‹ Rome souterraineChapitre 328 sur 338 · PhilosîratCj Fifa Apollonii, viii · texte numérisé non relu

PhilosîratCj Fifa Apollonii, viii

3. La veuve de Germanicus avait été reléguée à Pandataria, et Néron, l'un de ses fils, à Pontia. Suétone, Tiberius, 53, 54.

la célèbre Pomponia Grsecina. Il est vrai qu'aucun historien profane ne nomme cette Plautilla : mais aucun d'eux ne nomme davantage la femme de T. Flavius Sabinus, père du consul Clemens : en conclura-t-on que celle-ci n'a pas existé } Le témoignage, allégué par Eusèbe, d'écrivains païens, et en particulier de Brutius, est en réalité considérable. Que ce dernier soit, ou non, Brutius Prsesens, l'ami de Pline le Jeune et le possesseur de domaines funéraires voisins de la catacombe de Domitille, ses écrits n'étaient certainement pas perdus au vi« siècle, car ils sont cités, à plusieurs reprises, par Malala', qui l'appelle « un savant chronographe »: et comme il n'est jamais invoqué pour des faits postérieurs au règne de Domitien, il paraît vraisemblable qu'il fut contemporain ou à peu près de cet empereur. Brutius dit expressément que Domitilla, nièce de Clemens, fut exilée comme chrétienne, quia se christianam esse testata sit : M. de Rossi fait à cette occasion une remarque fort importante. Si Brutius avait parlé en termes aussi clairs des mocifs de la condamnation de Clemens et de sa femme, Eusèbe n'eût pas manqué de le citer, comme il le cite à propos de leur nièce. Il est probable que l'annaliste païen avait raconté la mort de Clemens en un autre endroit^ la rattachant au récit de l'assassinat de Domitien, dont elle fut peut-être l'occasion, comme Suétone semble l'insinuer et comme l'indique cette circonstance, que le chef de la conjuration ourdie contre le cruel empereur fut \in procurator de Domitilla, sans doute désireux de venger ses maîtres. Les conséquences politiques de la condamnation de Clemens et de sa femme détournèrent probablement de ses causes intimes l'attention de Brutius comme de Suétone, et sans Dion elles seraient demeurées inconnues. Il *en fut autrement de leur nièce, jeune fille sans situation poHtique, et que son baptême et l'exil qui le punit avaient seuls mise en évidence. Ainsi s'explique qu'Eusèbe, qui prend ici Brutius pour guide, nomme une seule Flavia Domitilla, exilée à Pontia, et passe sous silence l'exilée de même nom et de même race à Pandataria.

Je dois indiquer en finissant une autre objection que je trouve dans une note de l'ouvrage de Lightfoot sur VEpître de saint Paul aux Corinthiens (p. 22). D'après le savant professeur de Cambridge, dans la phrase de la C/irow/^M^d'Eusèbe : Plurimoschristianorumsub Domitiano fecisse martyrium, inter quos et Flaviam Domitillam Flavii

:. Malala, éd. Bonn, p. 34, 193, '^62.

démentis consulis ex sorore neptem^ devant Flavii démentis est sous-entendu uxorem^ et les mots ex sorore neptem indiquent la parenté de Domitille, non avec Clemens, mais avec Domitien. Il suffit, pour réfuter cette interprétation, de rappeler que dans le passage de Y Histoire ecclésiastique d'Eusèbe relatif aux mêmes faits, la Flavia Domitilla dont il est question est expressément dite nièce de Clemens, il à^sXcp-n; -^spvuïav «tXautou KXrlaevro? : ici la construction de la phrase ne permet point d'équivoque.

Il semble donc, conclurons-nous avec Tillemont^, qu'il n'y ait point de raison suffisante pour refuser de prendre comme s'appliquant à deux Domitilles distinctes le texte de Dion, d'une part, ceux d'Eusèbe, de saint Jérôme et des Actes de Nérée et Achillée, de l'autre. Ces Actes ^ et le martyrologe romain, font de la Domitille dont ils parlent une vierge et une martyre, et toute son histoire, telle que les premiers la racontent, roule précisément sur son refus d'épouser un jeune patricien de Rome nommé Aurélien. Si, comme on le prétend, la Domitille des Actes et celle de Dion étaient une seule personne, comment expliquerait-on que même l'imagination des légendaires ait osé travestir l'histoire jusqu'à faire de la veuve du consul Clemens, de la mère des deux fils adoptifs de l'empereur Domitien, une jeune martyre de la virginité?

La plupart des arguments que j'ai employés ici pour défendre l'existence de deux Domitilles chrétiennes ont déjà été opposés par M. de Rossi à l'illustre Mommsen, qui, au tome VI du Corpus inscriptionum latinarum (p. 172, 173), avait proposé une nouvelle généalogie des Flaviens, d'où était exclue la nièce de Clemens^.

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