‹ Rome souterraineChapitre 122 sur 338 · De mort, pers.j · texte numérisé non relu

De mort, pers.j

martyrs pouvaient être renfermés dans un même tombeau.

L'inscription damasienne parle ensuite des compagnons de saint Sixte , hic comités Xysti portant qui ex hoste tropœa. Six membres du clergé romain périrent en même temps que saint Sixte : deux d'entre eux furent déposés au cimetière de Prétextât, et les quatre autres dans celui de Saint-Calliste. Puis vient la longue liste des papes dont les tombeaux gardent l'autel du Christ, numerus procerum servat qui altaria Christi. Dans « le pontife qui vécut en une longue paix, » longa vixit qui in pace sacerdos, on reconnaît saint Melchiade, le premier pape qui ait gouverné l'Église après la fin des persécutions. Les « confesseurs envoyés par la Grèce, » confessores sancti quos Grœcia misity sont énumérés dans les divers martyrologes : ils s'appelaient Hippolyte, Adrias, Marie, Neo et Pauline. Quant aux autres martyrs dont parle l'inscription, ces jeunes gens et ces vieillards, cette chaste génération de vierges, leurs noms sont écrits au livre de vie, et rien ne reste d'eux sur la terre, pas même un souvenir historique.

Saint Damase n'est pas le seul pape qui ait orné d'inscriptions commémoratives la crypte pontificale. Le Liber pontificalis dit de Sixte III, dont nous avons déjà rappelé les travaux, que platoniamfecit in cœmeterio Callistij ubi nomina episcoporum et martyrum scripsit commemorans, c'est-à-dire qu'il rit poser dans le cimetière de Calliste, ou, selon la formule habituelle, dans la chambre principale de ce cimetière, un large revêtement de marbre (platonia) sur lequel furent inscrits les noms des évêques et des martyrs qui y étaient enterrés. M. de Rossi, cherchant dans la chapelle des papes la place de l'inscription de Sixte III, remarqua sur la paroi intérieure opposée à l'autel et aux inscriptions damasiennes, au-dessus de la porte d'entrée, un emplacement oblong parfaitement reconnaissable à la rainure qu'y avait laissée une table de pierre ou de marbre autrefois fixée dans la muraille. Il n'était pas difficile d'y reconnaître le lieu où avait été posée l'inscription de Sixte III. Mais que contenait-elle r^ quels noms y étaient

inscrits } dans quel ordre et dans quelle forme étaient-ils disposés? Grâce à sa merveilleuse connaissance de toutes les anciennes sources, M. de Rossi est venu à bout de recomposer, sinon avec une certitude absolue, au moins avec une vraisemblance poussée aussi loin que possible^ la teneur d'une inscription dont il ne reste plus une seule lettre. Dans un de ces recueils épigraphiques du viii* ou ix^ siècle qui ont conservé à la science moderne tant de précieux documents, on remarque, à la suite d'une copie de la grande inscription damasienne ///c congestajacet, etc., une liste de noms appartenant tous à des évêques et à des martyrs enterrés dans le cimetière de Calliste. Où a-t-elle été copiée:^ probablement sur quelque autre inscription de la crypte papale, et laquelle > sans doute la platonia de Sixte III. Or, dans les divers manuscrits du Martyrologium Hieronymiamimj on lit, sous la date du 9 août, une suite de noms étrangement défigurés* qui se rapproche tout à fait de cette liste. On sait que le Martyrologiui7i Hieronymianum est un composé de martyrologes plus anciens, et, parmi ceux-ci, il a beaucoup emprunté à un vieux recueil où entre autres choses étaient indiquées les dédicaces des basiliques construites et consacrées par les papes du v« siècle. En particulier celles construites ou dédiées par Sixte III y sont notées avec le plus grand soin. Ces mentions sont en parfait accord avec le récit du Liber pontificalis. D'après lui, Sixte III dédia la basilique de Sainte-Marie-Majeure et celle de Saint-Laurent ; dans le Martyrologium Hieronymianum on trouve la mention de la dédicace de Sainte- Marie-Majeure à la date du 5 août, et de celle de Saint- Laurent à la date du 2 novembre. Le Liber pontijicalis

