‹ Rome souterraineChapitre 250 sur 338 · I. Clem. Alex., Exhort. ad gent.y · texte numérisé non relu

I. Clem. Alex., Exhort. ad gent.y

occupé par une vendange (emblème cher aux chrétiens) dont les acteurs sont des génies ailés, et une Psyché vêtue d'une tunique, et reconnaissable à ses ailes de papillon. Le sarcophage orné de l'image d'Orphée et de celle d'un pêcheur, dont nous donnons une lithographie, planche XX, n*' 2, appartient de même à la catégorie des sujets païens choisis par les fidèles comme pouvant se prêter à un sens symboliquement chrétien.

Puisque la sculpture, en règle générale, ne devint pas un art chrétien avant le iv^ siècle, on peut avec sécurité attribuer aux IV® et V® siècles la plupart des sarcophages sur lesquels on trouve sculptés des sujets distinctement chrétiens. Cette date approximative étant donnée, étudions maintenant les plus remarquables spécimens de cette catégorie de sculptures. Nous commencerons par le grand sarcophage qui occupe l'extrémité de la principale salle du musée de Latran, et attire ordinairement le premier l'attention des visiteurs. On en trouvera une lithographie à la fin du volume, planche XIX. Ce sarcophage a été découvert il y a quelques années au-dessus de la tombe de saint Paul, lors des excavations faites pour la construction du magnifique baldaquin qui surmonte le maître-autel de la basilique de la voie d'Ostie. Cette basilique fut rebâtie par Théodose vers la fin du IV® siècle, et le sarcophage qui nous occupe doit y avoir été placé à cette époque. Les deux bustes qui divisent la rangée supérieure des bas-reliefs, et étaient destinés à représenter l'homme et la femme enterrés dans ce superbe tombeau, ne sont pas terminés : c'était l'usage de préparer ainsi, dans l'atelier, ces têtes qui devaient devenir des portraits, et d'attendre, pour leur donner le dernier coup de ciseau, les ordres et les indications de l'acquéreur.

Commençant par la droite, dans la rangée supérieure des sujets, nous apercevons d'abord trois figures barbues, représentant, dans l'unité de leur opération, les trois personnes de la sainte Trinité. Le Père éternel, source et fontaine de la Divinité, est symbolisé par la ligure assise dans une chaire voilée, comme l'étaient les chaires épiscopales. Devant lui

est un personnage qui représente le Verbe incarné, « par qui toutes choses ont été faites, » dans l'acte de créer Eve et de la tirer d'une côte d'Adam endormi. Derrière la iigure assise se tient un troisième personnage, représentant le Saint-Esprit, qui assiste et coopère à Tacte créateur. Dans le groupe voisin on reconnaît le serpent, offrant à la mère du genre humain la pomme fatale; entre les deux coupables époux est debout Notre-Seigneur, jeune et imberbe, en souvenir de l'Incarnation qui fut promise au genre humain au moment même de la chute originelle. Il donne à Adam un« gerbe d'épis, car « tu mangeras ton pain à la sueur de ton front; » à Eve il donne un agneau, emblème du travail domestique, du soin des animaux ou de la fabrication des vêtements, qui incomberont à la femme, image aussi, san'S doute, de l'agneau divin qu'enfantera la seconde Eve. Immédiatement au-dessous de ces deux sujets, nous voyons deux autres groupes, disposés évidemment de manière à former contraste avec les groupes supérieurs. Le Verbe éternel y est encore représenté, non plus selon la nature divine qui le fait égal à son Père, mais. Verbe fait chair, en la personne d'un petit enfant assis sur les genoux d'une mère terrestre. Le Saint-Esprit apparaît comme tout à l'heure, debout derrière le siège élevé sur lequel est assise Marie, car c'est par l'opération du Saint-Esprit que Jésus a été conçu. Mais, ici, la chaise n'est pas voilée comme les chaires épiscopales, afin de marquer que celle qui est assise, quoique la plus haute des créatures, est à une distance infinie du Créateur. L'universalité du royaume du Christ est symbolisée par les trois Mages, représentant l'Eglise entière desGentils. Enfin, comme application aux individus de cette rédemption universelle, le Christ est représenté, dans le groupe voisin, rendant la vue à un aveugle; il tient dans sa main un volume roulé, soit comme symbole de sa divine mission, soit pour montrer que sa doctrine seule a le pouvoir d'ouvrir les yeux aveuglés du genre humain. Retournant maintenant vers la gauche du sarcophage, à la rangée supérieure, nous y voyons Notre- Seigneur, le bâton du commandement à la main, changeairt

