‹ Rome souterraineChapitre 130 sur 338 · I. Notitia eccleslamm urhis Romœ. -^ Voir page · texte numérisé non relu

I. Notitia eccleslamm urhis Romœ. -^ Voir page

dire entre saint Corneille et les autres papes, à cent pas environ de la chambre oii reposent ces derniers.

La chapelle de Saint-Corneille était déjà retrouvée, et Ton recherchait celle des papes, quand, en 1852, dans un endroit intermédiaire, au second étage de la catacombe, M. de Rossi découvrit au milieu des ruines six petits morceaux de marbre sur lesquels étaient tracées des lettres assez semblables aux caractères damasiens, mais d'une exécution bien moins parfaite. Deux mots seulement s'y lisaient entiers, SCINDITVR et SEDITIO; puis venaient trois fragments de mots, EVS..., EXEMPL... et INTEGR... Il se souvint aussitôt d'une inscription métrique rapportée par trois de ces anciens recueils épigraphiques dont nous avons déjà parlé, et attribuée par eux au pape Damase, dans laquelle ces mots et ces fragments de mots se rencontraient. Cette inscription est une de celles qui ont le plus divisé les critiques. Elle raconte certaines dissensions religieuses survenues sous le pontificat d'Eusèbe, sur lesquelles sont muets tous les historiens ecclésiastiques, et dont ne parle pas le Liber pontificalis. Baronius, ne pouvant admettre que les historiens les plus graves, que tous les annalistes contemporains eussent ignoré des faits de la plus grande importance pour rhistoire de TÉglise romaine au commencement du IV® siècle, refusa de croire que le héros de l'inscription rapportée par les manuscrits fût vraiment le pape Eusèbe, et, malgré l'invraisemblance d'une telle conjecture comparée au texte, il aima mieux voir dans le récit métrique une allusion à quelques faits obscurs de la vie d'un certain prêtre Eusèbe, contemporain de Constance (le même dont nous avons placé hypothétiquement le tombeau dans la chapelle des papes). Tillemont et les Bollandistes ont soutenu, au contraire, qu'Eusèbe dont parle l'inscription est bien le pape de ce nom, et que l'auteur des vers est vraiment le pape Damase.

Nous n'avons pas besoin de dire vers laquelle des deux opinions inclina M. de Rossi, dès qu'il eut découvert ces fragments dans la région souterraine où les Itinéraires pla-

cent le tombeau de saint Eusèbe. Il s'empressa de faire part de sa découverte à l'une des sociétés savantes de Rome. Il dut cependant attendre encore cinq années avant que les progrès des fouilles lui donnassent un libre accès dans l'intérieur du cimetière. Pendant ces cinq années la commission d'archéologie sacrée s'était occupée de déblayer la chapelle des papes et celle de Sainte-Cécile. En 1856, les travaux furent repris au point où les fragments d'inscription avaient été découverts. Pendant qu'on enlevait les terres qui, en cet endroit comme aux environs de toutes les cryptes historiques, avaient pénétré par le luminaire, M. de Rossi découvrit encore quarante fragments de la même inscription.

Les fouilles terminées, l'importance de la crypte nouvellement mise au jour se révéla par des marques non équivoques. Un escalier la mettait en communication avec le sol extérieur (Ce 2); à partir de cet escalier, des murs construits dans l'intérieur du souterrain, et fermant l'entrée de certaines galeries, empêchaient le pèlerin de s'égarer et lui indiquaient la route vers deux chambres qui s'ouvrent l'une en face de Fautre au fond d'un ambulacre (De i). L'une a 4™, 18 de long sur 2™, 85 de large; l'autre, beaucoup plus vaste, et destinée à contenir la foule des pèlerins, mesure 5^,50 sur 3'", 58. La plus petite était évidemment le sanctuaire vénéré par eux : là se trouvait le tombeau du pape Eusèbe. Elle porte encore les traces d'un riche revêtement de marbre. Trois grands arcosolia s'y trouvent; l'un fait face à la porte, les deux autres sont creusés dans les murailles de droite et de gauche. Le premier fut certainement le tombeau principal de la chambre, celui où étaient ■ renfermés les restes de saint Eusèbe. Dans l'arc de cet arcosolium on distingue, à l'empreinte laissée sur le stuc par une mosaïque presque entièrement tombée, la forme d'un vase anse, de chaque côté duquel se tiennent des oiseaux. Le fond de V arcosolium présente une particularité tout à fait inusitée. Il en contient un autre plus petit, pratiqué derrière lui dans l'épaisseur de la muraille : dans la lunette

de ce petit arcosolium paraît encore Fempreinte d'une tablette de marbre posée verticalement ^ La partie de muraille laissée libre au-dessus du grand tombeau, immédiatement sous la voûte, porte les traces d'une fresque représentant le Bon Pasteur : au milieu de cette fresque a été indiscrètement taillé un loculus. La voûte, au pied du lucernaire, se creuse légèrement en forme de berceau ou de coquille, et est décorée de caissons octogones dessinés sur le stuc en lignes bleues et rouges. On reconnaît dans l'arc et la lunette de V arcosolium construit dans la muraille de droite les vestiges d'une mosaïque représentant des enfants ailés qui symbolisaient probablement les saisons. Les parois de la seconde chambre n'ont jamais été revêtues de marbres : sur l'enduit qui les recouvrait les pèlerins ont laissé des traces écrites de leur passage. Ces grafîites ont le même caractère que ceux de la crypte de saint Sixte ; mais les formules les plus anciennes, comme in mente habere, ne s'y trouvent plus, le latin domine, et dans le petit nombre des inscriptions grecques on reconnaît le style de l'âge byzantin. Les graffites de cette chambre sont plus voisins du v* que du m* siècle : ils correspondent à Tépoque de Damase.

