‹ Rome souterraineChapitre 131 sur 338 · I. Voir page · texte numérisé non relu

I. Voir page

Eusèbe, et que les faits racontés par elle appartiennent à la vie de ce pontife. Avant de les commenter, nous devons montrer l'opinion de M. de Rossi justifiée sur un autre point. En examinant avec un soin minutieux les innombrables fragments de pierre et de marbre gisants sur le sol au milieu de décombres de toute sorte, on découvrit quelques portions non plus d'une copie, mais de l'original luimême, de la pierre sur laquelle avait été gravée l'inscription primitive. Parmi ces débris il s'en trouve un ou deux qui sans doute avaient échappé aux recherches du copiste qui, au vi^ siècle, travailla à rétablir, sur le revers d'un marbre arraché à quelque monument païen, l'inscription damasienne détruite par les barbares. Ainsi, dans la copie du vi'^ siècle exposée aujourd'hui au milieu de la chambre de saint Eusèbe, on lit avec étonnement ce troisième vers où ne se retrouve pas l'irréprochable latinité du pape Damase : Scinditur partes populus gliscente furore. Or nous savons aujourd'hui que ce solécisme est l'œuvre du copiste, et a été causé par la perte, au moment où la copie fut faite, d'un fragment de l'inscription originale. Ce fragment retrouvé par M. de Rossi donne en effet avant le mot^^r^^^ la préposition IN, qui rétablit la correction de la phrase : Scinditur IN partes populus... Le copiste était sans doute trop peu lettré pour suppléer de lui-même aux lacunes des monuments à moitié détruits qu'il s'efforçait de rétablir; il copiait naïvement ce qu'il voyait, se préoccupant peu du sens ou de la mesure du vers, et laissant quelquefois en blanc les lettres perdues, comme dans la septième ligne : Pertulit exilium ...omino sub judice lœtus.

Les planches XII et XIII permettent au lecteur de comparer la copie avec ce qui reste de l'original. Corriger les deux monuments l'un par l'autre est aujourd'hui facile; mais lorsqu'on n'avait sous les yeux qu'une copie fautive, où les mots ne sont séparés par aucun blanc, il était moins aisé de retrouver avec certitude le texte primitif. A ce point de vue il est curieux de consulter les anciens manuscrits, dont les auteurs n'ont vu que le monument du vi*^ siècle. Vou-

lant en effacer les incorrections trop apparentes, ils ont introduit dans leur texte les leçons les plus singulières. Dans tous les manuscrits le SVA au lieu de SVM au second vers est corrigé, et TIN omis au troisième est suppléé : c'étaient là des fautes trop évidentes pour qu'on put s'y tromper. Mais d'autres corrections sont moins heureuses : dans le manuscrit dont Griitér a suivi le texte, leSEDITIOCAEDE du quatrième vers est transformé en sed et loca ede, le mot ...OMINO àl'avant-dernier vers devient dans un manuscrit omnino, dans un autre homine; dans le même LITORE T(R)INACR10 du huitième vers est écrit litor et na~ crio,

M. de Rossi a raison de se réjouir de sa découverte, et de considérer le double monument qu'il a mis en lumière comme un des plus importants non-seulement de Fépigraphie chrétienne, mais de Fépigraphie latine tout entière. A vrai dire, ce n'est pas seulement une inscription, c'est un chapitre perdu de l'histoire de l'Eglise qu'il a conquis à la science. Nous avons montré comment les doutes de Baronius, possibles quand on ne connaissait ni la dédicace de la première et de la dernière ligne, omise dans les manuscrits, ni le lieu où l'inscription avait été vue par leurs auteurs, ont perdu aujourd'hui toute raison d'être. Quels sont donc ces faits inconnus, cette page oubliée, que rend à l'histoire de l'Église le petit poème damasien?

Aux 11^ et III® siècles, de violents débats s'élevèrent dans l'Église sur la conduite à tenir vis-à-vis des chrétiens retombés par peur de la persécution dans les liens du paganisme. Le schisme de Novatien fait voir quel esprit de dureté, d'arrogance, de contentement de soi-même régnait à cette époque chez un grand nombre de chrétiens. Fiers d'être demeurés lidèles là où d'autres étaient tombés, satisfaits de « leur santé insolente et leur superbe justice, » ces frères aînés de l'enfant prodigue voulaient fermer aux malheureux lapsi la porte de la réconciliation. A côté de ce dur esprit, il est beau de voir l'Eglise se penchant avec une douceur maternelle vers les pécheurs repentants, et versant dans leurs

plaies rhuile et le vin de la pénitence *. Cette douceur était loin cependant de dégénérer en faiblesse. En même temps qu'elle fermait l'oreille aux conseils des hommes sans pitié, l'Église attachait au pardon sollicité d'elle des conditions sévères, et demandait aux apostats une pénitence égale à leur faute. Cette sagesse éloignée de tous les extrêmes se manifesta en plusieurs circonstances sous le pontilicat d'Eusèbe et sous celui de son prédécesseur Marcel. La lettre du clergé romain à saint Cyprien, écrite à un moment oii le saintsiége était vacant, fait voir quelles étaient en ceci la tradition et la pratique orthodoxes ^ Elle nous peint les lapsi^ armés de lettres de recommandation obtenues des martyrs et des confesseurs de la foi^, demandant avec insistance une réconciliation immédiate, et le clergé romain maintenant un terme moyen entre une inflexibilité trop grande et un pardon trop facile {pronam nostram facilitatem ... nostram quasi durant crudelitatem). Le remède, disent les correspondants de saint Cyprien, doit être égal à la blessure, et, s'il est appliqué trop hâtivement, une nouvelle plaie se créera à côté de la première mal fermée. « Que l'on entende, non une fois, mais plusieurs fois, mais souvent, les soupirs des pénitents; que les yeux criminels qui n'ont pas craint de regarder les idoles versent assez de larmes devant Dieu pour effacer leur impiété. » Saint Cyprien dans ses lettres parle, lui aussi, de troubles, d'émeutes causés dans quelques villes par la présomption et la violence des apostats voulant arracher de force l'absolution de leur péché et leur réintégration immédiate dans la communion des fidèles^. Après la persécution de Dioclétien, la même situation se représenta. Cette terrible persécution avait été précédée d'une longue paix durant laquelle les courages s'étaient affaiblis

t. Ecclesia est... ubi miseris lacrim* non negantur, ubi curantur fcgroti, ubi nihil sibi vindicat insolens sanitas et superba justitia. — Pacianus, ad Sempronianiim Ep. 3j § 5-

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