Lctronne, Inscr. de l' Egypte ^ t. II, p
3. Sur ce pèlerin, voir BulUttino di arch^ crist.y 1865, p. 82.
CIMETIERE DE CALLISTE. r77
le même souhait, mais en lui donnant une forme plus religieuse : Sofronia (vivas) in Domino^ « Sophronie, puissestu vivre dans le Seigneur ! » Plus loin encore, près de Var^ cosolium d'une autre chapelle (V, Cfz), la dernière que visitaient en ce temps-là les pèlerins, il trace en caractères plus larges, plus réguliers, en grandes lettres monumentales, cette tendre affirmation : Sofronia dutcis, semper VIVES Deo^ « ma douce Sophronie, tu vivras toujours en Dieu » : et, immédiatement au-dessous, il répète encore, comme ne pouvant se détacher de cette pensée : Sofronia^ VIVES, « oui, Sophronie, tu vivras. » Touchante histoire, retrouvée sur ces murailles, des sentiments qui se sont succédé dans rame de ce pèlerin, à son insu peut-être, pendant qu'il visitait l'un après l'autre les tombeaux des martyrs : d'abord le désir, l'amour, un souvenir fidèle, une tendre espérance, et bientôt, sous la pieuse impression des lieux saints, cette espérance se changeant en une douce confiance, se transformant en une certitude, s'affirmant en un cri de triomphe de l'amour illuminé par la foi.
De chaque côté de la porte de la principale chapelle on lit, mêlées aux noms des pèlerins et aux acclamations, de courtes prières adressées aux saints et aux martyrs. Quelquefois un pèlerin invoque tous les martyrs ensemble, et leur demande de se souvenir d'un frère, d'un ami. D'autres fois cette prière est adressée à un martyr en particulier, souvent à saint Sixte, un des saints enterrés dans la chapelle, et celui dont l'histoire s'y lisait gravée sur le marbre. Voici quelques-unes de ces invocations ; Marcianum Succès-^ sum Severum Spirita * Sancta in mente havete^ et omnes fratres nostros. Petite Spirita Sancta ut Verecundus cum suis bene naviget^. Otia petite et pro parente et profratri-
I. Dans les épitaphes du ni* siècle, le neutre spiritum au lieu de spiritus est souvent employé pour désigner Tàme. — Inscript, christ, , I, FroUgomt/us^ p. CXll.
a. Opta sihi ut hene navigd est un des graffites de Pompéi publiés par le P. Gamicci. — Graffiti de Pompti, 2* édit., p. 8i.
bus ejus ; vibant cum bono, Sancte S us te in mente habeas in orationesAureliuRepentinu. AI0NT2IN EISMNIAN EXETAI (pour EXETE) : « Saintes âmes, souvenez-vous de Marcianus Successus Severus et de tous nos frères. Saintes âmes^ demandez que Verecundus et ses amis aient une heureuse navigation. Demandez le repos pour mon père et ses frères; puissent-ils vivre heureusement (ou peut-être, littéralement, « vivre avec celui qui est bon n). Saint Sixte, rappelezvous dans vos prières Aurelius Repentinus. Souvenez-vous deDionysius. »
Ces courtes prières, simples et chaleureuses, portent avec elles comme un parfiim des premiers âges. Rien ne ressemble moins aux épitaphes à la fois sèches et verbeuses du iv* et du V* siècle. Une de ces acclamations fait penser au vers d'Horace : Otium Divos rogat in patenti prensus yEgeo^. L'expression in mente habere a la même saveur d'antiquité. On la rencontre dans un graffite de Pompéi, sur deux épitaphes chrétiennes du m* et du iv* siècle, et saint Cyprien l'emploie dans une de ses lettres. « Souvenezvous, dit-il, de nos frères et sœurs dans vos prières, » fratres nostros ac sorores in mente habeatis in orationibus vestris. Les pèlerins de Saint-Calliste adressaient aux saints du ciel la même prière que saint Cyprien à ceux de la terre, et peut-être à la même époque, ou peu de temps après. Une circonstance, en effet, fixe la date approximative de ces graffites : Tun d'eux, probablement le plus ancien de tous, puisqu'il fut tracé sur le plâtre encore frais, fait allusion à la translation des reliques du pape Pontien, qui eut lieu par les soins de Fabien vers 245 : EN eEO META H ANTON (èiuwjxoicwv) HONTIANE ZHCHC. Les plus anciens de ces grafîîtes se placent donc entre 245 et 370, année où saint Damase fit à la porte de la chapelle des travaux considérables, qui mutilèrent, effacèrent, coupèrent par moitié plusieurs des phrases que les premiers pèlerins avaient écrites.
