Le Pitture antiche. del sepolcro de Nasonii^ tav. xxil
murailles de tant de chapelles chrétiennes. Certes, dans la multitude des sujets empruntés à la vie pastorale par l'art païen et chrétien, des ressemblances fortuites, quelquefois même volontaires, peuvent s'être produites : quelque type commun consacré par la tradition classique a pu, en certaines circonstances, être imité par l'un et par l'autre; mais une chose n'est pas douteuse, c'est que les artistes chrétiens se sont écartés en mille manières, dans la représentation du Bon Pasteur, du mode de composition en usage chez les païens pour les scènes analogues : d'une peinture purement décorative, d'un sujet d'idylle ou d'églogue, ils ont fait l'austère et tendre figure, entrevue par les prophètes et réa-
— me siècle. Le Bon Pasteur, peint au centre de la voûte d'un cubiculum de la crypte de Lucine.
lisée par le Christ, du Dieu venu sur la terre pour rechercher ses brebis égarées et rapporter sur ses épaules les agneaux blessés aux pierres du chemin.
Cette religieuse figure du Bon Pasteur semble avoir été leur sujet favori. On ne peut visiter aucune partie des catacombes, ou feuilleter aucune collection de dessins d'après les monuments chrétiens primitifs, sans la rencontrer presque à chaque instant. Nous savons par Tertullien qu'elle était souvent gravée sur les calices. Nous la trouvons peinte à fresque sur les plafonds et les murailles des chambres sépulcrales^ grossièrement dessinée sur les pierres des loculiy sculptée avec plus d'art aux flancs des sarcophages, tracée en or au fond des coupes de verre, moulée sur l'argile des
lampes, gravée sur les anneaux, ciselée sur les médailles, représentée, en un mot, sur toute espèce de monuments appartenant au premier âge chrétien. Naturellement, dans un aussi grand, nombre d'exemples, le sujet est traité de diverses manières. Nous ne pouvons partager l'opinion de Kligler attribuant cette fréquente répétition du même sujet aux avantages, à Theureuse combinaison de lignes et de couleurs qu'il oiFrait au point de vue artistique. Les artistes chrétiens ont adopté cette figure entre toutes pour un motif plus élevé. Ils y ont vu, dans un seul type, le drame entier du salut par le Christ. Déjà, dans le langage de l'Ancien Testament, l'action de la Providence sur le monde est souvent exprimée par des images et des allégories empruntées à la vie pastorale : Dieu est le berger, les hommes le troupeau *. Jésus prend d'une manière plus personnelle, plus directe le rôle de berger, il devient par excellence le Bon Pasteur : Ego sum pastor bonus. Quittant son trône céleste, il est descendu dans les déserts de ce monde pour y chercher les enfants égarés de la race humaine, et les conduire dans les pâturages toujours verts de son paradis. Dans son œuvre de miséricorde il a choisi pour l'assister quelques-unes de ses créatures. C'est aux hommes, non aux anges, qu'il a conlié la diffusion de son Évangile : c'est au prince des apôtres, et par lui à tous ses autres ministres, qu'il a donné la mission de « paître son troupeau^. » Aussi est-il quelquefois représenté seul avec ses brebis, quelquefois avec ses apôtres autour desquels les brebis se pressent. Tantôt le Bon Pasteur se tient au milieu de tout son troupeau, tantôt il caresse une brebis isolée, le plus souvent il porte sur ses épaules une brebis perdue, quelquefois même un bouc ou une chèvre. Il est impossible de douter que chacune de ces attitudes ait une signification mystique, se rapporte à l'une des circonstances implicitement^ contenues dans la parabole, et ait été