‹ Rome souterraineChapitre 14 sur 338 · I. Acta Satict. oct., t. IX, p · texte numérisé non relu

I. Acta Satict. oct., t. IX, p

en ordre chronologique, l'almanach chrétien (car nous ne pouvons le désigner par un meilleur nom) dont la première édition paraît avoir été publiée en 336, et la dernière, enrichie de dessins et d'ornements calligraphiques, en 354, par Furius Dionysius Filocalus. Il contient les dates de la mort ou de la depositio des papes depuis Lucius jusqu'à Jules (255-352!, une liste des principales fêtes chrétiennes de Tannée, particulièrement celles des martyrs, et enfin un catalogue des papes depuis saint Pierre jusqu'à Libère *. Dans ce dernier catalogue, la date de la mort des papes ne commence à être marquée qu'à partir d'Anteros, ce qui semble indiquer que la première partie du catalogue est tirée de quelque ouvrage antérieur à ce pape, la chronique d'Hippolyte, par exemple. Le plus important de ces documents est sans contredit le premier des trois. 11 vient immédiatement après une liste des préfets de la ville, et cette liste, qui paraît avoir été soigneusement copiée sur les registres officiels du temps, commence, comme celle des papes, en 254. Ce synchronisme est-il purement accidentel > ou bien, au contraire, les deux listes n'auraient-elles pas été empruntées l'une et l'autre à des documents officiels, à des registres de police, à des papiers d'État, par exemple aux archives de la préfecture urbaine? A première vue il peut paraître étrange que les noms des papes aient été connus officiellement des gouverneurs de Rome. Il est certain cependant que dès le commencement du iii*^ siècle beaucoup d'églises s'accoutumèrent à payer tribut au gouvernement afin d'échapper à la persécution, et furent, en conséquence, immatriculées, pour ainsi dire, sur les registres de la police, où elles se trouvaient, comme Tertullien^ a soin de le rappeler, en très-

r. Ce dernier catalogue est ordinairement appelé Libérien ^ ou Buchérien^ de son premier éditeur A^gidius Bucherius, S. J. — De doctrina temporum^ 1634.

2. Non decet Christum pecunia constare. Quomodo et martyria fieri possent in gloriam Domini, si tributo licentiam sectîe compensaremus... Massaliter totae ecclesiae tributum sibi irrogaverunt. Nescio dolendum an erubescendum sit, cum in matricibus benefîciariorum

singulière compagnie. Nous lisons encore qu'après la mort du pape Fabien, Dèce défendit expressément de lui nommer un successeur, et entra dans une grande colère quand il apprit l'élection de Corneille. Dans les interrogatoires des martyrs on trouve souvent la question suivante : i A quelle église appartenez-vous > » Quand les propriétés ecclésiastiques sont restituées après une persécution, c'est à l'évêque que la restitution est faite; quand, au contraire, une nouvelle persécution commence, c'est à lui que l'on demande les livres sacrés, c'est contre lui et contre ses clercs que sont quelquefois dirigés les édits. Tout cela semble indiquer une certaine connaissance et même une certaine reconnaissance du rang qui appartient à Tévêque dans la hiérarchie ecclésiastique. Et, remarque curieuse, plusieurs points obscurs du catalogue dont nous parlons s'éclaircissent si Ton admet qu'il a été emprunté à des sources civiles et officielles. Ainsi, par exemple, on y lit qu'en 304 la dignité épiscopale demeura vacante pendant sept ans, six mois et vingt-cinq jours. Ce fait est en contradiction avec l'histoire etavec les dates qui se rencontrent en d'autres parties du même catalogue. Il devient clair, si l'on se rappelle que, précisément pendant l'espace de temps indiqué, les loca ecclesiastica demeurèrent confisqués et la hiérarchie ecclésiastique fut (au moins légalement) supprimée. Le Liber pontificalis en rapporte un curieux exemple : il nous montre l'empereur Maxence voulant contraindre saint Marcel à confesser qu'il n'était point évêque (parce qu'il n'avait pas été reconnu par le gouvernement impérial); et précisément le nom de Marcel ne figure point sur notre liste. Quelle que soit la valeur de ces inductions en ce qui concerne l'origine officielle des listes rapportées dans l'almanach philocalien,-il est au moins certain qu'elles ont été composées d'après des documents remontant à la plus haute antiquité, et qu'elles

et curiosiorum, inter tabernarios et lanios et fures balnearum et aleones et lénones christiani quoque vectigales continentur. — De fuga in persec.^ 12, 13.

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sont une des sources les plus utiles auxquelles ait puisé M. de Rossi.

Aux deux sources déjà mentionnées, il faut ajouter les nombreuses inscriptions composées par le pape Damase en l'honneur des martyrs, et gravées par le même Furius Dionysius Filocalus. Quelques-uns de ces monuments, détruits par les Goths, les Lombards, et tous les barbares qui successivement dévastèrent les catacombes, furent plus ou moins correctement restaurés par les papes; beaucoup nous ont été conservés par les copies qu'en ont prises les pèlerins du ix^ ou du x^ siècle , plusieurs sont demeurés intacts jusqu'à nos jours, et d'autres ont été très-habilement retrouvés ou recomposés par M. de Rossi. Ces monuments sont, partout où on les rencontre, des documents d'une valeur hors ligne pour l'histoire et la géographie des catacombes.

