‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 194 sur 228 · LES CATACOMBES RENDENT TÉMOIGNAGE DE LEUR ORIGINE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LES CATACOMBES RENDENT TÉMOIGNAGE DE LEUR ORIGINE CHRÉTIENNE

Sommaire. — Objet de cette partie da livre. — Les chrétiens seuls ont enterré leurs morts dans les catacombes. — Comment s'explique la présence de quelques inscriptions païennes. — Le P. Marchi a le premier revendiqué l'origine chrétienne des catacombes, et combattu l'opinion contraire uni* versellement admise. — Sol volcanique de la campagne romaine. — Tufa. UtoîcU, — Po{^olana, — Tufa granulare, — Les catacombes ont été creusées dans le tufa, granulare, — C'est là une preuve de leur origine chrétienne. — Antre preuve : différence entre le mode de leur construction et l'aménagement des carrières de pouzzolane. — Exceptions à la régie générale : le cimetière de Saint- Hermès. — Il prouve la difficulté de convertir un arenarium en catacombe. — Comment naquit la théorie de l'origine païenne des catacombes. — Textes qui semblent identifier les cimetières chrétien» arec d'anciens arénaires. — Examen de ces textes, au nombre de neuf. — Le mot crypta arenaria n'implique pas nécessairement un arénaire. — Explication de cinq passages : I. Le pape Corneille. — II. Les Quattro coronati, — III. Saints Chrysanthe et Daria. — IV. Saint Crescentius dans le cimetière de Sainte-Priscille. — V. Saints Hippolyte, Eusèbe, etc.^ sur la voie Appienne. — Ces exceptions apparentes confirment la règle. — Conclusion.

Dans les livres qui précèdent, rhistoire de Rome souterraine a été racontée d'après les documents écrits que l'antiquité nous a conservés, et d'après les monuments de toute sorte, tombeaux, peintures, sculptures, inscriptions, qui ont été découverts dans les catacombes : on a vu comment ces documents de nature si différente s'accordent, se complètent, et, interrogés par une saine critique, con-

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duisent aux mêmes conclusions. Il reste à considérer de plus près le témoignage matériel des catacombes ellesmêmes, c'est-à-diré non plus seulement les enseignements qui ressortent de la lecture des dates et des noms inscrits sur leurs murailles, mais encore ceux qu'on peut tirer d uil examen détaillé des galeries souterraines et du mode de leur construction. Une telle étude paraît sèche et peu attrayante; mais ses résultats sont trop importants pour qu'il soit permis de les passer sous silence. La confirmation qu'en reçoivent la plupart de nos démonstrations historiques payera amplement le lecteur de la peine qu'il se sera donnée pour maîtriser les aridités inséparables d'un tel sujet.

La première question que nous poserons à ces longues et silencieuses rangées de tombes est celle de leur origine. Il est inutile de s'arrêter aux opinions de quelques auteurs protestants du xvii* siècle. Nous ne prendrons au sérieux ni Burnet affirmant que tous les signes de christianisme découverts dans les catacombes furent ajoutés après coup par des moines imposteurs du iv* et du v* siècle, ni Misson prétendant, au contraire, qu'ils avaient été placés par les premiers chrétiens sur les tombes de leurs frères pour distinguer celles-ci des tombes païennes auxquelles elles étaient mêlées. Il est universellement admis aujourd'hui que les catacombes ne servirent jamais qu'aux chrétiens. La présence, dans leurs galeries, de quelques inscriptions païennes ne saurait ébranler cette vérité historique : on a vu, par répitaphe du pape Eusèbe, gravée sur une pierre détachée d'un arc de triomphe, qu'à une certaine époque les chrétiens firent usage de matériaux déjà employés avant eux par les païens. Les chrétiens seuls eurent leur sépulture dans les catacombes ; l'analyse de ces immenses souterrains en donne une preuve surabondante, puisqu'elle démontre que seuls ils les creusèrent.

Cette démonstration est une des conquêtes de l'archéologie contemporaine. Presque jusqu'à la moitié de ce siècle, la théorie généralement admise voyait dans les catacombes l'œuvre des païens de Rome, qui, disait-on, les avaient

