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2i8 ROME SOUTERRAIx\E.
légendes indiquent quatre groupes de martyrs enterrés ensemble dans le voisinage de saint Sixte et de sainte Cécile : un de vingt-sept, un de quarante-huit, un de huit cent quatre-vingts, un de quatre mille. D'autres documents disent quatre-vingts au lieu de huit cent quatre-vingts, et citent en termes généraux plusieurs milliers de martyrs ^ On n'a encore retrouvé aucune de ces pierres portant un chiffre dont parle Prudence ; mais M. de Rossi croit reconnaître dans une fosse profonde qui s'ouvre sous la niche à gauche de Tautel dans la chapelle papale, et n'est séparée de la chambre voisine et du tombeau de sainte Cécile que par une mince paroi, le polyandre célèbre où reposaient, selon d'anciens documents, une multitude innombrable de martyrs enterrés ad sanctam Cœciliam ou ad sanctum Xystutn. La loi romaine ne reculait pas devant la barbarie d'exécutions en masse, et cela ne doit pas surprendre dans un pays où Ton
I Sur le groupe de 27 martyrs : Martyrologe Hiéronymien, //// Non. Mart. Romas in cœmeterio via Jppiu depositio Jiilii episcopi et aliorum XXVI (alias XXVII). — Sur le groupe de 48 martyrs : l'appendice aux actes de saint Urbain, publié par Bosio, parle de quadraginta duo déposés ubi Christl martyr erat sca Cœcïlia : le Martyrologe Hiéronymien dit XL VIII ou XL VIIII. Remarquez l'expression iihi Christi martyr erat sca Cœciliaj et non la formule accoutumée in cœmeterio Callisti : il est probable que cette depositio remonte au temps où, comme on le verra au chapitre suivant, le cimetière était la propriété des Cascilii chrétiens, et n'avait pas encore été donné au pape Zéphyrin. — Sur le groupe de 880 : dans la plupart des mss. du Martyrologe Hiéronymien, DCCC ; dans le De locis sanctis martyrum^ DCCC j dans le Martyrologium romanum parviim^ DCCCC qui sunt positi in cœmeterio ad S. Caciliam ; dans la Notitia Ecclesiarum^ LXXX. M. de Rossi croit qu'il faut rapprocher ce dernier chiffre du DCCC donné par la plupart des martyrologes, et lire : DCCCLXXX ; la formule in cœmeterio ad S. Caciliam indique que le polyandre où reposaient ces martyrs était voisin du tombeau de sainte Cécile. — Sur le groupe de 4,000 martyrs, la légende, rapportée par Jean de Milan, de sainte Sophie et de "Ses trois filles Pistis, Elpis et Agape, parle de quatre mille chrétiens brûlés vifs sous Adrien et enterrés via Appia. — Sur l'indication, sans chiffres précis, de multa millia sanctorum enterrés dans le cimetière de Calliste, voir VIndex oleorum de l'abbé Jean.
décimait les légions mutinées ou malheureuses, et où tous les esclaves d'un maître assassiné étaient conduits au supplice, même si un seul était coupable. Tacite a raconté ^ la discussion qui s'éleva au sénat romain à propos de l'assassinat de Pedanius Secundus. Il possédait quatre cents esclaves, et l'innocence de la plupart d'entre eux était notoire. La loi exigeait qu'ils mourussent tous. A la vue d'un aussi grand nombre de malheureux traînés au supplice, le peuple s'émut. L'affaire fut discutée dans le sénat; quelques sénateurs parlèrent de pitié. La majorité du sénat déclara que la loi devait suivre son cours (nihil mutandum)^ et, le peuple menaçant de s'insurger, les quatre cents esclaves furent menés à la mort entre deux haies de soldats. Tacite nous a conservé le discours d'un des principaux orateurs : les arguments qu'il emploie sont les mêmes dont se servaient sans doute, au 11^ ou au iii^ siècle, les adversaires des chrétiens demandant aux empereurs de nouveaux édits de persécution. « Nous avons au milieu de nous, disait Cassius, des naiions entières qui ont d'autres rites, d'autres cérémonies, qui suivent des religions étrangères, ou qui n'ont même aucune religion ; il est impossible de maintenir dans l'obéissance un tel ramas d'hommes, colluviem istam, si on ne les gouverne par la terreur. Quelques innocents, il est vrai, périront peut-être avec les coupables. Mais, toutes les fois qu'il est nécessaire de donner pour le bien public un éclatant exemple de sévérité, il faut se résigner à frapper injustement des innocents. » Telle était la politique romaine, et Tacite n'est pas seul à nous la montrer en action. Lactance ou l'auteur, quel qu'il soit, du traité sur la mort des persécuteurs nous apprend que, si les chrétiens condamnés à mort étaient trop nombreux, on n^exécutait pas isolément chacun d'eux, mais on les entourait de feux, et on les brûlait par troupes, gregatim amburebantur^. Cela nous explique comment les restes d'un grand nombre de