L'almanach philocalien et le martyrologe hiéronymien
3. Ainsi se trouvent conciliées, non-seulement la date du ji février donnée parle graffite et celle du 19 mai donnée par les anciens calendriers, mais encore les dates consulaires différentes indiquées par les actes des deux martyrs, qui fixent leur mort à l'année 250, ]^assi sunt
nue et sans ornement à la porte de laquelle se lit notre graffite ne serait pas le lieu de la sépulture primitive des deux saints : celle-ci aurait été placée d'abord dans une chambre de Tétage supérieur (D ^3), ornée d'une curieuse fresque dans laquelle on peut reconnaître Partenius et Calocerus debout devant le tribunal de l'empereur; et leurs ossements auraient été transportés de là, au iv® siècle, dans rhumble cachette que nous venons d'étudier.
Contentons-nous d'avoir esquissé, en quelques lignes, cet intéressant sujet, et hâtons-nous vers la tombe de saint Corneille. Rien, dans le trajet de la troisième area du cimetière de Calliste à la crypte de Lucine, n'arrêtera longtemps notre attention. Nous traversons le vaste labyrinthe de galeries (XIV) qui tend son inextricable réseau entre ces deux parties de la catacombe. Ces galeries, bien postérieures en date aux areœ régulières, sont généralement très-étroites; elles se crbîsent et se coupent dans toutes les directions : les réduire à un plan régulier n'est pas possible. Elles forment deux étages et suivent, le plus souvent, la ligne horizontale; mais, lorsqu'elles atteignent les diverses areœ auxquelles elles coniinent, leur hauteur et leur inclinaison varient beaucoup. Les deux étages de ce labyrinthe ont chacun leur escalier; l'étage supérieur règne sur toute la catacombe, sans avoir égard aux anciennes limites des différentes areœ. L'étage inférieur se distingue par l'absence de tout ornement. Pas une peinture, pas une plaque de marbre, pas un cubiculum. pas même un arcosolium ne vient rompre la monotonie de ces longs et étroits couloirs, bien postérieurs (tout le révèle) à la construction si régulière des hypogées qu'ils relient. La réunion en une seule nécropole de plusieurs groupes de cimetières indépendants les uns des autres offrait de grandes difficultés, surtout à cause de la différence des niveaux. Le point de jonction, la soudure, si l'on peut
die XIIII Kal. Jun. Decio Augusto et Grato consiiUhtis^ et l'almanach philocalien qui indique l'année 304, XIIII Kal. Jun. Partheni et Calo^ cerl in Calisti Diocletiano VIIII et Maximiano VIII cons.
26o ROME SOUTERRAINE.
ainsi parler, demeurait toujours visible : on ne manquera pas de la reconnaître, si Ton examine attentivement la portion de labyrinthe qui s'étend entre le cimetière de Calliste et la tombe de saint Corneille, et Ton admirera, par la même occasion, l'art ingénieux que déployaient les fossoyeurs dans la tâche délicate d'unir ainsi plusieurs cimetières. Une autre pensée se présentera probablement à Fesprit du visiteur ; il se demandera pour quelle raison saint Corneille a été enterré à part, si loin de la sépulture commune des autres pontifes. S'il n'ignore pas que plusieurs érudits ont cru découvrir un lien de parenté entre saint Corneille et la gens Cornelia, il verra dans cette sépulture distincte une circonstance précieuse à noter, et pouvant être utilement rapprochée d'une telle conjecture.