Nous avons eu déjà, et nous aurons souvent occasion de citer le Liber pontijîcalisj ou, comme on l'appelle quelquefois, moins correctement, les vies des papes, par le bibliothécaire Anastase. Ce livre fut, dès l'origine, composé d'après des documents plus anciens, comme l'avait été le Martyrologium Hieronjrmianum. On en compte au moins trois éditions ou versions successives avant celle d' Anastase. Deux d'entre elles remontent au commencement ou au milieu du viii® siècle, l'autre au commencement du vi^; une portion de cette dernière peut même être attribuée à l'époque de Damase, sinon à une période plus ancienne. Les renseignements du Liber pontijîcalis sont souvent en contradiction avec ceux de l'almanach philocalien et du martyrologe hiéronymien, particulièrement en matière de dates; mais ces variantes sont quelquefois utiles, et mettent sur la trace d'événements qui sans elles demeureraient inconnus. Elles s'expliquent souvent par ce fait qu'elles ont trait à quelque translation des reliques d'un pape, dont la date a été confondue par le compilateur avec celle de sa mort ou de sa première depositio. La plupart des contradictions que présentent, comparés entre eux, les anciens docu-

ments que nous étudions ont ainsi une raison cachée, se rapportent à un fait ignoré, ou proviennent de quelque autorité dont la trace est perdue : à elles seules, elles fournissent souvent des indications utiles.

Les martyrologes de Bède, d'Adon, d'Usuard, méritent aussi d'être consultés ; mais ils sont inférieurs en importance aux actes des martyrs, qui, même lorsqu'ils ne sont pas authentiques, contiennent souvent de très-précieux fragments de vérité. Tillemont et d'autres critiques de la même école ont traité avec trop de dédain ces vénérables monuments de l'antiquité chrétienne. Rebutés par les anachronismes flagrants, la diction barbare, l'exagération légendaire, les difficultés historiques qui s'y rencontrent à chaque page, ils ont trouvé plus facile de les rejeter en bloc que de porter dans ces obscurités la lumière de la critique, et d'y faire les distinctions nécessaires. Une étude plus exacte et moins défiante réussit souvent, au contraire, à y démêler les traces, la trame d'une histoire vraie, d'un récit sérieux. Les actes de sainte Cécile, par exemple, si complètement rejetés par Tillemont qu'il en vint à se demander s'il avait réellement existé à Rome une vierge martyre de ce nom, et si sa légende %sj^\/^^^' n'était pas un mythe venu de Sicile, ne sont pas certaine-

-{^xMf^ * ment, dans la forme où nous les possédons, un document

Tt^ . ' ^ authentique et original ; ils ne sont pas contemporains du

martyre qu'ils racontent ; au contraire, la préface et le corps même de ces actes trahissent un écrivain du temps de la i%^ p3-ix, ayant vécu entre le iv^ et le v^ siècle ; mais des indices nombreux, certains, incontestables, démontrent en même temps qu'ils durent être composés sur des renseignements très-minutieux et très-dignes de foi, et un grand nombre des événements qu'ils relatent ont reçu une confirmation décisive de la découverte, à la fin du xvi® siècle, des reliques de sainte Cécile, qui certainement étaient cachées à tout œil humain au moment où ils furent écrits. De plus, si l'on compare avec soin les différentes leçons des manuscrits encore existants, il est aisé de distinguer les additions, les embellissements, les amplifications que les copistes ont

fait entrer successivement dans le texte primitif ^ Ces variantes sont en réalité peu nombreuses, elles laissent intact le fond, se bornant à donner à la forme quelque chose de plus oratoire, à remplacer par un équivalent vague des expressions dont on avait perdu le sens légal, à mettre dans le récit et le dialogue un certain mouvement dramatique ; elles sont telles qu'on Feût pu prévoir avant même de lire et de comparer les manuscrits ; et il est probable que le premier compilateur n'a pas usé d'une liberté plus grande avec les documents originaux que ses successeurs n'ont fait avec son texte. C'est ainsi que dans leur état actuel les actes des martyrs, même les moins purs, les plus altérés, se composent de plusieurs dépôts successifs sous lesquels le fond premier se retrouve presque intact, si l'on écarte avec soin les éléments ajoutés; et comme tous, y compris ceux dont l'authenticité est la moins certaine, furent écrits avant que les reliques des saints dont ils parlent aient été retirées de leurs tombeaux des catacombes, ils ont été d'un grand secours pour aider M. de Rossi à reconstruire l'histoire et la géographie de Rome souterraine. On en peut dire autant de quelques renseignements épars dans les anciens recueils liturgiques de l'Église romaine.

Les prédécesseurs de M. de Rossi ont connu tous ces documents, et en ont plus ou moins heureusement fait usage. A lui appartient l'honneur d'avoir démontré le premier, et par le raisonnement, et surtout par les faits, par ses découvertes, la grande importance des renseignements contenus dans les Itinéraires ou récits de voyage des anciens pèlerins, et dans les Guides écrits pour diriger leurs visites aux principaux sanctuaires de Rome. Un de ces récits de voyage peut se lire ^ dans les œuvres de Guillaume de Malmesbury, racontant le séjour des croisés à Rome, en 1095 ■^ il parle des saints comme s'ils reposaient encore dans leurs tombes souterraines ; cet anachronisme prouve clairement

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