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6i6 ROME SOUTERRAINE.
iii« siècle, chaque titulus ou paroisse de Rome possédait un cimetière suburbain soumis à sa juridiction', on verra avec intérêt que le cimetière de Domitille, où étaient enterrés Nérée et Achillée, ait été assigné à l'église urbaine qui portait le vocable de ces deux saints : on y a trouvé, outre l'épitaphe de deux clercs de cette église, l'inscription funéraire d'une marchande de la via nova et d'un capsarius des thermes Antonins, c'est-à-dire de personnes appartenant à la circonscription paroissiale de l'église urbaine de Nérée et Achillée.
§ 5. Le christianisme de Flavius Clemens et V existence de Flavia Domitilla la jeune.
Quand on vient de parcourir le cimetière de Domitille, tout rempli de la mémoire des Flaviens chrétiens, on. comprend difficilement que des critiques distingués, mais enclins à pousser la prudence historique jusqu'au scepticisme, aient pu à la fois contester le christianisme de Clemens et de sa femme Domitilla, et révoquer en doute l'existence de la seconde Domitilla, nièce de Clemens, à laquelle la tradition romaine attribue la fondation de la catacombe qui porte son nom. Telle est la thèse soutenue par M. Aube dans un chapitre de sa récente Histoire des persécutions de l'Eglise jusqu'à la fin des Antonins, Nous ne pouvons terminer cette étude sans en dire quelques mots.
1° Le consul Clemens et sa femme Domitilla professèrent-ils la religion chrétienne et furent-ils condamnés comme chrétiens.^ Le passage de Dion, ou de son abréviateur Xiphilin, d'où l'on a induit ce fait, est ainsi conçu: « Dans la même année (95), Domitien mit à mort, avec beaucoup d'autres, Flavius Clemens, alors consul, son propre cousin, et le mari de Flavia Domitilla, sa parente. Tous deux furent condamnés pour crime d'athéisme. De ce chef on condamna un grand nombre d'autres qui avaient adopté les mœurs des Juifs : les uns furent mis à mort^ les autres punis de la confiscation. Quant à Domitilla, elle fut seulement reléguée dans l'île de Pandataria^.B Malgré la contexture un peu compliquée de cette phrase, sa signification est claire : Clemens, Domitilla et beaucoup d'autres personnes, qui avaient adopté les mœurs des Juifs, furent déclarés
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i. Dion Cassius, Hist., lxvii, 13,
coupables d'athéisme, et punis de diverses peines. Cela veut-il dire qu'ils aient été chrétiens ? Oui, s'il est vrai qu'au i^"^ siècle les chrétiens aient été accusés, et seuls accusés, d'athéisme. Or, ceci n'est pas douteux. Saint Justin, qui écrivait sa première Apologie cinquante ans environ après la mort de Clemens , s'exprime ainsi : <r On nous appelle athées : et nous avouons que nous le sommes, s'il s'agit des dieux inventés, mais non s'il s'agit du vrai Dieu^ » Quand on voulait flatter la foule ennemie des chrétiens, c'est encore ce mot qu'on employait : « Parlant de ce qu'il ignore, Crescent, dit encore Justin, appelle les chrétiens athées et impies, pour plaire à une populace égarée^. » Athénagore, qui écrit sous Marc-Aurèle, énumère les crimes que l'opinion reprochait aux chrétiens, et met au premier rang l'athéisme^. Le païen Lucien, le chrétien Minutius Félix, s'expriment de même*. C'était contre eux, à la fois, le cri populaire ^ et l'accusation officielle : elle n'avait aucun rapport avec le vague reproche d'impiété que les délateurs jetaient à la face de ceux qu'ils voulaient noircir auprès du prince, et que rappelle à ce propos M. Aubé^: ce n'est pas, en effet, d'impiété au sens politique du mot, mais d'athéisme, i-^xX-nit.y. àôsoV/iToç, que parle Dion : et l'on cherche vainement contre qui, sinon contre les chrétiens, fut jamais, dans le monde romain, portée une semblable accusation. A qui, sinon à eux, pouvait-on dire : « Vous n'avez ni statues des dieux ni autels sur lesquels vous répandiez le sang des victimes'' i^ » Toutes les religions païennes adoraient des simulacres, le sacrifice sanglant faisait partie de la loi des Juifs : seuls les chrétiens pouvaient paraître, aux yeux de leurs ennemis, n'avoir ni dieu ni culte. Quand donc on voit accusées d'athéisme des personnes qui avaient abandonné les mœurs païennes pour embrasser un genre de vie qui se rapprochait de celui des Juifs, il paraît impossible, dirons-nous avec Gibbon, d'admettre qu'il s'agisse d'autres que de chrétiens^.