‹ Rome souterraineChapitre 265 sur 338 · Bosio, Roma sott.j p. 591, D · texte numérisé non relu

Bosio, Roma sott.j p. 591, D

ment que peut encore se réfugier la théorie qui assimile les arénaires et les catacombes.

Le premier est relatif à Varenarium ^ où furent enterrés vivants les martyrs Chrysanthe et Daria, et dans lequel d'autres martyrs périrent après eux. Le Liber pontificalis dit que le pape Adrien P^ « restaura la basilique de Saint-Saturnin, sur la voie Salaria, et fit en même temps des réparations au cimetière des saints Chrysanthe et Daria. » Ce cimetière est un ancien arenariiim transformé. Après la mort des saints Chrysanthe et Daria, que l'empereur Numérien « avait fait conduire hors de la ville, sur la voie Salaria, in arenario, et qu'il y avait fait enterrer vivants, l'entrée étant bloquée avec des pierres et du sable, » les chrétiens, dans un sentiment de dévotion, voulurent changer en cimetière la caverne illustrée par ce glorieux martyre. Le cimetière qu'ils y construisirent ressemble à celui d'Hermès, que nous avons décrit plus haut : on y retrouve la trace des efforts incroyables, et jamais complètement satisfaisants, que nécessita, dans les rares occasions où une circonstance particulière la lit entreprendre, la transformation d'un arénaire en catacombe. La largeur des galeries est égale à celle des voies souterraines d'un arenarium : les loculi sont peu nombreux, superposés sur deux rangs seulement, précaution prise pour ne pas diminuer la solidité des murailles, qui sont inclinées, et composées de bonne pouzzolane. Dans la partie de Varenarium qu'ils n'ont pas essayé de transformer, les chrétiens ont pris une précaution plus significative : ils ont muré certains passages, pour empêcher l'accès d'une région entièrement impropre aux usages sépulcraux. Dans le voisinage d'une des galeries ainsi rendues inaccessibles, un escalier conduit à un niveau plus bas, où l'on trouve une catacombe chrétienne du type ordinaire. Ainsi, après avoir commencé., en souvenir du martyre qui l'illustra, à transformer en catacombe Varenarium de la voie Salaria Nova, les chrétiens, rebutés par les difficultés de l'entreprise et le peu de soli-

I. Sur la situation de cet arenarium ^ voir page 134, note i.

dite des résultats obtenus, renoncèrent à poursuivre le travail commencé : ils préférèrent descendre plus avant dans les entrailles du sol pour y construire des galeries nouvelles. On voit que cet exemple, loin d'appuyer la théorie que nous combattons, suffit à en démontrer le fausseté.

Nous en dirons autant du deuxième passage, relatif au martyr Crescentianus, enterré in cœmeterîo Priscillœ in arenariO; sur la voie Salaria Nova. Quiconque a visité la partie la plus ancienne, le noyau central de la catacombe de Priscille, sait combien cette région diffère du type usuel. De nombreux piliers de dimensions diverses ; de longs murs de solide maçonnerie, les uns droits, d'autres offrant des sinuosités et des angles, et, quelle que soit leur forme, cachant et soutenant à la fois le tuf et les tombes des galeries; les rangées des loculi fréquemment interrompues par des piliers de briques; — tout révèle le labeur immense qui fut nécessaire pour convertir à sa forme actuelle l'excavation primitive. Le plan ci-contre {fig". 51, page 473) le fait aisément comprendre : les portions légèrement ombrées y représentent la maçonnerie, celles plus foncées le tuf primitif : il est facile de distinguer à première vue les excavations originelles des constructions postérieures. Les larges voies de l'arénaire se reconnaissent dans les portions marquées A, les galeries de catacombe sont désignées par la lettre C. L'ouverture B fut à l'origine un puits pour l'extraction de la pouzzolane ; il a été plus tard transformé en un vaste luminaire. Voici donc une catacombe greffée, pour ainsi dire, sur un arenarium : l'examen du plan fait comprendre combien il eût été difficile de construire de la même manière un grand nombre de cimetières chrétiens.

Un dernier passage doit être expliqué, celui des actes des saints Hippolyte, Eusèbe, Marcel et leurs compagnons, racontant leur inhumation par le pape saint Etienne *f sur la voie Appienne, au premier mille de Rome, dans V arenarium même où ils avaient coutume de se rassemblera »

I. Les Actes cités par Bosio racontent le baptême d'Adria, Paulin

M. de Rossi n'a point encore reconnu cet arenarium avec la

Fig. 51. — Plan d'une partie de la catacombe de Sainte-Priscille.