creusées pour en extraire les matériaux dont a été bâtie la ville éternelle : les chrétiens, ajoutait-on, y trouvant un abri tout préparé pour les restes de leurs frères martyrisés, se les approprièrent, et, par des additions successives, en firent ce que nous les voyons aujourd'hui, c'est-à-dire à la fois des cimetières et des lieux destinés au culte. Les anciens documents, comme on le verra, prêtaient quelque appui à cette théorie, acceptée par Baronius, Severano, Aringhi et d'autres savants. Bosio lui-même est muet sur l'origine des catacombes : Boldetti, avec toute l'expérience que lui avaient donnée trente années d'observations personnelles, osa réclamer pour un petit nombre de cimetières seulement une origine entièrement chrétienne. Le P. Lupi alla plus loin : il démontra que les excavations additionnelles faites par les fossores chrétiens devaient dépasser en étendue le premier travail des ouvriers païens ; mais Bottari , d'Agincourt , Raoul- Roche tte furent unanimes à maintenir l'origine païenne des catacombes. Le P. Marchi a soutenu le premier que l'origine des cimetières souterrains appelés de ce nom est exclusivement chrétienne. Il avait contre lui l'autorité de ses devanciers; mais il défendit son opinion par des arguments puisés moins dans les livres que dans les cimetières eux-mêmes. Ses investigations furent poursuivies par les deux frères de Rossi ; leurs patientes recherches ont répandu sur ce sujet de si abondantes lumières, que l'origine chrétienne des catacombes peut désormais être considérée comme fermement établie. Pour bien comprendre les motifs de cette conclusion, il est indispensable de se faire une idée du ^^raf «m géologique dans lequel sont creusées les catacombes ; nous extrairons du Guide à Rome^ édité par Murray, quelques passages d'une notice très-bien faite sur la géologie romaine : nous ne pourrions résumer sous une forme plus claire et plus brève la longue dissertation publiée par M. Michel de Rossi dans la seconde partie de la Roma sotterranea.

a Le sol de la campagne romaine est formé, dans sa plus grande partie, de matériaux d'origine ignée. On peut

les diviser en deux classes, qui diffèrent par leurs caractères minéralogiques, leur disposition, leur date, etc. Les plus anciens paraissent avoir succédé immédiatement aux dépôts marins tertiaires, ou même en être contemporains; ils ont été produits par une action volcanique sous-marine, et consistent, dans le voisinage immédiat de Rome, et dans la ville elle-même, en un tuf volcanique de couleur rouge, formé par une agglomération de cendres et de fragments de pierre ponce. Les archéologues romains lui ont donné le nom de tuf a litoïde. On s'en est servi de tout temps et l'on s'en sert encore pour bâtir. Ce tuf forme la base de la plupart des sept collines qui occupent la rive gauche du Tibre : la roche Tarpéienne, sous le Capitole, en est composée, ainsi que la partie inférieure du Palatin, le Quirinal, TEsquilin et l'Aven tin... On l'extrait sur une grande échelle au pied du Monte Verde, et il fournit d'excellents matériaux pour la construction... On ne voit plus aucune trace des cratères qui ont donné naissance à ce tuf primitif. « Un certain laps de temps parait s'être écoulé entre l'apparition de ce premier dépôt et celle des roches volcaniques plus récentes de la campagne romaine ; durant cet intervalle, le sol a dû s'élever, et être couvert, en certaines places, par des lacs d'eau douce et des marécages. A cette période appartient la couche, souvent très-régulièrement stratifiée, de charbon, de cendres, etc., qui forme la surface immédiate du sol ; à la même époque appartiennent des empreintes de feuilles et de plantes terrestres, des lits de sable calcaire et de marne, que l'on rencontre de place en place, avec des coquillages de terre ferme et d'eau douce, quelquefois même des ossements fossiles;... mais la plus grande partie de ces roches volcaniques de formation récente fut déposée sur la terre sèche ; elles forment ordinairement des couches horizontales ; les dépôts de po\iolana ou roches volcaniques, dont on se sert pour faire du mortier, appartiennent à cette époque de volcans non plus sous-marins, mais à ciel ouvert, de même que le tufa granulare rouge dans lequel sont creusées les catacombes des

premiers chrétiens, et probablement aussi les variétés du tuf plus compacte connu sous le nom de peperino^ que Ion exploite à Albano et à Marino *. »

Tel est le sol de la campagne romaine. En reconnaissant que les catacombes ont été creusées dans le tuf a granulare de préférence à toute autre espèce de roc, le P. Marchi eut un premier soupçon de la fausseté des théories universellement admises sur leur origine. Le tufa litoïde, appelé par les anciens lapis ruber et saxum quadratunij présente de nombreux exemples d'anciennes carrières, mais on n'y trouve pas une seule catacombe ; et la poiiolana^ tant prisée par Vitruve * comme renfermant toutes les qualités requises pour faire le meilleur ciment, exploitée dans ce but sur une si grande échelle, parait avoir été évitée avec soin, et de propos délibéré^ par les premiers auteurs des catacombes. Le tufa granulare, par la quantité de terre qui entre dans sa composition, ne sera jamais employé pour faire du ciment là où Ton pourra se procurer de la vraie ponolanay et il est beaucoup trop mou pour que Ton se serve de lui en guise de pierre dans les constructions. Et cependant dans cette couche seule ont été construits ces vastes systèmes de galeries que Ton appelle les catacombes. Il est extrêmement improbable que les païens aient creusé ces galeries pour en extraire une matière impropre à tout usage utile : c'est là le premier argument en faveur de leur origine chrétienne : et il est d'autant plus concluant que le tufa granulare, qui ne pouvait servir à autre chose, était admirablement adapté à la sépulture des morts. Il se travaille facilement, il est assez consistant pour qu'on puisse le façonner en galeries et en chambres sans danger d'effondrement, et en même temps assez poreux pour absorber promptement l'eau, assuran

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