I. Les Bollandistes avaient renoncé à débrouiller cette liste. Codlces Hieronymianl hac aie, si unqiianij perturhati... classes {martyr um) mire implicanCj qiias accommode distinguere nemo facile possit... {Acta SS. aug., t. II, p. 411.) Comme spécimen de la corruption des manuscrits, nous pouvons citer Melei Adisi Tebasi pour Melciadis Stephani, et Memini Sintini pour Mannos Anteros.

rapporte également que Sixte III termina la décoration intérieure du baptistère de Constantin; le Martyrologium Hieronymianum indique la dédicace de ce baptistère à la date du 29 juin. Lq Liber pontificalissijoute, comme nous l'avons vu, que le même pape fit graver sur le marbre dans le cimetière de Calliste les noms des évêques et des martyrs qui y étaient enterrés ; or nous trouvons dans le Martyrologium^ sous la date du 9 août, la liste incorrecte dont nous avons parlé, désignant des saints dont les natalitia ne tombaient pas ce jour-là, et se rapprochant tout à fait de la liste copiée par le collecteur d'inscriptions à la suite du poème épigraphique de saint Damase. Il est probable que l'antique martyrologe auquel les manuscrits hiéronymiens ont emprunté la mémoire des diverses dédicaces rapportait sous la date du 9 aotit celle des travaux faits par Sixte III dans la crypte papale, et donnait le texte de l'inscription posée par ce pontife. La liste inexplicable jusque-là du Martyrologium Hieronymianum n'en serait qu'une copie défigurée^ empruntée à un martyrologe plus ancien, de même que les noms rapportés par le recueil épigraphique ne seraient qu'une copie prise dans un ordre plus ou moins exact sur les lieux mêmes. A l'aide de ces deux documents, le recueil épigraphique et le Martyrologium Hieronymianum ^ M. de Rossi a pu recomposer conjecturalement le catalogue de martyrs gravé par les soins de Sixte III sur la plaque de marbre qui surmontait à l'intérieur la porte de la chapelle. Des observations très-minutieuses lui ont permis d'affirmer que les noms y étaient écrits sur quatre colonnes, disposition tout à fait en rapport, du reste, avec la forme oblongue de la tablette. La première colonne comprenait les' noms des martyrs les plus illustres tant de la crypte que du cimetière entier, les trois autres comprenaient les noms des autres papes et des évêques étrangers enterrés avec eux. Nous ne pouvons donner ici que les résultats du travail de M. de Rossi : ceux qui voudront étudier dans tous ses détails cette merveilleuse restitution archéologique devront se reporter au chapitre dans lequel il développe, avec une érudition et

une clarté admirables, l'ensemble des arguments et des preuves qui lui ont permis de la proposer. Voici, d'après sa conjecture, le texte de l'inscription * : le nom de Zéphyrin n'y figure pas, parce que, bien avant Sixte III, du temps de saint Damase, son corps avait été transféré de la crypte dans une chapelle située au-dessus de terre :

NOMINA EPISCOPORVM MARTYRVM ET CONFESSORVM QVI DEPOSITI SVNT IN COEMETERIO CALLISTI.

XYSTVS DIONYSIVS STEPHANVS VRBANVS

CORNELIVS FELIX LVCIVS MANNO

PONTIANVS EVTYCHIANUS ANTEROS NVMIDIANVS

FABIANVS GAIVS LAVDICEVS IVLIANVS

EVSEBIVS MILTIADES POLYCARPUS OPTATVS

HORVM PRIMVS SANCTVS XYSTVS PASSVS CVM AGAPITO FELICISSIMO ET ALIIS NVMERO XI.

I. « Les deux dernières lignes sont certainement fort hypothétiques, et dans cette restitution manque une partie essentielle, le nom de l'auteur de l'inscription, Sixte III. » Roma. sotterranea^ t. Il, p. 48.

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