Nat. S. Fel.j IX, v. 541 et seq
5. Les contadini qui passent la vigile de saint Pierre et saint Paul sur les marches et sous les colonnades de la Piazza di San Pietro n'ont pas à braver le froid.
Dieu, ils s'abandonnent aux excès de la bouche; ils tachent de vins odorants la tombe des saints ; ils chantent au milieu des coupes, et, par leurs lèvres enivrées, le diable insulte saint Félix. J'ai donc, — continue le bon évèque, — cru bien faire d'orner de peintures sacrées toute leglise de Saint- Félix. Peut-être la vue de ces images colorées attirera-t-elle les yeux et retiendra-t-elle l'attention de ces paysans. Des inscriptions sont placées au-dessus des peintures afin d'expliquer ce que la main a représenté. Pendant qu'ils se montrent ces tableaux les uns aux autres, et lisent tour à tour ces paroles, ils oublient longtemps leur repas. La jouissance des yeux apaise leur faim, les sujets qu'ils contemplent leur inspirent de meilleures habitudes, et, en étudiant ces saintes histoires, ils reçoivent d'elles d'utiles leçons de chasteté et de vertu... Tandis qu'ils regardent, le jour s'écoule, les libations deviennent moins fréquentes, et il leur reste à peine le temps de manger. »
Dans le but de prévenir les excès des chrétiens de Rome, voulut-on, par une pensée analogue à cette naïve industrie de saint Paulin, décorer leurs coupes de fête d'images si belles et si saintes qu'ils oubliassent d'y verser du vin afin de les mieux contempler } Quatre-vingts coupes sur trois cent quarante, publiées par le P. Garrucci, sont ornées des portraits de saint Pierre et saint Paul et servirent probablement dans les festins et les réjouissances du jour anniversaire des deux apôtres, si chers aux chrétiens du iv® siècle. Les inscriptions qui^ accompagnent ces images confirment cette supposition, car elles font souvent allusion à des repas de fête. En voici quelques-unes : DIGNITAS AMICO- RVM PIE ZESES CVM TVIS OMNIBVS BIBAS. — DIGNITAS AMICORVM PIE ZESES CVM TVIS OMNIBVS BIBE ET PROPINA. — CVM TVIS FELICITER ZESES. — Q^u nom de V amitié', bois,
I. DIGNITAS AMICORVM paraît avoir été l'équivalent du mot Digni amlci, que les Romains adressaient à leurs convives en portant leur santé. Saint Augustin fait évidemment allusion à cette for-
et longue vie^ à toi et aux tiens. — oAu nom de V amitié, bois, vis avec tous les tiens, et porte une santé (propina). — Vie et bonheur à toi et aux tiens. Une inscription plus religieuse est celle-ci : HILARIS VIVAS CVM TVIS OMNIBVS FELICITER SEMPER IN PAGE DEI ZESES. — Vis joyeux avec tous les tiens , vis éternellement heureux dans la paix de Dieu. Sans doute plus d'un pieux chrétien suivait à Rome l'usage que sainte Monique avait appris en Afrique et dont saint Augustin parle avec un sourire attendri : elle apportait avec elle les jours de fête a une petite coupe de vin trempé d'eau, suivant son habitude frugale : elle en goûtait par convenance (unde dignationem sumeret). Et si plusieurs tombes saintes devaient être honorées de cette manière, elle portait à la ronde la même coupe, et quand celle-ci était devenue non-seulement plus pleine d'eau que de vin, mais encore tiède et peu fraîche, elle en offrait à chacun de nous une petite gorgée, car elle cherchait là non le plaisir, mais la satisfaction de sa piété ^ »
Les représentations des apôtres, si fréquentes dans les coupes chrétiennes, sont-elles des portraits, ou simplement des types conventionnels inventés par les peintres et perpétués par une tradition artistique? Eusèbe affirme avoir vu
mule dans le passage cité plus loin, à propos de l'honneur que sainte Monique rendait aux saints avec sa coupe de vin. DIGNITAS AMI- CORVM se lit sur une tessera chrétienne publiée par Boldetti.
1, BIBAS peut être entendu littéralement, ou lu VIVAS; dans les inscriptions des catacombes, BIXIT est très-souvent écrit pour VIXIT. — PIE ZESES, pour ttU, C/.<ï^;, mots grecs d'un usage trèsrépandu à Rome. Boldetti a trouvé dans les régions souterraines voisines du cimetière de Thrason un cratère de verre blanc, autour duquel était écrite, e\\ relief, l'acclamation suivante, peut-être eucharistique : niE ZHCAlC EN ArA0OlC. Dans les mêmes régions souterraines, M. de Rossi a découvert, en 1873, ^^^^ tasse de verre blanc, ansée, enterrée dans le mortier qui fermait un locidus ^ et portant écrits, après un nom illisible, les mêmes mots niE ZHCAlC. — Bull, dl arch, crbty 1873, p. 20.