DISTINCTION DE SES DIFFÉRENTES PARTIES
SoMMAiEK. — Le cimetière de Calliste composé de plusieurs areœ distinctes. — Anciens plans des cimetières. — Leurs défauts. — Importante découverte de M. Michel de Rossi. — Sa méthode, son plan du cimetière de Calliste. — I. Crypte de sainte Lucine. — A Torigine propriété de la gens Ccdlia. — Sainte Lucine probablement la même personne que la Pomponia Gnecina de Tacite. — Signes caractéristiques de cette ar^a.^ II. Cimetière de SaJnt-Calliste proprement dit, commencé avant Tan 200. — Première et s^onde areœ. — Troisième area, donnée vers Tan 300 par la fille du consul iEmilianas. — III. Cimetière de Sainte-Soteris, réuni au cimetière de Calliste. — IV. Cimetière de Sainte-Balbina.
Si Ton suit la voie Appienne, en se dirigeant vers
Albano, on rencontre, du même côté que Saint-Sébastien,
mais environ un quart de mille plus près de Rome, une
grande porte au-dessus de laquelle est écrit Cœmeterium
Callisti, Cette porte donne entrée dans la vigne qui
recouvre le célèbre cimetière. Laissons à celui-ci le nom
de Calliste, afin d'embrasser ses différentes parties dans
une dénomination générale. Le cimetière construit par
Calliste est le centre et la portion la plus importante de
rimmense nécropole qui s'étend sous terre entre la voie
Appienne et la voie Ardéatine. En réalité, elle est composée
de plusieurs groupes d'excavations parfaitement séparés,
avant chacun son histoire, et dont il est facile de retrouver
encore aujourd'hui les limites respectives, quoiqu'ils aient
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fini par être mis en communication les uns avec les autres, et par former un seul tout. Ce qui les distingue, ce ne sont pas seulement les tombes historiques, les différences architecturales et épigraphiques de chacun d'eux : on les reconnaît à la direction de leurs principales galeries, imposée 3.uxfossores par les limites et les formes géométriques des diverses arece, et par la situation des voies et des édifices sous lesquels ou près desquels elles s'étendaient.
On doit à M. de Rossi les moyens de distinguer avec certitude les différentes parties dont la réunion successive a fini par former une seule catacombe. C'est là une branche toute nouvelle de la science de Rome souterraine. Les écrivains qui, les premiers, ont décrit les catacombes pouvaient difficilement se former une idée claire de la manière dont chaque cimetière a été construit. Ils manquaient du plus indispensable des documents, un plan bien fait. Bosio n'eut pas le temps de préparer cette partie de son ouvrage. Des six cartes que le cardinal Barberini fit ajouter au livre de l'illustre archéologue , aucune n'est vraiment complète. Elles ont plutôt pour objet d'indiquer la place des principaux monuments que de retracer avec précision le plan intérieur des cimetières. Les quatre plans de l'édition latine d'Aringhi sont relatifs à de très-petites portions de catacombes ; le seul qui ait d'assez grandes dimensions est singulièrement inexact. Le plan dressé par d'Agincourt est trop peu étendu pour être de quelque utilité. Le P. Marchi a publié une très -bonne carte de ce qu'il estimait être à peu près le huitième du cimetière de Sainte-Agnès. La seule partie achevée de son ouvrage est relative à l'architecture des cimetières chrétiens. Son but n'est pas d'en démêler les diverses époques, mais seulement d'en faire connaître les formes et les exemples les plus importants. Pour lui, les catacombes sont un monument de l'antiquité primitive, dont il ne cherche pas à distinguer les nuances chronologiques. Réduite à une petite portion du cimetière de la voie Nomentane, sa sphère d'observation était trop restreinte pour lui permettre de tirer des conclusions gêné-
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raies des différences existant entre les diverses parties d'une mêmecatacombe, rapprochées les unes des autres et comparées entre elles. Aujourd'hui , non-seulement le champ des comparaisons a été immensément étendu, mais encore une ingénieuse invention a donné les moyens de tracer avec facilité et certitude le plan détaillé d'un cimetière souterrain. <( Appelant la mécanique au secours de Tarchéologie, » M. Michel de Rossi, le frère de Tauteur de Roma sotterranea et le fidèle compagnon de ses travaux, imagina un instrument qui permet de tracer rapidement, avec une précision mathématique, le dessin, les mesures, et même les différents niveaux des galeries souterraines. Cet instrument, récompensé à l'exposition universelle de 1862, a produit une vraie révolution dans la science. Grâce à lui, nous pouvons espérer avoir un jour un plan des rues de Rome souterraine aussi complet et aussi exact que celui de n'importe quelle ville moderne. La seule partie qui en ait été publiée, la carte de Saint-Calliste*, rend en quelque sorte visible l'histoire de cette catacombe. La carte ouverte devant nous, nous pouvons suivre du doigt les lignes principales, les phases diverses de la formation du