Bulkt. di arch. crist.j 1869, p
mération des monuments appartenant à la statuaire chrétienne des trois premiers siècles.
Reprenons l'étude des sarcophages. En entrant dans la salle, le premier qui se présente à gauche est fermé par un couvercle sur lequel sont sculptés des monstres marins. Il porte cette inscription : — MARIUS. VITELLIANUS. PRIMITIV^E. CONJUGI. FIDELISSIM.E. AAIK- CBBIN :^ : « Marins Vitellianus à Primitiva, son épouse très-fidèle. Salut, âme innocente : chère femme, puisses-tu vivre dans le Christ^ ! » Le couvercle appartient certainement à un autre sarcophage, car, du temps de Bosio, celui-ci servait de réservoir à une fontaine dans les jardins de la Villa Médicis, où il avait été transporté des cryptes vaticanes. Le groupe central, le bas-relief placé immédiatement au-dessous de l'inscription, représente ces deux scènes si souvent unies, le rocher frappé par Moïse et l'emprisonnement de saint Pierre. A la suite est sculptée la résurrection de Lazare : il sort de sa tombe enveloppé de bandelettes comme une momie : près de lui est Marthe : Marie est agenouillée devant Jésus, autour de qui se tiennent les disciples. De l'autre côté du groupe central est représenté le Bon Pasteur veillant sur deux brebis dans une sorte de temple qui probablement symbolise l'Église. Le sujet le plus important de ce sarcophage est l'histoire de Jonas. Le prophète est d'abord représenté jeté hors du vaisseau, dont les larges voiles sont remplies d'un vent impétueux, que souffle à travers une conque une figure ailée. Le monstre marin ouvre son énorme mâchoire pour y engloutir Jonas, et un buste de femme, qui paraît dans le ciel, semble indiquer qu'après ce sacrifice le calme est revenu. Plus loin le monstre rejette Jonas sur un coin de plage où rampent des crabes, des lézards et des serpents.
I. Telle est au moins l'interprétation donnée par M. de Rossi aux lettres AAIKCBBIN, suivies du monogramme : il y voit les initiales des mots : Ave anima innocens car a conjiix vivas in Christo. Maffei avait le premier proposé cette interprétation. — Bullett. di arch. crist.j 1868, p. 10.
Près de cette scène est la figure de Jonas couché sous l'abri protecteur de Farbrisseau miraculeux. Le sculpteur n'a laissé libre aucun espace ; partout où il a pu placer une iigure, il l'a fait. L'eau dans laquelle nagent les monstres marins porte aussi une petite boîte carrée, l'arche, dans laquelle Noé est assis, recevant le rameau d'olivier que lui apporte la colombe, envolée de l'endroit même où le prophète est couché. Au bord de l'eau, des deux côtés de cet ensemble de sujets, sont représentés des pêcheurs, l'un qui retire un poisson qu'un enfant l'aide à amener à terre, l'autre qui donne à un enfant une corbeille pleine de poissons. Plus loin, un oiseau de mer guette sa proie : peut-être est-il là pour avertir que les « pêcheurs d'hommes » institués par le Christ ne sont pas les seuls qui surveillent les eaux profondes et travaillent à la capture des âmes.
Le style et l'exécution de ces curieux bas -reliefs semblent ranger le sarcophage auquel ils appartiennent parmi les trèsrares monuments de ce genre antérieurs au iv^ siècle et à la paix de l'Église. Du même côté de la salle est un autre tombeau orné de sujets sacrés. Le premier est le sacrifice de Caïn et d'Abel. Le Dieu invisible est représenté par un homme barbu assis sur une pierre, peut-être l'autel grossier de l'époque patriarcale. Caïn, en qualité d'aîné, se tient devant son frère, et offre ses fruits ; Abel vient ensuite, amenant son agneau. Dans le groupe voisin la chute originelle est figurée. Eve tient la pomme dans sa main, et le Sauveur, sous la figure d'un jeune homme imberbe, comme dans toutes les représentations de l'Incarnation, porte à la main un faisceau d'épis ; il semble le tendre vers le personnage assis de la composition précédente, comme pour montrer que le pain fécondé par les sueurs d'Adam doit être offert à Dieu, si l'on veut que sa bénédiction descende sur le travail de l'homme. Le centre du sarcophage est occupé par une figure de femme tenant une boîte ouverte dans sa main, « la boîte d'albâtre pleine d'un parfum précieux » que Madeleine répandit sur la tête du Sauveur^ et dont il dit : « Partout où cet évangile sera prêché, ce qu'elle a fait
sera raconté en mémoire d'elle ^ » Les autres sujets sont le paralytique emportant son lit, Notre-Seigneur ouvrant les yeux de l'aveugle, changeant Teau en vin, et ressuscitant Lazare.
Parmi les morceaux les plus dignes de faire partie de la grande collection de sculptures chrétiennes du Latran, il en est un qui attend encore ou a longtemps attendu sa place dans la cour du palais : c'est un sarcophage très-finement sculpté, qui fut apporté de Sainte -Marie -Majeure. Au centre d'^^s bas-reliefs de la bande supérieure sont deux bustes d'hommes, dont l'expression sérieuse et pleine de pensée contraste avec la rudesse naïve et presque comique de la plupart des sculptures que nous avons étudiées. On ignore quels étaient ces personnages; le sarcophage^ qui probablement renferma d'abord leurs restes, a été trouvé sous l'autel de la tribune de Saint-Paul-hors-des-Murs : il contenait les reliques des saints Innocents. Sixte- Quint le ht transporter avec ces reliques dans une chapelle construite par lui à Sainte -Marie -Majeure. La rangée supérieure des bas-reliefs représente Marie, après la résurrection de Lazare, baisant la main du Sauveur dans l'élan de sa reconnaissance ; Jésus prédisant à saint Pierre son reniement ; et Moïse recevant la loi que la main divine lui tend du haut du ciel. Une autre main sortant d'un nuage arrête le bras tendu d'Abraham au moment ou il va sacrilier Isaac à genoux devant lui, les mains liées derrière le dos. Le sacrifice de l'Isaac véritable, le crucifiement et la mort de Jésus, ne sont jamais représentés dans l'art chrétien primitif : mais le sarcophage que nous étudions contient une allusion claire à cet article du symbole : « crucifié sous Ponce-Pilate. » Un serviteur, debout, tient l'aiguière et le bassin, prêt à laver les mains du faible gouverneur, qui, assis sur un siège recouvert d'un voile, détourne la tête, en signe de sa répugnance à répandre le sang innocent. L'interprétation que nous avons si souvent donnée de la figure de