‹ Rome souterraineChapitre 137 sur 338 · I. Roma sotterranea, t. I, p · texte numérisé non relu

I. Roma sotterranea, t. I, p

cimetière: de calliste. 265

nous sommes certain que nul critique ne songerait à mettre en doute son authenticité :

Aspice, descensu Gxtructo tenebrisque fugatis Corneli monuiiieiita vides tumulumque sacrât um. Hoc opus zegroti Da.masi prœstantia fecit Esset ut accessus melwr^ populisque paratum Auxilium sancti, et \ aléas si fundere puro Corde preces, Damasus melior consur%ere possetj Queni non lucis amor, tenuit mage cura lahorls.

« Voyez : un escalier a été construit, et les ténèbres ont été mises en fuite : vous pouvez contempler maintenant les monuments élevés en l'honneur de Corneille, et sa tombe sacrée. Cette œuvre, le zélé de Damase l'a accomplie, bien qu'il soit malade ; il a facilité l'accès et mis à la portée du peuple le secours du saint. Si vous voulez, d'un cœur pur, verser une prière, demandez que Damase puisse revenir a la santé : non qu'il aime la vie^ mais la sollicitude de sa charge le retient ici-bas. »

Si nous possédons le vrai sens de cette inscription, il en résulte que Damase lit pénétrer par un luminaire le jour jusqu'au tombeau de saint Corneille, et construisit un escalier pour Tusage des pèlerins. A ce moment il devait être gravement malade, sa vie même était sans doute en danger. Cette dernière circonstance donne de la vraisemblance à la restitution — beaucoup plus difficile — de la seconde inscription, que M. de Rossi suppose avoir été ainsi :

i^iricius perfecit opus, Conclusit et arcani '

3/rfrmore, Corneli quoniam Pia membra vetentat.

«c Siricius compléta l'œuvre, et, avec une table de marbre, ferma le tombeau, parce qu'il contient les membz-es sacrés de Corneille. »

Cette restauration est assurément bien moins certaine que la première. Il s'en faut, cependant, qu'elle soit l'oeuvre de la seule imagination. Voici, en abrégé, les raisons qui ont guidé M. de Rossi dans la tâche délicate de

rétablir quatre vers avec douze lettres seulement. La forme de ces lettres se rapproche beaucoup du caractère damasien, mais ne le présente pas dans toute sa pureté ; peut-être cette seconde inscription fut-elle faite par les ordres du successeur de Damase, et Tartiste voulut-il, comme il a été dit plus haut, indiquer par quelques variantes la différence d'origine, tout en suivant dans ses lignes générales le type de récriture damasienne. Précisément, la seule lettre qui reste du premier vers est une S, et le successeur de Damase se nommait Sirice. L'inscription peut donc être l'œuvre du pape Sirice, qui aurait continué les travaux entrepris dans la crypte par Damase pendant sa dernière maladie. Or le tombeau de Corneille, qui, à l'origine, comme nous l'avons dit, n'était point fermé, fut plus tard bouché par une plaque de marbre très-épaisse, sans doute pour consolider la muraille ébranlée par les travaux trop hardis du pape Damase. Le mot marmore. dont les premières lettres existent encore sur un des fragments de notre inscription, semble une allusion à cette œuvre ; n'en peut-on pas conclure qu'il s'agit dans l'inscription de ce travail d'achèvement et de consolidation, et que le pape Sirice en fut l'auteur > Quant au dernier vers, pia membra retentat, il se relie naturellement à la pensée qui précède : ces travaux auraient été faits parce que dans ce tombeau reposent des restes sacrés. Cette formule, d'ailleurs, se retrouve si souvent dans l'épigraphie damasienne, que M. de Rcssi, en

complétant ainsi les lettres pia tentât, n'a guère de

chances de s'être trompé. Nous ne pouvons développer ici, dans tous les détails qu'elle comporte, cette série d'inductions qui s'appellent et se complètent l'une l'autre. M. de Rossi s'avance si prudemment dans le champ de la conjecture, il déduit si modestement et si clairement ses raisons, il a tant de peur de s'en faire accroire, et de donner comme certain ce qui n'est pas absolument démontré, qu'on peut le suivre sans crainte dans les hypothèses qu'il propose. En ce qui concerne notre inscription, nous croyons pouvoir sans trop de présomption émettre après

lui la conclusion suivante : si l'on n'ose affirmer la vérité littérale du texte qui a été donné plus haut, il y a au moins de fortes raisons de croire qu'il reproduit exactement le sens original.

Les peintures dont est décoré le tombeau de saint Corneille nous donnent un exemple du bonheur qui accompagne presque toujours les conjectures de M. de Rossi. Avant de découvrir la tombe du saint pape, il avait bien des fois annoncé qu'il y trouverait sans doute quelque souvenir de son contemporain et correspondant saint Cyprien. Les deux saints ne furent pas martyrisés dans la même année, mais, par une coïncidence singulière, ils le furent le même mois et le même jour. Aussi leurs fêtes ont-elles toujours été célébrées à la même date, le 16 septembre, et, ce jour-là, les prières liturgiques faisaient mention de l'un et de l'autre ^ Les calendriers et les missels les plus anciens nous apprennent que la commémoration des deux saints avait lieu dans le cimetière de Calliste : — xviii Kal : Oct : Cypriani, oAfricœ; Romœ celebratur in Caîlisti^ dit le calendrier Buchérien, si souvent cité ; — Natale SS. Cornelii et Cyprianij via oAppiâ in Callisti^ dit, pour le même jour, un vieux recueil de la liturgie romaine. M. de Rossi trouva même, dans un de ces anciens Itinéraires qui ont été pour lui des guides si précieux, l'indication, certainement erronée, que les corps de saint Corneille et de saint Cyprien reposaient ensemble dans le cimetière de Calliste ^. Il était évident par le texte lui-même — Cornélius et Cyprianus dormit — que le nom de Cyprien avait été ajouté par un copiste maladroit. Une telle confusion, cependant, ne pouvait avoir été faite sans cause ; M. de Rossi conjectura que Terreur du copiste ou du pèlerin provenait de quelque indication fournie par la tombe même de saint Corneille, et mal interprétée par un visiteur ignorant. En effet, quand, dans

1. Tous les jours encore, au canon de la messe, le prêtre nomme l'un à côté de l'autre saint Corneille et saint Cyprien.

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