COMMENCEMENT DES CATACOMBES
SoMMAïKB. — Les sépultures romaines étaient toujours extra muros, — Lois défendant de creuser des tombes dans l'enceinte de Rome, — observées par les chrétiens. — Les Romains brûlaient les morts; — cependant, exemples d'inhumation de corps entiers. — Les tombeaux des Scipions, des Nasons. — Différences entre les tombes païennes et chrétiennes. — Les Juifs enterraient les morts comme les chrétiens. — Difièrences et analogies
des catacombes juives et chrétiennes. — Catacombes juives de la vigne Randanini, — du Monte-Verde. — Commencement des catacombes chrétiennes : d'abord propriétés privées avant de devenir propriété collective de l'Eglise. — Deux inscriptions se rapportant a cette première période.
Jusqu'au milieu du iii« siècle, nous l'avons montré, les chrétiens eurent pleine liberté d'ensevelir leurs morts, et de régler le mode de leur sépulture. En un point, il est vrai, ils rencontraient un obstacle légal; mais toutes les sépultures, païennes ou chrétiennes, y étaient également exposées * : c'était dans le choix de l'emplacement . D'anciennes lois défendaient d'enterrer des morts dans l'enceinte de Rome *. Excepté en deux ou trois circonstances, où l'excès de la persécution les contraignait à un secret plus absolu, les chrétiens ne paraissent pas avoir contrevenu à cette prohibition. Elle n'avait trait qu'à la primitive enceinte de Servius Tullius; mais, à l'exception des saints Jean et Paul, enterrés dans leur propre maison sur le mont Cœlius, nous ne connaissons aucune sépulture chrétienne dans les enceintes d'Aurélien et d'Honorius.
Les innombrables tombeaux qui se pressaient aux portes de Rome avaient été construits par des membres de différentes nations, et ils offraient, en raccourci, le tableau des usages funéraires de tous les peuples civilisés. Chez les Grecs, on enterrait ou on brûlait. A Rome, depuis la fin de la république, on n'enterrait plus les morts ', mais on les
1. Même le petit nombre de familles privilégiées qui, parce que leurs ancêtres avaient été, par exception, enterrés dans Tenceinte de Rome, avaient conservé le même droit, n'en usaient pas (Cicero, de Leg.^ II, 23). Les empereurs seuls et les vestales avaient leurs sépultures dans Rome. — Servius, ad Virg. Mn.y XI, 20^.
2. Ces lois furent renouvelées par les empereurs. D'après un reacrit d'Adrien, ceux qui enterraient un mort dans Tenceinte de Rome encouraient une amende de 40 aiird^ qui devait être payée au fisc (Dig.^ XLVII, 12, 3, § j). La même défense fut réitérée par Antonin le Pieux (Capitol., Antonin. PLus^ 12) et Théodose II {Cod, Theod,^ IX, 17, 6).
3. Marins fut enterré; Sylla fut le premier de la gens Cornelia qui ait été brûlé. — Cic, de Leg.^ II, 23.
brûlait, et on recueillait leurs cendres dans des urnes. L'urne était ensuite déposée dans le tombeau de la famille ou de la corporation : elle y occupait une de ces petites niches qui percent de trous innombrables les parois des colombaires. Cette coutume, devenue générale sous l'empire, n'était pas très-ancienne en Italie ^ Des guerriers couchés dans leur armure ont été découverts dans les tombeaux étrusques. A Rome même, tous les voyageurs ont pu voir, en dehors de la porte Capène, la fameuse tombe des Scipions, avec ses grands sarcophages qui contenaient des corps entiers. A quatre milles de Rome, sur la voie Flaminienne, Fabretti a rencontré un autre exemple de l'ancien mode de sépulture. On peut visiter encore aujourd'hui, sur la même voie, les tombeaux des Nasons, qu'a décrits Bartoli. Ces derniers se rapprochent assez du mode de sépulture qu'adoptèrent les chrétiens. Ce sont des chambres régulièrement taillées dans le roc, et percées de niches horizontales dans lesquelles étaient déposés les corps. C'est en petit l'architecture de nos catacombes. La. tombe des Scipions y ressemble beaucoup moins. Elle consiste en un carré de forme irrégulière : on dirait une carrière abandonnée. Les tombes n'y sont point taillées dans le mur ; on y a seulement creusé une niche pour recevoir les sarcophages, qui sont comme enterrés dans le roc vif *.
Les sépultures juives étaient presque toujours creusées sous terre; elles consistaient, comme les tombes souterraines des Phéniciens et des Etrusques, en des chambres isolées, destinées à la sépulture d'un seule famille, et dans les parois desquelles étaient percés quelques /oc«//, quelques arcosolia^ et des niches pour un petit nombre de sarcophages. Rome et l'Italie méridionale nous offrent seules l'exemple de cimetières juifs ayant un caractère public, et renfermant les tombes d'individus appartenant à diverses familles. L'un des plus intéressants est celui découvert il y