LA CRYPTE PAPALE
Sommaire. — 1. Entrée de la crypte papale. — Graffiti sur les murs. — Trois sortes : i" noms. — 2° Prières et acclamations. — 3" Invocation des martyrs. — Antiquité de ces graffiti. — II. Examen de la crypte papale. — Décorations successives. — Ancien autel. — Épitaphes originales de plusieurs papes du iii^ siècle. — Rareté des épitaphes d'évêques. — Grand soin apporté dans l'antiquité aux sépultures épiscopales. — Les corps des évéques morts hors de leur diocèse souvent rapportés de grandes distances. — Nombreux voyages d'évêques à Rome. — Quelques-uns y sont enterrés. — III, Papes enterrés dans le cimetière de Calliste. — Zéphyrin.
— Urbain I*"". — Pontien. — Anteros. — Fabien : monogramme indiquant son martyre : martyr vindicatus. — Lucius : forme elliptique de son nom grec. — Eutychien. — Sixte II : martyrisé dans le cimetière de Prétextât, et enterré dans celui de Saint-Calliste. — Caius. — Traces de la persécution de Dioclétien. — Melchiade, le dernier pape enterré dans les catacombes. — IV. Restauration idéale de la crypte papale. — V. Inscriptions damasiennes : 1° inscription placée au-dessus de Tautel : Hic congesta, etc.
— Commentaire de cette inscription. — Grand nombre de martyrs mis à mort et enterrés ensemble. — Polyandres. — 2® Inscription placée au-dessus de la porte : liste des papes et des personnages enterrés dans la chapelle, restituée par M. de Rossi d'après d'anciens manuscrits.
En entrant dans la vigne sous laquelle gît le cimetière de Calliste, on arrive d'abord à la crypte de Lucine, contiguè* à la voie Appienne. Nous la laisserons de côté pour le moment, et nous nous dirigerons vers un petit édifice à trois absides (V, C e \) qui s'élève dans Fintérieur de Fenclos. Quel est cet édifice i^ Marangoni y voyait la basilique construite par saint Damase pour abriter sa sépulture, celle de sa mère et celle de sa sœur. Le P. Marchi crut y reconnaître réglise de Saint-Marc et de Saint-Marcellin, mentionnée
dans les Itinéraires. Depuis la découverte du cimetière de Calliste, le nom qui lui appartient n'est plus douteux : c'est la cella memoriœ bâtie au iii^ siècle, probablement par le pape saint Fabien \ au-dessus des tombeaux de saint Sixte et de sainte Cécile, et dans laquelle les pèlerins s'arrêtaient avant de descendre dans les cryptes où reposaient ces deux martyrs.
Descendant après eux par un ancien escalier récemment restauré (III, B e 2), qui s'ouvre à peu de distance de la cella, on est trappe du grand nombre de graffiti^ ou inscriptions tracées à la pointe sur l'enduit des murailles, que Ton rencontre au bas des marches, et surtout à l'entrée de la première chapelle (B e 4). L'étude de ces marques souvent grossières et informes laissées par les anciens visiteurs sur les murs des édifices publics est une des sources les plus fécondes où ait puisé l'archéologie moderne. Elle a recueilli avec soin, comme de précieux documents, les graffites découverts à Thèbes sur les tombes des anciens rois d'Egypte, tracés au charbon ou au stylet sur les murs des casernes ou des théâtres de Pompéi, des prisons et des caves de Rome païenne, ou dans les édifices ruinés du Palatin. Les graffites laissés par les anciens pèlerins dans les galeries et les sanctuaires des catacombes romaines ont été déchiffrés par M. de Rossi, avec une patience qui tient du prodige. Il voit en eux « le fidèle écho de l'histoire, et d'infaillibles guides dans le labyrinthe des galeries souterraines. » Par eux, en effet, on peut déterminer la route que suivaient, dans leur voyage souterrain, les pèlerins du iv^ au ix^ siècle, et la partie de catacombe qu'il leur était permis de visiter; et quand on lit, sur la porte d'un cubiculum^ de ferventes prières, de pieuses et enthousiastes acclamations, le nom de quelque martyr, on est averti d'avance de l'approche d'un sanctuaire autrefois vénéré. Les graffites que l'on voit tracés au bas de l'escalier par lequel nous sommes descendus, et sur le mur extérieur de