Cyprian., Ep
4. Quibus permissum est corpus habere collegii, societatis, sive
appelé à remplir, réunissant en sa personne la direction du clergé et l'administration du cimetière, et gouvernant à ce double titre le trésor charitable de l'Église. Le cimetière qui lui fut ainsi officiellement confié était donc le cimetière commun des chrétiens, la propriété collégiale de VEcclesia fratrum. C'était « le cimetière sur la voie Appienne » que, d'après le Liber pontificalis ^ Calliste « créa, dans lequel beaucoup d'évêques et de martyrs reposent, et qui est appelé aujourd'hui encore cœmeterium Callisti ».
Les raisons qui décidèrent l'Eglise romaine à créer ce cimetière l'engagèrent à y fixer, pour l'avenir, la sépulture des papes, déposés jusque-là au Vatican. Sur dix-huit papes qui occupèrent le siège pontifical de Zéphyrin à Sylvestre, treize, selon le Liber pontificaliSy furent enterrés dans le nouveau cimetière. Il fut, d'après la conjecture de M. de Rossî, le premier lieu public de sépulture possédé et administré officiellement par l'Eglise; par lui se fonda la propriété ecclésiastique, conséquence naturelle de la forme corporative adoptée par l'Eglise dans ses rapports avec la société civile, à partir du m* siècle. D'autres cimetières lui appartinrent bientôt au même titre. Le Liber pontificalis rapporte qu'en 238 saint Fabien, le quatrième successeur de Zéphyrin, a divisa les diverses régions de Rome entre les diacres, et ordonna la construction de nombreux édifices {fabricas) dans les cimetières ». Ces fabricœ étaient sans doute de petits oratoires élevés au-dessus des catacombes, soit en vue du culte ou des assemblées, soit pour servir d'habitation à un gardien. Nous avons vu que tel était l'usage dans les grands domaines funéraires païens, et nous avons retrouvé à l'entrée du cimetière de Sainte-Domitille les restes d'une de ces anciennes /airictP,
cujutque alterius eorum nomine, proprium est ad exemplum reipublicc habere res communes, arcam communem, et actorem sive syndicum, per quem quod communiter agi fierique oporteat agatur. — Dig,y III, 4>i, § I.
ii8 ROME SOUTERRAINE.
Les chrétiens durent construire un grand nombre de ces édifices pendant les trente-neuf années de paix (211 — 250), troublées seulement par la courte persécution de Maximin (236), qui s'écoulèrent entre le règne de Caracalla et celui de Dèce.
En janvier 250, saint Fabien tomba victime de la persécution de Dèce. Dèce rendit probablement un édit pour interdire l'entrée des cimetières chrétiens; mais l'histoire n'en a gardé aucune trace. La persécution de Valérien, qui éclata en 257, les atteignit. Nous n'avons pas le texte de la loi rendue contre eux; mais son existence ressort clairement de ces paroles adressées par Émilianus, préfet d'Alexandrie, à saint Denys, évêque de cette ville : « Ni à vous, ni à personne, il n'est permis de tenir des assemblées et d'aller dans ce que vous appelé:^ vos cimetières * ; » et de ces mots d'Aspasius Paternus, proconsul d'Afrique, à saint Cyprien : « Les très-saints empereurs Valérien et Gallien ont défendu de se réunir en aucun lieu, et d'entrer dans les cimetières*. » Le pape Sixte II, avec ses diacres et les ministres sacrés (saint Laurent était l'un d'eux, et nous avons vu les tombes des deux autres'), fut, pendant la même persécution, traqué, surpris et décapité dans le cimetière de Prétextât*, « parce qu'il avait méprisé les ordres de Valérien * » .
En 260, Gallien mit fin à la persécution. Il envoya dans tout l'empire un rescrit enjoignant aux possesseurs des loca religiosa confisqués par Valérien sur les chrétiens d'en faire restitution aux évêques de chaque église. En même temps il adressa à quelques évêques des rescrits spéciaux, pour leur rendre le libre usage de leurs cœmeteria*,
1. Lettre de saint Denys d'Alexandrie, dansEusèbe, Hist. eccl.j Vif, II. — Ces dernières expressions prouvent Torigine exclusivement chrétienne du mot « cimetière ».