cimetière; nous voyons naître et croître sous nos yeux les divers hypogées qui le composent. Nous distinguons, à la différence des teintes, les limites géométriques de plusieurs arece^ indépendantes les unes des autres à l'origine, et plus tard unies par des galeries plus ou moins régulières. Nous voyons les galeries primitives suivant la forme et respectant les bornes des arece avec une précision mathématique. Nous en voyons d'autres qui, après avoir suivi pendant une distance considérable une même direction, se détournent brusquement, se jettent dans la galerie voisine, ou même s'arrêtent court. Un regard jeté sur le plan donne la raison de ces bizarreries : il nous montre, à la surface du sol, les ruines de quelque édifice, ou même quelque édifice
I . Le lecteur peat consulter à la fin du volume une réduction de cette carte, ou atlas, exécutée à Rome sous la direction de M. Michel de Rossi
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encore debout, dont les architectes de la catacombe n'ont pas voulu miner les fondements. Parfois aussi une galerie creusée en ligne droite est obligée de s'arrêter devant une autre galerie ou une chambre coupant le tuf parallèlement à sa direction, ou même devant quelque hypogée païen rencontré à Timproviste. Dans le livre V, nous présenterons aux lecteurs l'analyse, aussi minutieuse que possible, d'un des plus remarquables groupes de galeries du cimetière de Calliste ; ils pourront apprécier par eux-mêmes la précision de la méthode et des plans de M. Michel de Rossi. Bornons-nous, quant à présent, à énumérer les différentes areœ de la catacombe, et les caractères généraux qui distinguent chacune d'elles.
La plus ancienne area comprise dans la catacombe que nous étudions est celle qu'on appelait autrefois « la crypte de Lucine, près le cimetière de Calliste». Les limites primitives de cette area peuvent être déterminées avec une exactitude absolue , car elle est bornée de chaque côté par un petit hypogée païen (atlas, C A 4, D A 5). Comme la tombe des Scipions, comme celle de Cscilia Metella et d'autres monuments célèbres de la voie Appienne, elle occupait une largeur de cent pieds romains sur une longueur de deux cent trente. De ces deux cent trente pieds, les cinquante premiers paraissent avoir été primitivement laissés libres , formant ainsi Varea proprement dite , de cent pieds de large sur cinquante de long, au centre de laquelle s'élevait le monument ( D A 4 ), dont les vastes ruines dominent la voie Appienne ^ Derrière cette area s'en étend une autre en dépendant ( area adjecta monumento ) , et c'est sous cette dernière que furent faites les premières excavations chrétiennes. Les excavations postérieures envahirent Varea réservée, et passèrent même sous un angle du monument.
I. Il n'est pas impossible que le monument lui-même ait été le mausolée d'un chrétien {Roma sotterranea^ t. II, p. 367). M. de Rossi cite a ce propos Tertullien, écrivant dans son traité de Restirrectione earnis : Corpora medicata condimentis sepulturas mausoUis etmonumentis scqnçsr^ trantur, processura inde quum jusserit Dominus.
Cet hypogée appartenait à des membres ou à des alliés de la gens Caecilia. Nous savons par Cicéron* que cette noble famille possédait des terrains funéraires sur la voie Appienne; et, au commencement de ce siècle, on a découvert, à peu de distance de notre area, au-dessus même du cimetière de Calliste, des colombaires et des tombeaux païens appartenant à des Caecilii. La présence de plusieurs épitaphes de Csecilii et de Caeciliani dans l'hypogée plus tard réuni au cimetière de Calliste , et connu sous le nom de crypte de Lucine, ne saurait être TefFet du hasard. Les désignations officielles ajoutées à leurs noms, vir clarissitnus ^ clarissimafeminay clarissitna puella, honestafetnina, prouvent que ces Caecilii et Caeciliani n'étaient pas des afFranchis ayant pris, selon l'usage, le gentilitium de leur patron, mais de vrais membres de la famille. D'autres noms illustres se lisent dans la crypte de Lucine. On y a trouvé des fragments de sarcophages ayant contenu les corps de plusieurs descendants des Antonins, parents d'Annia Faustina, petitefille de Marc-Aurèle, femme de Pomponius Bassus, puis d'Héliogabale. Les Annii, les Pomponii, les Attici, les Bassi paraissent avoir été alliés entre eux et alliés aux Caecilii , parents eux-mêmes, comme on le verra plus tard, des Cornelii. Les Pomponii Bassi héritèrent probablement des biens de T. Pomponius Atticus, Tami de Cicéron, et habitaient, vers la fin du i*' siècle, en sa maison, sur le Quirinal* ; or Pomponius Atticus était entré, par adoption, dans la famille de son oncle Q. Cscilius. Les liens établis entre toutes ces familles expliquent le mélange de noms qui se rencontre sur les inscriptions du cimetière aristocratique de Lucine : plusieurs Caecilius Faustus , un Faustinus Atticus , une Annia Faustina, une Attica Caeciliana , un Atticianus, une Pompeia Octavia Attica, etc. Des Pomponii Bassi, païens,