De locis sanctis martyr um qua sunt foris civitatem Roma
détails de topographie qui s'y rencontrent se rapportent donc à la condition primitive des cimetières souterrains, et remontent à une époque où toutes leurs traditions étaient encore vivantes.
On peut classer dans la même catégorie que les Itinéraires le catalogue des reliques recueillies par l'abbé Jean, du temps de saint Grégoire le Grand, et envoyées à Théodelinde, reine des Lombards. Cette liste*, écrite sur du papyrus, est conservée, avec beaucoup de ces reliques et les petits morceaux de parchemin qui y sont attachés, dans le trésor de la cathédrale de Monza. Le mot « relique » a besoin d'être expliqué; il n'est ici question ni des restes mortels des saints, ni de leurs vêtements, ni d'objets leur ayant appartenu. Saint Grégoire explique lui-même quelles reliques on distribuait de son temps aux fidèles. Il écrit à l'impératrice Constantina : « Quand les Romains veulent obtenir des reliques des saints, ils ne touchent pas les corps; ils mettent seulement une pièce d'étoffe dans une boîte, qu'ils posent près du corps saint et qu'ils emportent après... Au temps du pape saint Léon, quelques Grecs, doutant de la vertu dé ces reliques, apportèrent des ciseaux et coupèrent TétofFe, d'où il coula du sang, ainsi que le racontent encore les vieillards^. » On recueillait souvent aussi comme reliques des gouttes de l'huile qui brûlait devant les tombes des saints; et saint Grégoire envoyait ces olea^ enfermées dans de petites fioles de verre, aux personnes à qui il voulait faire un présenta De cette nature sont les reliques recueillies par l'abbé Jean, et, dans le catalogue qu'il en a dressé, il indique avec soin les différents sanctuaires par lui visités, en suivant l'ordre des visites. En comparant cette liste de sanctuaires avec les notions topographiques contenues dans les Itinéraires, M. de Rossi a pu décider avec
1. Elle a été publiée par Marini, Papir. diplom.^ p. 327, 11° CXLIII.
2. Epist.y lib. III, ep. 30. Ces pièces d'étoffe étaient appelées Jr^/2fZf<z.
3. O.n voit encore à Rome, dans l'église de Saint-Augustin, les fidèles recueillir l'huile qui brûle devant la Madonna del Parto.
certitude beaucoup de questions relatives à la situation des plus célèbres tombes souterraines. Nous ne pouvons le suivre dans les détails de ces rapprochements et des déductions qu'il en tire ; il faudrait transcrire des pages entières de son livre, et nous aimons mieux y renvoyer les lecteurs. Ceux qui prendront la peine de s'y reporter en seront promptement récompensés ; ils suivront avec délices le fil de cette critique si fine et si sûre qui, par quelques faits habilement rapprochés, en éclaire d'autres encore mal observés ou inconnus, et, se dégageant à temps de Tétude minutieuse des détails, s'élève souvent, avec une ampleur inattendue, aux plus riches et aux plus belles conclusions. Telles sont les principales sources d'information dont M. de Rossi a fait usage dans sa Roma sotterranea^ et à l'aide desquelles il a pu construire une œuvre historique pleine de mouvement et de vie. Il faut recourir au texte même pour apprécier tout le mérite de sa méthode, sobre, patiente, un peu lente à force de précision et de scrupules, et ne faisant jamais un pas sans avoir à l'avance, par la plus abondante et la plus exacte critique, préparé et assuré le terrain. Nous ne pouvons ici qu'en donner une idée lointaine, obligé de resserrer et d'abréger la trame de raisonnements qui, pour avoir toute leur valeur, auraient besoin de pouvoir s'étendre et se déployer dans leur ampleur et leur élasticité primitives. Même dans les limites étroites de cet abrégé, le lecteur attentif pourra cependant, nous l'espérons, retrouver au moins la substance, non-seulement des beaux résultats auxquels est arrivée en ces derniers temps l'histoire de Rome souterraine, mais encore de la méthode si remarquable, si nourrie de faits et de textes, qui a permis de les atteindre. Il verra que l'étude des catacombes romaines n'est pas seulement un ensemble de notions archéologiques, un tableau sans chaleur et sans vie, qu'elle embrasse toute l'histoire de l'Église chrétienne primitive, ses dogmes, sa politique, ses arts, et touche par là aux origines mêmes de la civilisation moderne.