‹ Rome souterraineChapitre 145 sur 338 · I. Planches IX, 2 ; X · texte numérisé non relu

I. Planches IX, 2 ; X

Agathe, à Ravenne, dont les mosaïques remontent à Fan 400, Notre-Seigneur porte le nimbe inscrit d'une croix, les anges le nimbe sans ornement. On voit encore le nimbe crucifère dans les mosaïques de Sainte-Sabine (424) et de Saint- Paul (441), à Rome : les apôtres, les évangélistes et les autres saints ont le nimbe plein, ou ne sont pas nimbés. Cet ornement paraît avoir été d'abord employé pour distinguer Jésus-Christ ; un peu plus tard on le donna à la sainte Vierge et aux anges ^, puis aux apôtres, aux évangélistes, aux quatre animaux symboliques qui les représentent, et enfin à tous les saints sans distinction. Le P. Garrucci conclut de ces exemples qu'au v^ siècle les artistes chrétiens usaient du nimbe à leur gré, le représentant ou l'omettant indifféremment, et qu'après cette époque l'usage du nimbe devint la règle générale. M. l'abbé Martigny ^ pense qu'avant Constantin on le représentait quelquefois autour de la tête de Notre-Seigneur, et qu'à partir de cette époque Notre-Seigneur fut toujours nimbé ; qu'on le donna quelquefois aux anges depuis le v^ siècle, toujours dès le milieu du VI®, et qu'enfin depuis la fin du vu* il fut attribué indifféremment à tous les saints.

' Ainsi , quand nous rencontrons dans les catacombes quelque image de saint ou de martyr, la tête entourée d'un nimbe, nous sommes assurés que cette image est postérieure à l'époque des persécutions, quelquefois séparée d'elle par plusieurs siècles. Nous avons vu dans les cryptes de sainte Cécile et de saint Corneille de remarquables exemples de ces peintures de l'âge de la paix.

Une autre note chronologique facile à reconnaître, et utile pour déterminer la date des peintures, c'est la présence de la lettre E , ou de quelque autre lettre, quelque-

1. D'après M. de Rossi, on commença à le donner à la sainte Vierge et aux saints Pierre et Paul au iv*' siècle. — Dans le cimetière de Sainte- Domitille on le trouve seulement autour des têtes de Notre-Seigneur et de saint Pierre. — Bullettino di arch. crist.^ 1867, p. 44. — Marangoni, Acta S. Vlctorlniy p. 39, 40.

2. Dictionnaire des antiquités chrétiennes ^ p. 436, V Nimbe. '

fois d'une croix, sur la bordure du vêtement des principaux personnages. Dans les peintures plus anciennes, les draperies sont unies ou bordées seulement d'étroites bandes de pourpre : l'usage d'inscrire des lettres ou des croix au bas des vêtements ne paraît être devenu général qu'au commencement du IV® siècle ou tout au plus à la fin du iii^ ^

La présence du monogramme >g , dans cette forme ou dans quelqu'une de ses nombreuses combinaisons , suffit également à démontrer la date relativement récente d'une peinture. S'il n'est pas prouvé que l'invention de cette tessera soit dérivée de la fameuse vision de Constantin, il est au moins certain qu'on n'en a découvert aucun exemple sur des peintures antérieures au iv® siècle.

Ces indices matériels ne sont pas les seuls moyens de connaître l'âge d'une peinture. Dans la plupart des cas l'évidence interne résultant soit du sujet, soit du style, permettra de distinguer ou avec vraisemblance, ou avec certitude, sinon une peinture contemporaine de Trajan d'une autre contemporaine d'Adrien, au moins une œuvre d'art du i^*" ou II* siècle d'une œuvre d'art du iii"^ ou Iv^ L'art chrétien, né dans la période la plus florissante de l'art romain, en suivit naturellement les vicissitudes, et en refléta avec fidélité l'état de prospérité ou de décadence. Les mêmes difl^érences qui distinguent, à un ou deux siècles de distance, deux fresques sorties d'un pinceau païen, distingueront deux fresques chrétiennes séparées par un égal intervalle de temps. Le plus ou moins d'habileté technique de l'artiste des catacombes est toujours en un rapport exact avec la manière plus ou moins rapprochée de la perfection ou de la décadence adoptée par ses confrères païens. La proportion n'est modifiée que par les conditions peu favorables dans lesquelles se trouvaient les peintres chrétiens, obligés de travailler dans les ténèbres, d'une main quelquefois hâtée par le péril et par la peur, tandis que les peintres païens de la même époque, entourés de toutes les ressources

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