Ce que ces deux chambres ont de plus intéressant est l'épaisse table de marbre, primitivement fixée au parapet de V arcosolium principal, et que les modernes excavateurs ont placée au milieu de la chapelle, afin qu'on en puisse étudier facilement les deux faces. D'un côté on y voit une inscription païenne en l'honneur de Caracalla% de l'autre,

1. Ce petit arcosolium a certainement contenu les restes d'un chrétien illustre, jugé digne de reposer dans le voisinage immédiat du saint auquel la crypte était dédiée. M. de Rossi pense qu'il fut pratiqué pour recevoir, au v*^ siècle, les reliques de saint Optât de Vesceter, et que l'épitaphe de cet évéque, dont les fragments ont été trouvés dans la chambre de saint Eusèbe, occupait la place encore visible dans le fond du petit arcosolium. Voir plus haut, page 245", note 2. Cf. Roma sotterranea, t. II, pp. 194 et 221-225.

2. Cette inscription est de 214; elle est ainsi conçue : MAGNO. ET. INVICTO. IMP. CAES. M. AVRELLIO. ANTONINO. PIO. FEL. AVG. PARTHIC.

sur le revers, une inscription damasienne en l'honneur du pape Eusèbe. La signature de saint Damase y est pour ainsi dire écrite : Damasus episcopus fecit se lit en grosses lettres à la première ligne. Et cependant tout œil un peu exercé refusera de reconnaître dans cette inscription la main de rhabile calligraphe auquel on doit la reproduction de tant d'autres compositions du pape Damase. Quand M. de Rossi eut trouvé les premiers fragment? de l'inscription, il crut un instant avoir découvert un des essais de jeunesse du calligraphe damasien, une œuvre de sa première manière, s'il eut jamais une première manière. A mesure que les fouilles mirent en lumière un plus grand nombre de fragments, M. de Rossi reconnut en eux les restes non d'un original, mais d'une copie, d'une restauration. En 1856, il annonça à l'académie pontificale d'archéologie que la pierre dont il avait retrouvé les fragments n'était qu'une seconde édition de l'œuvre de Damase, rétablie par Symmaque, Vigile ou Jean III, les trois papes qui mirent le plus de zèle à réparer les ruines laissées dans les catacombes par les barbares. Nous avons déjà cité* une inscription de Vigile rappelant qu'il rétablit plusieurs titiili perdus ou brisés : peut-être l'inscription de seconde main retrouvée par M. de Rossi est-elle un de ceux-là. Dans une autre circonstance M. de Rossi avait émis une conjecture fort intéressante : l'artiste qui grava toutes les inscriptions damasiennes ne serait-il pas ce Furius Dionysius Filocalus qui, sous Libère, prédécesseur de Damase, orna d'élégants dessins à la plume

MAXIM. BRIT. MAX. GERM. MAX. PONT. MAX. TRIB. POT. XVII. IMP. III. COS. IIII. P. P. PROCOS. M. ASINIVS.SABINIANVS. V. G. OB. INSIGNEM. INDVLGENTIAM. BENEFICIAQVE. EIVS. ERGA. SE. — A partir du IV*' siècle,

on se servit fréquemment, pour les monuments chrétiens, de pierres enlevées à des édifices païens ou même chrétiens. M. de Rossi cite,, entre autres exemples, une pierre opistographe portant d'un côté une épitaphe de l'an 355, de l'autre côté une épitaphe de l'an 436, et ayant servi à la construction d'un monument sépulcral du vi* siècle {Bullett. diarch. crise. ^ 1863, P- 84). I. Voir page 158, note 2.

le précieux almanach chrétien, l'un des documents les plus originaux de Thistoire ecclésiastique primitive ^ } Or, quand tous les fragments de l'inscription qui nous occupe eurent été rassemblés, on put lire, à droite et à gauche, en deux files de lettres placées les unes sous les autres, la légende suivante :

FVRIVS DIONYSIVS FILOCALVS SCRIPSIT DAMASIS PAPAE CVLTOR ATQVE AMATOT.

« FuriusDionysiusFilocalus, qui aime et vénère le pape Damase, écrivit ceci.»

L'inscription commence par ces mots, que nous avons déjà cités, et qui forment la première ligne :

DAMASVS EPISCOPVS FECIT

et la fin de la phrase est donnée par la dernière ligne :

EVSEBIO EPISCOPO ET MARTYRI.

Entre ces deux lignes, qui en sont comme le cadre, se déroule le poè'me, composé de huit vers. Nous n'en donnons ici que la traduction française : le lecteur peut voir le texte latin, avec un fac-similé de l'inscription, planche XII :

« Héraclius contesta à ceux qui étaient tombés le droit de se repentir de leurs péchés. Eusébe enseigna que ces malheureux avaient le droit de pleurer leurs crimes. Le peuple se divisa en deux partis, et, la fureur s'allumant, on vit des séditions, des massacres, une guerre civile, la discorde, des luttes intestines. Aussitôt l'un et l'autre (le pape et l'hérétique) furent bannis par la cruauté du tyran , quoique le pontife conservât intacts les liens de la paix. Il supporta son exil avec joie, regardant le Seigneur comme son juge, et, sur le rivage de la Sicile, il laissa le monde et la vie. »

Cette inscription est celle que dès les premiers fragments M. de Rossi avait devinée, celle rapportée par les anciens manuscrits et discutée par Baronius. Il n'est plus douteux qu'elle fut composée par Damase en l'honneur du pape

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