Neo et Maria, et disent qu'après l'avoir reçu ces saintes femrries vinrent habiter, avec le prêtre Eusèbe, le diacre Marcellus et plusieurs autres,

même certitude que les deux précédents ; mais c'est un fait significatif qu'un des plus larges escaliers du cimetière de Saint-Calliste conduise directement de la surface du sol au troisième étage souterrain de la catacombe, placé au même niveau que les carrières de pouzzolane, et descende précisément auprès de l'endroit où existe une communication entre ces carrières et la catacombe. De récentes excavations ont même révélé l'existence d'un passage très-étroit établissant une communication secrète et directe de la surface du sol à l'arénaire. Cet escalier dérobé, arrivé à la voûte de V arenarium j cesse brusquement, et, pour pénétrer dans celui-ci, il faut que la personne qui descend soit munie d'une échelle portative, ou aidée par d'autres déjà arrivées en bas^. Ces faits prouvent qu'il existait, entre la catacombe et Varenarium^ une connexion sur laquelle nous reviendrons avec plus de détails dans le chapitre suivant; et si M. de Rossi a raison de voir dans cet arénaire un de ceux qui servirent de refuge au culte chrétien pendant la persécution, ses rapports avec la catacombe expliquent suffisamment comment on a pu dire que saint Etienne enterra les martyrs Hippolyte, Eusèbe et Marcel, in arenario.

On le voit, les trois seuls passages qui, à première vue, sembleraient établir l'identité d'un arénaire et d'une catacombe aboutissent, s'ils sont examinés de près, à faire ressortir les différences essentielles de ces deux sortes d'excavations. Les souterrains auxquels ils se rapportent sont, — avec le cimetière de Saint-Hermès et celui de Sainte-Agnès,

dans la crypte oii se cachait le pape Etienne, et que là, chaque jour, tous persévéraient dans la prière, le jeûne et le chant des psaumes. Quand sainte Pauline eut été martyrisée, un moine nommé Hippolyte, par l'ordre de saint Etienne, enterra son corps dans Varenarium où ils avaient coutume de se rassembler souvent, et, plus tard, Hippolyte et les autres ayant été également martyrisés, leurs corps furent inhumés dans le même arenariiim. — Bosio, p. 193.

I. Une section de cet escalier est donnée dans le chapitre suivant, ^S' 58, p. 492. Sur les plans qui accompagnent ce chapitre, il est marqué X*.

— les seuls qui aient offert aux archéologues des trois derniers siècles un arénaire et une catacombe réunis. En tout, dans cinq cimetières, sur vingt-cinq ou trente qui existent aux environs de Rome, un arénaire se trouve en communication plus ou moins étroite avec une catacombe. Le rapprochement de ces chiffres est à lui seul une démonstration. La coexistence d'un arénaire et d'une catacombe offre, selon l'expression de Bosio, une assez grande « singularité » pour que, presque toutes les fois qu'elle se rencontre, elle ait été notée avec soin par les rédacteurs des Actes des Martyrs. Il nous paraît inutile de pousser plus loin ces réflexions : il est prouvé que les catacombes sont tout à fait indépendantes des anciens arénaires ; interrogées avec soin , elles proclament elles-mêmes leur origine chrétienne.

Il semble que les premiers chrétiens aient voulu répondre d'avance aux questions qui viennent d'être discutées. Plusieurs fois, sur les murailles des catacombes, ils ont retracé rimage de ceux qui y travaillaient, des fossores. Si le travail habituel de ceux-ci avait été d'ouvrir des loculi dans les parois de galeries déjà creusées par les païens, dans les murailles d'antiques arénaires, ils eussent été représentés dans cette occupation. Chose étrange, dans les images de fossores publiées par Bosio, par Boldetti, par Perret, par M. de Rossi, jamais on ne les voit ouvrant des tombeaux : cette partie de leurs fonctions, si importante qu'elle fut, n'était sans doute considérée que comme accessoire. Dans la plupart des peintures représentant des fossores ^ on voit ceux-ci, le pic à la main, taillant les galeries et les chambres cémétériales. Tantôt ils semblent travailler à ciel ouvert, attaquant le tuf encore vierge* : c'est le début, l'origine même d'une catacombe creusée par le travail chrétien. Tantôt ils façonnent à coups de pic les parois et la voûte d'une galerie ^ Tantôt ils sont debout, au repos, le

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