D'autres circonstances, remarquables en elles-mêmes, plus remarquables encore si on les réunit, achèvent de lui donner quelque vraisemblance. Saint Corneille (250-253) est le premier pape antérieur à la paix de l'Église qui ait porté le nom d'une grande famille romaine. La partie de cimetière dans laquelle sa tombe est construite est l'ancienne area sépulcrale de Lucine, ayant appartenu primitivement à des membres ou à des alliés de la gens Ca^cilia, alliée elle-même des Cornelii ; on y a retrouvé des inscriptions remontant à une très-haute antiquité, et portant des noms de Cornelii et de Maximi Cascilii. Enfin, chose singulière, l'épitaphe qui orne la tombe de saint Corneille est écrite en latin, tandis que les épitaphes officielles, si l'on peut ainsi parler, des pontifes qui reposent dans la crypte papale sont toutes en grec. Ne semble-t-il pas résulter de tous ces traits réunis qu'une grande famille romaine a présidé elle-même à la sépulture du pape Corneille, en a choisi l'emplacement dans un lieu où elle avait déjà des ancêtres enterrés % et a
I. Les actes du martyre de saint Corneille disent qu'il fut enseveli, avec les martyrs Cerealis, Sallustia et vingt et un autres, par la bienheureuse Lucine (probablement une descendante delà première propriétaire de Varea)^ in agrum suum in crypta in ccemeterio Callisti. Adon a transcrit
voulu conserver, jusque dans la rédaction de l'inscription funéraire, la langue des vieilles races patriciennes, de pré.férence à la langue officielle de l'Egliseî^
Car le grec était la langue de l'Eglise primitive. Saint Paul, quoique citoyen romain, écrit en grec aux chrétiens de Rome. Saint Jacques adresse dans la même langue son message « aux douze tribus qui sont dispersées sur la surface de la terre. » L'Evangile de saint Marc, composé à Rome et pour l'usage des Romains, fut d'abord rédigé en grec. Les Pères apostoliques, les apologistes, les historiens et les théologiens de la primitive Eglise écrivaient et enseignaient en grec. Les lettres pontificales étaient écrites en grec, nonseulement quand elles s'adressaient à un évêque d'Orient, mais encore quand elles étaient envoyées à un évêque des Gaules. Les plus anciennes chroniques de l'Église romaine, le catalogue des papes dressé sous Libère au iv^ siècle, la chronique dite de Félix IV, qui appartient au vi® siècle, et le Liber pontificalis furent rédigés en grande partie d'après des sources grecques. Quand l'usage du grec comme langue usuelle eut décliné en Occident, il trouva un dernier asile dans le rituel et la liturgie de l'Eglise romaine. Au vii^ siècle, les sacramentaires romains contenaient les répons écrits dans les deux langues, en grec d'abord, puis en latin. La langue ecclésiastique emploie, aujourd'hui encore, un grand nombre de mots grecs, empreinte indestructible des anciens âges : hymne, psaume, liturgie, homélie, catéchisme, baptême, eucharistie, diacre, prêtre, évêque, pape, église, cimetière, paroisse, diocèse, etc. Les noms de tous les ordres du clergé, à l'exception des deux ordres inférieurs de lecteurs et de portiers, sont grecs ^.
ces paroles des actes dans son martyrologe. Le Liber pontificalis dit que Lucine l'ensevelit in crypta jiixta cœmeteriiim Callisti via Appia in prcedio suo. Ces paroles, qui appartiennent à la recension la plus antique du hiher pontificalis j semblent indiquer qu'à l'époque de la mort de Corneille, époque oii le cœmeterium Callisti existait déjà, la crypte de Lucine ne lui était pas réunie et était encore propriété privée. I. Le Hir, Études bibliques ^ t. I, p. 266-268.
L'épitaphe latine placée sur le tombeau de saint Corneille fut donc une dérogation à l'usage établi. Son tombeau ne ressemble en rien à celui des autres papes. Ce n'est pas, comme dans la chapelle oii reposent ses prédécesseurs, un loculus taillé dans le mur ; ce n'est même pas tout à fait un arcosolium. Le tombeau de saint Corneille est placé dans une vaste galerie (I, D h 3) un peu élargie au milieu en forme de chapelle ^ Il consiste en une excavation égale en largeur à trois ou quatre loculi, et ayant à peu près la forme d'un arcosolium^ si ce n'est qu'au lieu d'être surmontée par une arche cintrée, elle a pour baldaquin une niche carrée, mode de construction beaucoup plus ancien. Ordinairement une certaine usure dans la muraille, une sorte de rainure creusée par le frottement, indique l'endroit sur lequel appuyait la table de marbre qui bouchait l'ouverture du tombeau et servait d'autel. Ici on ne voit aucune trace semblable. Cette circonstance, jointe aux dimensions extraordinaires du tombeau, assez vaste, nous l'avons dit, pour contenir trois ou quatre corps, nous fait croire que les reliques de saint Corneille n'y étaient pas immédiatement déposées, mais étaient enfermées dans un sarcophage qui était comme enterré dans ce large sépulcre. Le couvercle de ce sarcophage servait naturellement d'autel. M. de Rossi cite plusieurs exemples de sarcophages ainsi placés dans un arcosolium non fermé et servant à la célébration des saints mystères ^.
Si l'on examine de près les alentours du sépulcre de