I. Matth., XXVI
Moïse et de celle de Pierre, et de la compénétration de ces deux types, est coniirmée avec une force singulière par un de ces bas-reliefs : on voit, dans la rangée inférieure, l'apôtre emmené par les satellites d'Hérode, et montrant encore du doigt l'eau qui coule d'un rocher au-dessus de lui : Jésus- Christ { ou peut-être saint Jean) semble attirer aussi l'attention des soldats, soit pour mêler à Timage de l'arrestation de Pierre une allusion à celle du Christ au jardin des Oliviers, soit pour indiquer que Jésus souffre encore dans toutes les persécutions qui atteignent son Église. Plus loin on reconnaît Daniel dans la fosse aux lions, à qui le prophète Habacuc apporte le repas miraculeux; du côté opposé, Notre- Seigneur rend la vue à un aveugle, et multiplie les pains et les poissons. Au centre de la bande inférieure est sculpté un groupe qui a beaucoup embarrassé les interprètes. Bosio reconnaît dans le vieillard debout sous un arbre Moïse donnant la loi au peuple, et dans la figure qui paraît entre les branches celle de Zachée, monté sur un sycomore pour voir le Sauveur.
Reprenons l'étude rapide de la grande salle du Latran. Deux scènes empruntées à l'histoire de la Passion sont
Fig. 45. — Sarcophage du musée de Latran, iv» ou v» siècle.
représentées sur un sarcophage placé du côté gauche. Des pilastres corinthiens le divisent en cinq compartiments : les frontons qui les surmontent sont décorés de scènes de vendanges. Le compartiment central renferme l'image du labarum, qu'entoure une couronne, et dont la lance est formée par une croix : sur les bras de cette croix sont posées deux
colombes, qui semblent becqueter la couronne : ainsi l'espoir de la couronne d'immortalité nourrit les âmes chrétiennes qui, en ce monde, ne trouvent à se poser sûrement que sur les bras de la croix. Les gardes donnés par Constantin à l'étendard sacré sont représentés ici par deux soldats assis au-dessous. Deux des compartiments de gauche encadrent, en la divisant, la scène de la comparution de Jésus devant Pilate. Au-dessus de la tête du gouverneur romain pend une couronne, sans doute celle qui l'eût récompensé s'il avait osé confesser le Christ devant les hommes. De l'autre côté du labarum un soldat pose une couronne sur la tête de Jésus : elle a la forme d'une couronne triomphale plutôt que d'une couronne d'épines. Le visage et l'attitude du Christ n'expriment ni l'accablement ni la souffrance : l'art chrétien n'ose pas encore reproduire à la lettre le récit évangélique. Le compartiment suivant représente le Cyrénéen portant la croix du Sauveur : un soldat le suit. Au-dessus du groupe une couronne est suspendue, récompense de ceux qui portent la croix à l'imitation de Jésus.
Peut-être le plus beau sarcophage du musée de Latran est-il celui qui est surmonté d'un dais sculpté supporté par deux colonnes de marbre de Pavonazetto. Il est placé de manière à montrer comment étaient disposés les sarcophages dans les anciennes basiliques. Il a été découvert dans les souterrains de Saint-Pierre. La face principale de ce sarcophage est ornée de figures sculptées en haut-relief; elles sont divisées en groupes ou compartiments par huit pilastres richement ornés. Aux deux extrémités on reconnaît le sacrifice d'Abraham et Jésus comparaissant devant Pilate. Les figures intermédiaires sont celles des apôtres rangés autour de Jésus-Christ : le Seigneur est assis dans une gloire, ses pieds reposent sur la voûte du ciel, symbolysée, comme dans les monuments païens, par un voile qu'une figure de femme tient déployé en arc au-dessus de sa tête. La beauté et le £ni des visages, le style élevé de tout ce monument, nous porteraient, dit M. de Rossi, à
le croire contemporain de Septime Sévère % si le ^ sculpté sur une des faces latérales ne trahissait Tépoque de Constantin. Les deux personnages placés aux côtés de Notre- Seigneur sont évidemment saint Pierre et saint Paul ; le type traditionnel, dont nous avons vu tant d'exemples, se reconnaît clairement dans leurs visages. Saint Paul est à droite; saint Pierre, à gauche, reçoit dans ses mains, par respect entourées d'un voile, la loi nouvelle, sous la forme d'un volujne roulé que lui présente le Sauveur : les magistrats romains recevaient dans cette posture le recueil des constitutions impériales avant de partir pour leur province. Notre- Seigneur, soit dans les fresques, soit dans les fonds de coupe, soit dans les bas-reliefs, est souvent représenté donnant ainsi à Pierre, nouveau Moïse, le livre de la nouvelle loi. Quelquefois le volume porte cette inscription : DO M IN US DAT LEGEM ou PACEM; sans doute en souvenir de ces inscriptions, l'évêque Eribert lit graver, sur un évangéliaire de la cathédrale de Milan, les deux mots : LEX et PAX. Les deux côtés du sarcophage sont couverts de sculptures. L'un représente le reniement de saint Pierre : une basilique, et un baptistère surmonté, par un anachronisme volontaire, du :^, se voient en perspective au second plan. Sur l'autre est sculptée une perspective semblable, en avant de laquelle on distingue le rocher symbolique et l'hémorroïsse prosternée aux pieds du Sauveur.
Quand le visiteur monte l'escalier qui conduit de la grande salle à la loggia, il remarque à droite un bas-relief représentant, en traits pleins de mouvement et d'expression, Élie enlevé dans le ciel sur un char de feu. Les fils des prophètes regardent avec étonnement Elisée qui, avec respect, les deux mains entourées d'un voile, reçoit de son maître le manteau ou pallium, symbole de l'Esprit qui doit désormais se reposer sur lui ^ Dans Élie, saint Ambroise et d'autres Pères ont vu une figure de Jésus-Christ; Rupert
1. Sickler, Almanach ans Rom., pp. 173, 174, lui attribue cette date.