‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 193 sur 228 · Contra Symmach,, I · texte numérisé non relu

Contra Symmach,, I

2. Elle est représentée cachant son visage dans un pan de sa robe, et tendant à Job un pain au bout d'un bâton, dans un manuscrit grec de la Bibliothèque nationale (n^ 510, P» 71), et sur un sarcophage d'Arles publié par M. Edm. Le Blant, Revue archéologique , 1860, planche XVII.

Bible dans la bouche de Job : n Ma femme a en horreur de mon souffle ; n à l'autre extrémité, un groupe de figures représente un personnage conduit au supplice par des soldats ; à la tète chauve du prisonnier, à l'épée nue qui brille dans la main d'un de ses gardiens, on reconnaît l'apôtre saint >

Paul emmené vers le lieu de son ■

supplice sur la voie d'Ostie. Les frises des cinq arches qui divisent en compartiments la rangée inférieure des bas-reliefs sont ornées de iîgures symboliques formant ^

peut-être la partie la plus inté- ^

ressante du sarcophage. Les su- s

jets sont connus et fréquemment |

représentés dans les œuvres d'art ^

primitives; maïs ici iin agneau tient ^

la place des trois enfants dans la I

fournaise; un agneau, armé de la ^

verge miraculeuse, fait jaillir du s

rocher une eau vers laquelle un £

autre agneau se précipite; un agneau \

opère le prodige de la multiplica- ^

tion des pains; un agneau, de sa patte levée, touche la tête d'un autre agneau placé au pied d'une chute d'eau, et sur lequel une colombe verse un torrent de lumière, symbole des dons du Saint-Esprit dans le sacrement de Baptême ; un agpneau s'approche avec respect pour recevoir le livre de la loi ; un agneau ressuscite Lazare. Ces six représentations figurées prouvent incontestablement le caractère symbolique

des sujets sculptés sur les sarcophages; elles nous enseignent que, dans la main de Moïse, ou de Pierre, ou de Tagneau, la verge divine représente le pouvoir du Christ, par lequel les miracles de la grâce dans les sacrements de l'Église sont opérés*.

Notre revue des sculptures chrétiennes du musée de Latran ne serait pas complète si nous passions sous silence la célèbre statue assise de saint Hippolyte, placée au fond de la grande salle. Winckelmann y reconnaît Tœuvre la plus parfaite qu'ait produite la sculpture chrétienne primitive. Elle a été découverte lors des fouilles pratiquées en 1551 dans le voisinage de Saint-Laurent-hors-des-Murs. 11 est probable que sa place première avait été le cimetière souterrain de Saint-Hippolyte, ou la basilique adjacente à ce cimetière. Elle ne peut être postérieure au m* siècle : la tête et les bras sont modernes, mais les parties antiquei de la statue, le corps et les draperies, sont d'une pureté de

I. Il est curieux d'observer combien fréquente est la reproduction des mêmes sujets sur les sarcophages sculptés de Rome. Le catalogue qui suit est tiré des Lutcrs front Rome de Burgon , lettre XX : Borgon •énumère cinquante- cinq sarcophages étudiés par lui au mutée de Latran, et nous ajoutons à la liste le résultat de Tétude faite par Bosio «ur quarante-huit autres, dont trente ont été trouvés dans les cryptes <du Vatican. Voici la liste des sujets représentés, et Ténumératioii do nombre de fois où ils se rencontrent : nous mettons en regard les chiffres résultant des observations de Bosio et de celles de M. Burgoo sur les sarcophages du Latran :

Latran. Bosio.

Histoire de Jonas 25 11

Moïse frappant le rocher 21 16

Arrestation de saint Pierre. ... 20 14

Multiplication des pains 20 14

Jésus rendant la vue iTaveugle. 19 il

Changement de Teau en vin. . . 16 8

Résurrection de Lazare 16 14

Reniement de saint Pierre.. . 14 8

Daniel dans la fosse aux lions. 14 7

Ouérison du paralytique 12 7

Création d*Ève 11 2

Sacrifice dMsaac 11 9

Adoration des Mages. i x 8

Latraa.6oùo.