Teau en vin et multipliant les pains : réunion de deux miracles qui, dans l'art chrétien, unis ou séparés, représentent toujours FEucharistie. Et enfin, comme emblème des effets de cette divine nourriture, pour montrer que « celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour, » un troisième groupe, trèsmutilé, mais reconnaissable, représente la résurrection de Lazare. Au-dessous de ces deux sujets eucharistiques, nous voyons saint Pierre, auquel a déjà été confié le bâton du commandement, recevant de son maître cet avertissement solennel : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. » Le geste de Notre-Seigneur, et le coq posé devant l'apôtre, indiquent clairement le sens de cette scène, tandis que la verge que tient saint Pierre montre que sa chute même ne le privera pas de ses grandes prérogatives, et que, une fois converti, il « confirmera ses frères. » Le groupe qui suit représente saint Pierre conduit en prison. L'apôtre est reconnaissable à sa barbe et aux traits de son visage, conformes au type traditionnel. Les satellites d'Hérode Agrippa portent la coiffure juive. Chose remarquable, et que nous avons déjà fait ressortir, même captif, même traîné en prison, Pierre tient à la main son bâton, car « la parole de Dieu n'est pas enchaînée, » et ni les soldats juifs ni les soldats romains ne pourront enlever au prince des apôtres et à ses successeurs le sceptre spirituel par lequel ils gouvernent l'Eglise de Jésus-Christ. L'emprisonnement de saint Pierre, suivi de sa miraculeuse délivrance, fut la cause de son voyage à Rome : aussi les chrétiens de Rome se plaisaient- ils à multiplier sur les tombeaux la représentation de cette scène : ils y voyaient un symbole de « ce saint siège du bienheureux Pierre par lequel, » selon la parole de saint Léon, Rome « fut faite une ville royale et sacerdotale, la tête du monde, étendant son empire plus loin par la religion qu'elle l'avait fait jadis par les armes ^ » Le groupe qui suit, très-mutilé,

I. Serm. I in Nat. Apost. Voyez Corn, a Lap., sur les Act. apost.. u, 17.

représente Moïse frappant le rocher, et le peuple d'Israël se désaltérant dans Teau qui en jaillit. Nous avons vu, à propos des verres trouvés dans les catacombes, quelle est la signification symbolique de ce sujet, dans lequel Moïse représente saint Pierre, et en lui le sacerdoce chrétien, touchant avec la verge de la parole le roc divin d'où coule la grâce qui désaltère l'Israël véritable. Au milieu de la rangée inférieure, un autre groupe appelle notre attention. Il représente Daniel dans la fosse aux lions. Dieu, sous la figure d'un vieillard, le protège : un jeune homme, vêtu d'une simple tunique, apporte au prophète une corbeille de pains : un personnage barbu , qui rappelle la figure du Verbe dans le groupe de la Trinité, semble tenir ce dernier par les cheveux. Il est difficile de ne pas reconnaître dans le jeune homme qui présente les pains à Daniel le prophète Habacuc, que « l'ange du Seigneur prit par le sommet de sa tête... et mena à Babylone au-dessus de la fosse, dans la force de son esprit. Alors Habacuc cria, disant : Daniel, serviteur de Dieu, prends le repas que Dieu t'a envoyée » Ce groupe se rencontre fréquemment dans les fresques et les bas-reliefs. On le voit dans la plus ancienne catacombe romaine ; on le retrouve dans les peintures du xi^ siècle qui ornent l'église souterraine de Saint-Clément. Le continuateur du Liber pontîficalis dit que Grégoire IV orna des panneaux d'autel d'images dorées représentant Daniel dans la fosse aux lions. Les écrits des anciens Pères nous apprennent que les fidèles voyaient dans Daniel un symbole du martyr chrétien, quelquefois comme lui respecté par les bêtes de l'amphithéâtre, toujours victorieux de ceux qui peuvent seulement tuer le corps, et consolé dans la prison oii il attend le supplice par la présence du prêtre qui lui apporte le pain eucharistique %

1. Dan., XIV, 32-38. Dans l'Ancien Testament 1' « Ange du Seigneur » représente souvent le Verbe. Petav., Dogm. TheoL, de Trin., vm, 2.

2. Sur un sarcophage de Brescia, Habacuc est représenté apportant à Daniel, avec le pain, le poisson eucharistique. M. de Rossi a reconnu

et le prépare ainsi au dernier combat. Saint Cyprien fait allusion à cette histoire : « Toutes choses sont à Dieu, dit-il, et rien ne peut manquer à celui qui possède Dieu, si Dieu ne lui manque pas. Ainsi un repas fut divinement préparé pour Daniel quand par l'ordre du roi il fut enfermé dans la caverne des lions; et, au milieu des bêtes sauvages qui étaient affamées, et cependant l'épargnèrent, l'homme de Dieu fut nourrie »

De chaque côté de ce sarcophage on a placé une petite statue du Bon Pasteur. Les statues appartenant aux premiers^ siècles chrétiens sont très-rares. De ce type du Bon Pasteur, si souvent peint dans les catacombes, si souvent sculpté dans les bas-reliefs des sarcophages, tant de fois découpé dans l'or qui garnit le fond des coupes, tant de fois moulé sur l'argile des lampes, on ne possède à Rome que les deux statues notées ici, une troisième qui vient d'être découverte dans les souterrains de Saint-Clément ^, et une quatrième conservée au musée Kircher : on y peut joindre un buste en forme d'hermès, encastré dans les ruines du mausolée de sainte Hélène sur la voie Labicane. Aucun débris n'est venu jusqu'à nous de ces statues en bronze doré, représentant le Bon Pasteur et Daniel dans la fosse aux lions, dont Constantin orna les fontaines de Byzance^. On conserve seulement, dans une collection d'antiquités byzantines formée au Vieux Sérail par le gouvernement ottoman, une petite statuette du Bon Pasteur, en marbre blanc, haute de 52 centimètres, que M. de Rossi croit du iii^ siècle^. Le musée du duc de Medina-Celi, à Séville, possède aussi une statue du Bon Pasteur. Telle est, en y joignant la célèbre statue de saint Hippolyte, que nous étudierons plus loin, labrève énu-

le même détail sur d'autres sculptures. — Bidlett. di arch. crist., 1865, p. 71, note 3.

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