I, Od., II, xvr, V. 1-3.
On lit à gauche de la porte une inscription d'un genre un peu différent, assez difficile à déchiffrer . c'est une acclamation, un salut, une invocation, non plus à un saint, mais à la chapelle elle-même, écrite par un pèlerin avant d'en franchir le seuil : Gerusale civitas et ornamentum martyrum Domini ^ cujus, . . : la phrase n'a pas été achevée. Ce qui en reste suffit à faire entendre de quel enthousiasme se remplissait le cœur des pèlerins dès qu'ils approchaient de ce sanctuaire. L'idée exprimée ici est évidemment celle qui se rencontre fréquemment dans les livres saints et dans la littérature ecclésiastique* : l'Église triomphante comparée à la cité sainte, et célébrée comme une nouvelle Jérusalem. Le sanctuaire dont le pèlerin touchait le seuil, et devant lequel il s'arrêtait pour écrire d'une main frémissante une invocation que sa pieuse ardeur ne lui permit pas d'achever, était pour lui cette nouvelle Jérusalem, parée des reliques des martyrs et renfermant dans ses murailles les semences de la vie future.
La lecture de tous ces graffites, noms, acclamations, prières, suffirait seule à nous avertir que nous sommes devant un des plus célèbres sanctuaires de l'Église primitive. En franchissant la porte des deux côtés de laquelle ils sont tracés, on se trouve, en effet, dans la chapelle consacrée à la sépulture des papes du iiT siècle. La première impression du visiteur moderne sera sans doute différente de celle que ressentaient les anciens pèlerins : il s'arrêtera un instant désappointé. Il croyait entrer dans une crypte du ni* ou du IV* siècle, et il se trouve dans une chambre dont presque toute la maçonnerie est moderne. Cette chambre est longue de 3 mètres 50 centimètres et large de 4 mètres 50 centimètres. Quand elle fut découverte en 1854, elle était complètement ruinée. On y pénétrait par le luminaire, qui avait servi à jeter dans la crypte abandonnée des
I. Psalm. cxxi; Apoc,^ xxi, a; Tertullian., de Speciac,^ c. 30. Le même auteur parle du inonde comme expressus in ornamentum majesutis Dei.
i8o ROME SOUTERRAINE.
pierres tombales S des briques, des débris de toute sorte. Elle en était remplie jusqu'au faîte. Quand on l'eut vidée, la voûte, longtemps soutenue par cet amas de décombres, s'écroula d'elle-même faute de support. Pour prévenir une ruine complète , il fallut construire de nouvelles murailles et consolider la chambre entière. De là cette apparence moderne qui refroidit un instant le visiteur. Les restaurations nécessaires ont cependant été faites avec le plus grand soin et une extrême discrétion. On a réussi à conserver de nombreux vestiges de la construction primitive et des décorations qui, à diverses époques, y avaient été ajoutées. Plusieurs fois, en effet, l'ornementation de la chapelle des papes fut renouvelée. On en peut juger par les trois enduits successifs dont on voit encore les restes dans Tare de la porte, l'un orné de grossières arabesques du vu* ou viii* siècle, celui de dessous, presque entier visible après la chute d'une grande partie du premier, portant le monogramme du Christ, œuvre contemporaine de Sixte III ou de Damase, et enfin un troisième, encore apparent en diverses places sous celui-ci, décoré de larges bandes rouges. Les murailles de la chambre avaient été, à l'origine, revêtues d'un stuc fin et blanc, orné de peintures, dont on voit encore dans un angle quelques vestiges. Ce premier revêtement fut, au v* siècle, recouvert de larges plaques de marbre : quelques morceaux en sont demeurés adhérents aux murs , et de nombreux débris de marbres ont été trouvés gisants sur le sol de la crypte, pêle-mêle avec quelques fragments de sculptures, des chapiteaux, les restes d'une balustrade, deux colonnes brisées. La base d'une de ces colonnes est encore debout à sa place primitive, sur un beau piédestal de marbre africain. Ces débris appartiennent probablement, comme le revêtement de marbre, aux travaux que fit exécuter dans la crypte le pape Sixte III : Platoniamfecit in cœmeterio Callisti; dit de lui le Liber pontificalis.
Au fond de la chapelle, du côté opposé à la porte