‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 87 sur 228 · I. Voir page · texte numérisé non relu

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rins dans les galeries et les sanctuaires des catacombes romaines ont été déchiffrés par M. de Rossi, avec une patience qui tient du prodige. Il voit en eux « le fidèle écho de l'histoire, et d'infaillibles guides dans le labyrinthe des galeries souterraines. » Par ejux, en effet, on peut déterminer la route que suivaient, dans leur voyage souterrain, les pèlerins du iv* au ix* siècle, et la partie de catacombe qu'il leur était permis de visiter; et quand on lit, sur la porte d'un cubiculum, de ferventes prières, de pieuses et enthousiastes acclamations, le nom de quelque martyr, on est averti d'avance de l'approche d'un sanctuaire autrefois vénéré. Les graffites que Ton voit tracés au bas de l'escalier par lequel nous sommes descendus, et sur le mur extérieur de la première chapelle, de chaque côté de la porte, peuvent se diviser en trois classes. Les uns sont de simples noms, la signature du pèlerin, quelquefois son titre; d'autres sont des souhaits, des prières, des salutations, des acclamations, se rapportant à des parents ou à des amis, vivants ou morts ; d'autres, enfin, sont des invocations adressées aux saints et aux martyrs vénérés dans la crypte.

Les graffites consistant en de simples noms peuvent se diviser eux-mêmes en deux catégories. Les uns, tracés sur les enduits les plus anciens, et occupant la partie la plus accessible de la muraille, à la hauteur de la main, appartiennent à la nomenclature de l'âge classique, Etpidephorus y Tychis, PolyneicuSy Maximus^ Nikasius^ etc. Les autres, relégués à une hauteur où la main peut difficilement atteindre, et tracés évidemment à une époque où le reste de la muraille était déjà couvert d'inscriptions, se composent de noms appartenant tous à la nomenclature du moyen âge, Prando pr, indignus peccator^ Lupo, Hildebrand. Ethelridy etc.

Péle-mèle avec les noms de la première catégorie on déchiffre, se croisant sur la muraille en un fouillis inextricable, des prières pour les amis absents ou morts , des acclamations, de pieux souhaits. Ces prières, ces acclama-

tions, ces vœux ont presque tous la forme laconique et simple des premières épitaphes chrétiennes : Vivas, vivas

IN DeO ChRISTO, vivas in iETERNO, ZHC EN OEO, BIBAC

IN ©EO, Te in pace% etc. Rien de plus naturel, de plus humain que ce sentiment qui pousse à écrire sur de saintes murailles, en des lieux vénérés, les noms, un souvenir de ceux que Ton aime. Les paiens n'étaient pas étrangers à cette pieuse coutume. Sérapion , fils d'Aristomaque, visitant un des temples de Tîle de Phile, en Egypte, écrit sur la muraille que, « arrivé à la statue de la grande Isis, déesse de Phile, il y veut laisser un souvenir de ses parents, pour leur bien' ». Les anciens voyageurs chrétiens approchant, non de sanctuaires fabuleux, mais des tombes de martyrs dont le sang était à peine séché, dont Thistoire était encore dans toutes les bouches, écrivaient avec plus de confiance encore, sous leur ombre protectrice, les noms de frères, d*amis et de parents, « pour leur bien ». C'est ainsi que les pèlerins du m* et du iv^ siècle ont couvert d'inscriptions certaines murailles du cimetière de Calliste, de même qu'un pèlerin du vi*^', visitant Cana en Galilée, traçait les noms de ses parents dans le lieu même où le Seigneur avait été couché, « in ipso accubitu ».

Nous pouvons, à quinze siècles de distance, suivre en quelque sorte à la trace, dans les galeries et les chambres du cimetière de Calliste, ou, comme on disait alors, de (t la crypte de sainte Cécile et de saint Sixte » , un de ces pieux visiteurs. Il était venu là, le cœur plein du souvenir aimé d'une certaine Sophronie — sa femme, ou sa sœur, ou sa mère. Avant d'entrer dans le vestibule du principal sanctuaire (III, B e 4), il écrit : Sofroniay vibas,,. cutn tuis. « Sophronie, puisses-tu vivre avec les tiens ! » Un peu plus loin, sur la porte d'une autre chapelle (III, B e 7J, il réitère

1. Ces formules ne se trouvent sur aucune inscription funéraire postérieure à Constantin. Sur les anneaux ou les ustensiles domestiques on les voit jusqu'à la fin du 1V« siècle.

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