise, d'abord interdite par les pouvoirs de ce monde, persécutée, puis triomphante, et soumettant jusqu'à ses ennemis. Il semble que les premiers chrétiens, même dans leurs heures les plus sombres, dans le feu de leurs épreuves, aient eu comme une vision prophétique de ce grand changement. Ils regardaient les adorations que le Sauveur enfant avait reçues des sages de l'Orient comme les prémices de l'hommage que le monde entier lui offrirait un jour. Dans cette pensée, ils se plaisaient à rapprocher l'une de l'autre ces deux histoires, les trois enfants refusant d'adorer l'idole de Nabuchodonosor, dans l'Ancien Testament, les trois Mages adorant l'enfant Jésus, dans le Nouveau. Le parallélisme de ces deux sujets est beaucoup