Revue archéologique, mai 1870, p. 326 et suiv
2. Bull, di arch. crist., 1870, p. Kîj. — On pourrait faire la même remarque pour toutes les villes d'origine romaine. A Paris, les arènes découvertes en 1870 étaient ensevelies sous un remblai de plus de 10 métrés. A Rouen, depuis le commencement de l'ère chrétienne, le sol s'est élevé, en moyenne, de 30 à 3S centimètres par siècle. M. l'abbé Cochet indique le même calcul pour Metz (l'antique Divodurum), Trêves, Toulouse, Troyes (l'antique Augustobona). Une fouille en Normandie , dans U Revue archéologique, février 1873, f. 99-100.
église bâtie à Rome garde jusqu'à ce jour la mémoire de Clément, » memoriam démentis usque hodie Romœ exstructa ecclesia custodit^. « Jusqu'à ce jour, » usque hodie^ indique qu'à l'époque où écrivait le saint docteur la basilique de Saint-Clément était construite depuis une date déjà assez éloignée, qu'il est impossible de déterminer avec précision, mais que l'on peut cependant faire remonter à la première moitié du iv« siècle. Un très-curieux monument épigraphique, publié et commenté par M. de Rossi, paraît un indice certain de cette date. C'est une petite lame de bronze, qui était conservée dans la collection de Lelio Pasqualini, contemporain de Baronius. Elle portait une inscription sur l'une et l'autre face. La première était ainsi conçue : TENE ME QVIA FVGI ET REVOCA ME VICTORI ACOLYTO A DOMINICV CLEMENTIS:
« Arrêtez-moi, car je me suis enfui, et ramenez-moi à Victor, acolyte de l'église de Saint-Clément. « Cette inscription était belle et gravée en caractères très-réguliers : après le mot CLEMENTIS était dessiné le monogramme ^. L'inscription de l'autre face, beaucoup plus grossièrement tracée, contenait ces mots : FVGI EVPLOGIO EX PRF. VRB : « Je me suis enfui de chez Euplogius, ancien préfet de Rome. » Au-dessous était dessiné le. même monogramme entouré d'une couronne, et, près de lui, une palme. La forme de tette lame de bronze et les inscriptions qui s'y lisaient indiquent qu'elle avait garni un collier de fer placé au cou d'un esclave fugitif, ayant appartenu d'abord à Victor, acolyte de l'église de Saint-Clément, puis à Euplogius, ancien préfet de Rome. Quand même les inscriptions ne l'indiqueraient pas, il serait impossible de douter de l'origine chrétienne de cette lame. Elle est un des plus intéressants monuments de la grande révolution morale opérée par le christianisme, adoucissant d'abord la condition des esclaves, et préparant peu à peu, par les institutions, par les mœurs, par les idées, la future abolition de l'esclavage. Quand un esclave s'était une fois enfui de chez son maître, le titre de fugitivus restait attaché à sa personne comme une tache indélébile : on était obligé de le déclarer en le vendant, et l'absence de cette déclaration pouvait amener la résolution de la vente. Quand l'esclave d'un maître païen s'était enfui, celui-ci gravait sur le front du malheureux quelques lettres l'indiquant, et souvent portant l'adresse du maître, afin qu'en cas de nouvelle fuite on sût à qui le ramener. C'était le supplice de
î. s. Hieronym., De viris illustribus.
la marque. Dès les premières années de son règne, Constantin l'abolit. Par une loi que nous a conservée le Code Théodosien, et qui fut peut-être rédigée par Lactance, l'empereur chrétien défendit que l'on infligeât au visage des esclaves cette marque infamante, ï par respect pour la beauté divine qui brille au front de l'homme ^ » A partir de cette époque, l'usage s'établit de suspendre au cou des esclaves fugitifs des inscriptions pareilles à celles que nous venons de citer. Or celles-ci portent avec elles des indices de leur date. Celle qui nous a transmis le nom d'Euplogius paraît appartenir à la fin du iv« siècle : celle où se lit le nom de « Victor, acolyte de l'église de Saint-Clément, » est certainement plus ancienne. Nonseulement la forme des lettres semble indiquer le commencement du îv^ siècle, mais encore les expressions employées ne peuvent se rapporter à une date postérieure. Victor ne prend pas le titre de acolytus basilicœ ou tituli S. démentis, mais de acolytus a dominico démentis. Le mot dominicum, dans l'antiquité chrétienne, désignait la maison du Seigneur, l'église. Du temps de saint Cyprien, le lieu d'assemblée des chrétiens était appelé ainsi. Pendant les années qui suivirent immédiatement la paix donnée à l'Eglise par Constan- , tin, les chrétiens continuèrent à se servir de ce mot : mais peu à peu il fut remplacé par les mots titulus ou basilica : et le mot dominicum, dit M. de Rossi, ne se rencontre jamais sur des inscriptions postérieures à la première moitié du iv« siècle ^. Voilà donc la date de notre lame de bronze aussi nettement déterminée que possible : elle est peut être contemporaine de Constantin, et, en tout cas, elle ne dépasse pas l'an 350 : à cette époque existait donc déjà l'église de Saint-Clément, dont Victor était acolyte.
Comment cette basilique a-t-elle vu, par un progrès insensible et continu analogue à cet incrementum latens dont parlent les jurisconsultes romains, le sol s'élever autour d'elle et, peu à peu, l'ensevelir? La pensée se reporte à quelque cataclysme historique comparable, dans un ordre difierent, à ces grands bouleversements de la nature dont la géologie retrouve l'histoire. Au xi*^ siècle, la région du CeHus fut couverte de ruines. L'incendie allumé en 1084 par Robert Guiscard dévora les édifices accumulés dans ce quartier, un des plus peuplés de Rome. Un grand nombre de ses habitants furent obligés, à cette époque, d'abandonner la colline pour aller s'établir sur le Champ de Mars. Il est probable qu'alors les ruines et les décombres
1. Coi. Théod., ix, 40, 2. — Voir, sur cette loi,le commentaire de Godefroj.