Peristeph.j XII
alors comme aujourd'hui l'occasion de nombreux excès. Saint Jérôme, remerciant Eustochium de fruits et de friandises qu'elle lui avait envoyés en l'honneur de ce jour, ajoute ce grave avertissement : « C'est la fête du bienheureux Pierre; nous devons nous appliquer à honorer ce jour solennel non par l'abondance de la nourriture, mais par la joie de nos âmes. Il est absurde de manger avec excès pour fêter un martyr qui gagna le ciel par ses jeûnes *. » Saint Augustin déplore les orgies trop souvent mêlées au culte des saints, « que les ivrognes poursuivent avec leurs coupes comme les païens furieux les poursuivaient jadis à coups de pierres -. » Il gémit en particulier sur le scandale que des hommes avinés causaient « dans la basilique de saint Pierre ^, » sous les portiques de laquelle des agapes étaient offertes aux pauvres. Saint Paulin de Noies nous apprend comme dégénéraient ces agapes, comment « la table de Pierre reçoit ce que l'enseignement de Pierre condamne, » et en même temps il trace le tableau le plus pittoresque d'une fête au iv® siècle. « Dans la multitude attirée ici par la renommée de saint Félix, dit-il, ^ — et, en modifiant un seul détail, nous pouvons transporter cette description à Rome le 29 juin, — il y a des paysans récemment convertis, qui ne savent pas lire, et qui, avant d'embrasser la foi du Christ, ont été les esclaves des mœurs profanes, ont obéi à leurs sens comme à des dieux. Ils arrivent ici de loin, de tous les points du pays. Brûlant de foi, ils bravent les piquantes gelées^; ils passent la nuit entière en joyeuses veilles ; ils chassent le sommeil par leur gaieté et dissipent les ténèbres par la lumière des torches; mais ils mêlent l'orgie à leurs prières, et après avoir chanté des hymnes à