I. Roma. sotterraneaj t. I, tav. xxx
cophage, découvert dans la crypte de Lucine, représente l'histoire d'Ulysse et des Sirènes (il est probable que le monogramme TYR ANNIO, qui se voit à gauche du basrelief, présente une forme déguisée de la croix). Ce n'est pas le seul exemple de la fable d'Ulysse représentée sur des fragments de sculpture trouvés parmi les tombeaux chrétiens : M. de Rossi a reconnu le même sujet sur un sarcophage trouvé près de la crypte de Saint-Eusèbe. Ni l'un ni l'autre de ces bas-reliefs n'avait été recouvert de chaux ou volontairement mutilé : ils paraissent avoir de tout temps été librement exposés à la vue. Au v^ siècle, saint Maxime, évêque de Turin , prêchant « sur la Passion et la croix du Seigneur, » expliquait que le vaisseau d'Ulysse est le type
Fig. 43. — Sarcophage trouvé dans la crypte de Lucine, représentant Ulysse et les Sirènes.
de l'Église, et que le mât auquel fut attaché le héros est une iigure de la croix. « Depuis que le Christ, notre Seigneur, a été attaché à la croix, dit-il, nous pouvons franchir, les oreilles closes, les séduisantes tempêtes du monde : les dangereuses chansons du siècle ne nous retiennent plus, et nous ne détournons plus vers l'écueil de la volupté la course qui nous emporte à une vie meilleure*. > Cette belle allégorie était certainement connue des premiers fidèles, et saint Maxime de Turin n'a fait que répéter un enseignement qui avait cours avant lui. « Passe, dit Clément d'Alexandrie, passe sans écouter le chant : il donne la mort. Si tu le veux, tu es vainqueur, et, attaché au bois, tu seras détaché de toute corruption. Le Verbe de Dieu tiendra le gouvernail, et
I. Saint Maxime, Hom. I de Cruce Domini, Cf. Plnlosophumena^ VII, I.
l'Esprit-Saint te conduira au port du ciel ^ » En adoptant de pareilles images pour orner leurs tombeaux, les chrétiens, outre le sens mystique et la haute portée morale qu'ils savaient y voir, se plaisaient sans doute à y reconnaître un symbole de la croix.
On voit encore, dans le cimetière de Calliste, un sarcophage qui contient un squelette d'homme bien conservé. Il est orné, aux deux extrémités, de l'image du Pasteur. Cette image est peut-être l'œuvre d'une main païenne, car elle renferme un trait tout à fait étranger à la parabole évangé-
Fig. 44. — Sarcophage encore visible dans le cimetière de Calliste.
lique et qui est rare dans les représentations chrétiennes du Bon Pasteur. A côté du berger, un chien, assis, lève la tête. Cependant la chambre où a été trouvé ce sarcophage date du IV® siècle; si ce bas-relief est chrétien, Fartiste Ta traité avec une liberté toute classique , et sans avoir beaucoup d'égard à son sens spirituel. On voit, au musée de Latran, un exemple très-probable de l'image du Pasteur sculptée par un artiste païen sur la commande d'une famille chrétienne. C'est un sarcophage placé dans la grande salle, vers le milieu de la rangée de droite. Il représente trois bergers portant des brebis sur leurs épaules. Ces figures posent comme des statues sur leurs bases. Les deux bases latérales sont ornées de masques comiques ou tragiques : sur celle du milieu est sculpté le trépied d'Apollon entre deux griffons. Le choix de tels accessoires semble prouver que l'artiste ne comprenait rien au sens évangélique de l'image dont la reproduction lui avait été commandée. Le fond de la scène est