Chute d*Adam et Eve i

Guérison de Thémorroîsse ....

Entrée de Jésus à Jérusalem.. .

Le bon Pasteur

Noé dans Tarche

Le Christ devant Pilate

Le Christ donnant la Loi

Les 3 enfants dans la fournaise.

Moïse se déchaussant

Élie enlevé au ciel

La Nativité, avec le boeuf et

râne

Jésus couronné d*épines

Style, d'une dignité d'attitude et de maintien qui reportent Tesprit bien loin du temps de Constantin; de plus le Canon paschalis gravé sur un des côtés du siège de marbre dans lequel le saint docteur est assis cessa d'être suivi quelques années après le martyre d'Hippolyte, ce qui achève de fixer la date approximative de la statue. Nous ne fatiguerons pas nos lecteurs par un exposé détaillé des longues disputes auxquelles donna lieu, dans la primitive Église, la fixation du jour où devrait être chaque année célébrée la Pàque. On sait que l'Église romaine lutta longtemps et avec énergie contre ceux qui suivaient le mode de calcul des Juifs, et qui, faisant tomber la Pàque le quatorzième jour du mois lunaire, avaient reçu le nom de Quarto-Decitnans. Pendant les deux premiers siècles l'Église avait conservé la manière juive de supputer la date pascale; mais, peu à peu, les chrétiens persécutés par la Synagogue se détournèrent avec une horreur croissante de tout ce qui venait d'une source juive : et comme, depuis le commencement du m* siècle, l'Église renfermait dans son sein des hommes d'une science égale à celle des rabbins, les évêques chrétiens, et spécialement l'évêque de Rome, jugèrent le moment venu de fixer avec autorité la date à laquelle devrait être célébrée désormais la grande fète de Pâques.

Hippolyte est le premier qui ait composé une table par laquelle, en doublant la période grecque de huit ans, il crut, au moyen de sept de ces périodes de seize années, trouver une formule corrigeant les différences entre les années lunaires et solaires, et fixant pour toujours la vraie date pascale. Sur une des faces de la chaire de marbre est gravé le mode de calcul , le Canon ^ sur l'autre une table composée d'après ce canon, et donnant la date de la Pàque pendant 112 années. Malheureusement la méthode de saint Hippolyte se trouva faussée par une erreur de trois jours dans le calcul de chaque période de seize ans : quand l'erreur eut été reconnue, ce premier essai de calendrier pascal perdit toute valeur pratique, et il fut

nécessaire de redresser et de refaire tous les calculs. Nous connaissons ces détails par un traité attribué à saint Cyprien, et portant la date de Tan 243 ; l'auteur assigne à cette erreur de trois jours une cause curieuse : saint Hippolyte, dit*il, a compté du premier jour de la création du monde, au lieu de commencer à celui oii la lune fut créée ! Nous pouvons conclure de tout ceci que la statue appartient à la première moitié du iii^ siècle, à une époque où l'erreur du canon d'Hippolyte n'était pas découverte, et où il était encore considéré comme un des principaux titres de gloire du saint docteur.

Dans la pensée de saint Hippolyte, la table composée par lui déterminait la date de la Pàque dans le passé non moins exactement que dans l'avenir. On y voit marquées les dates des plus célèbres solennités pascales, par exemple l'Exode, qui, d'après lui, aurait eu lieu le 2 avril, ou le 5, si l'on suit la chronologie de Daniel. Hippolyte fixe également la date des diverses célébrations de la Pâque dans le désert, au temps de Josué, d'Ezechias, de Josias, d'Esdras; il note le jour où tombait la Pâque dans l'année où naquit le Christ et dans l'année où il souffrit.

La liste des ouvrages de saint Hippolyte est gravée à coté du canon pascal. L'édition de Migne contient, avec le texte du canon, de la table, et le catalogue des ouvrages, un long et intéressant commentaire auquel nous renvoyons le lecteur désireux d'approfondir des problèmes de critique et d'histoire que nous ne pouvons même effleurer ici.

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