RARE
« Ici dort Titus Flavius Eutychius, qui vécut dix neuf ans, onze mois et trois jours. Son très-cher ami, Marcus Orbius Helius, a donné cette place. Cher, adieu. »
Ni le style de cette inscription, ni les ornements (deux hermès) sculptés sur la pierre, ni le caractère classique de la nomenclature ne lui donnent, à première vue, l'apparence d'une inscription chrétienne. Mais le lieu où elle fut trouvée, le mot dormitioni^ par lequel elle commence, deux pains et deux poissons grossièrement sculptés à la dernière ligne entre les mots kare et vale^ sont des signes incontestables de son origine chrétienne. Elle appartient à une époque où l'épigraphie chrétienne n'avait pas encore pris sa forme définitive. Eutychius a pour prénom Titus Flavius; cette nomenclature devient fréquente parmi les affranchis, les fils d'affranchis et les étrangers contemporains des Flaviens Augustes, par conséquent vers la fin du premier siècle. Ainsi, trois inscriptions appartenant à l'âge primitif du christianisme ont été trouvées au même endroit; et cet endroit est précisément celui où, moins de quarante années auparavant, fut déposé le corps de Tapôtre saint Paul. Ce rapprochement ne peut être fortuit : il indique clairement qu'une catacombe fut creusée en
loo ROME SOUTERRAINE.
ce lieu très-peu de temps après le martyre de l'apôtre. Le cimetière de Sainte-Priscille , sur la voie Salaria
Nova, fut, selon la tradition, créé dans la propriété du sénateur Pudens, contemporain et disciple des apôtres. Au centre de ce cimetière est la chapelle connue sous le nom de chapelle grecque^ à cause de ses inscriptions ; elle forme, selon toute apparence, Thypogée primitif autour duquel tout le cimetière s'est développé, et il est probable qu'elle fut le lieu de sépulture de sainte Pudentienne, de sainte Praxède et des autres membres de la famille de Pudens. Cette chapelle et la région souterraine qui l'entoure ont tous les signes de la plus haute antiquité. Le style des fresques est tout à fait classique, et les sujets qu'elles représentent s'écartent du cycle ordinaire des peintures des catacombes. Les ornements en stuc sont très-beaux et rappellent les monuments païens du meilleur temps. Les inscriptions, souvent peintes en vermillon sur les tuiles des loculiy forment une famille à part, antérieure, elle aussi, à l'époque où Fépigraphie chrétienne revêtit sa forme définitive : elles sont très-laconiques, le nom seul, quelquefois la salutation apostolique pax tecum, souvent le symbole de Tancre. Celles qui sont gravées sur le marbre ou la pierre présentent de très -beaux caractères, tout à fait classiques. L'une d'elles est l'épitaphe d'un Titus Flavius Felicissimus, ce qui reporte, comme nous le disions tout à l'heure, à la fin du i" siècle. Enfin la principale crypte de la catacombe n'est pas creusée dans le tuf, mais régulièrement bâtie; ses murailles ne contiennent aucun loculuSj et elles étaient destinées évidemment à n'abriter que des sarcophages. Ce sont là des signes d'antiquité, car tous ces caractères tranchent sur l'uniformité des cimetières chrétiens tels que les fit le m® siècle; ils indiquent une époque antérieure au système d'architecture qui prévalut alors, et confirment la date assignée par la tradition au cimetière de Priscille.
Certains actes du pape Libère désignent le cimetière d'Ostrianus comme « n'étant pas loin du cimetière de
HISTOIRE DES CATACOMBES. loi
Novèlla, qui était sur le troisième mille de la voie Salaria. » Quand Panvinius compila son catalogue des cimetières, il indiqua celui-ci comme étant le plus vieux de tous, « parce qu'il servait déjà au moment où saint Pierre prêchait la foi aux Romains. » Ni Bosio, cependant, ni aucun des antiquaires qui ont tenté de retrouver ce cimetière si intéressant n'ont pu le désigner avec certitude. La méthode plus scientifique de M. de Rossi paraît avoir résolu le problème qui avait arrêté ses devanciers. Il remarqua que l'abbé Jean, dans le papyrus manuscrit de Monza, qui contient une liste des huiles empruntées aux lampes des sanctuaires visités par les pèlerms, après « l'huile de Sainte-Agnès et beaucoup d'autres » sur la voie Nomentane, et avant « l'huile de Saint-Vital, de Saint-Alexandre et d'autres sur la voie Salaria, » mentionne « l'huile de la chaire où l'apôtre Pierre siégea d'abord (prius sedit)^ » comme si le sanctuaire à qui elle appartenait avait été situé quelque part entre les deux voies qui viennent d'être nommées. De même, dans l'énumération des cimetières au Liber mirabilium^ entre celui de Sainte-Agnès et celui de Sainte-Priscille, c'est-à-dire entre les deux mêmes voies, est indiqué le cimetière de la Fontaine de saint Pierre (fontis sancti Pétri — sur d'autres manuscrits ad nymphas sancti Pétri) près de la basilique de Sainte -Émérentienne. Or cette situation correspond exactement à celle du cimetière auquel le P. Marchi consacra le labeur de sa vie entière, et qui est connu de tous ceux qui ont visité Rome sous le nom de cimetière de Sainte-Agnès. Il est vrai que les galeries et les chambres encore accessibles dans ce cimetière ne portent pas les dates d'une antiquité plus reculée que le iii^ siècle. Mais Bosio rapporte qu'il descendit par un trou carré et trouva une crypte ( aujourd'hui inconnue ) dont l'importance et le caractère historique étaient attestés par le grand nombre des luminaires qui l'éclairaient et la richesse de Sa décoration. Près d'un de ces luminaires, qu'il trouva en communication avec le jour, « on peut voir sans l'aide d'une
bougie , écrit Bosio , une large niche pareille à une tribune, ornée de feuillages en stuc, et dans laquelle on distingue encore des lettres tracées en rouge. Ces lettres, presque effacées, sont devenues illisibles, mais celles que Ton voit encore sont d'un beau caractère; sous cette niche il dut y avoir un autel, car l'emplacement est assez spacieux pour cela^ » M. de Rossi corrige cette dernière assertion en faisant remarquer que la coutume ancienne, aujourd'hui bien connue, était de placer au fond de la tribune, non l'autel, mais la chaire du pontife : l'autel était un peu en avant, devant la chaire ^ Le passage de Bosio lui paraît se rapporter à la crypte où était autrefois vénérée, le i8 janvier, « la première chaire dans laquelle siégea saint Pierre, sedes iibi prius Petrus sedit, » et qui était désignée dans les martyrologes d'Adon et de Bède comme cœmeterium ad nymphas ubi Petrus bapti^abat^. L'extrême antiquité d'une partie du cimetière de Sainte- Agnès est confirmée par les inscriptions qui y ont été trouvées. Un grand nombre d'entre elles forment un groupe à part, et sont évidemment sorties de l'atelier du même lapidaire^. On les reconnaît entre mille, dit M. de Rossi. Leurs caractères sont très -beaux et de forme classique ; leur style est d'un laconisme qui ne peut appartenir qu'aux premiers temps de l'épigraphie chrétienne : elles ne présentent aucune trace du formulaire adopté plus tard par les chrétiens. L'unique signe de christianisme qui s'y voie est le symbole de l'ancre; une seule a l'antique acclamation : vivas in Deo. A la suite des noms ou du cognomen on lit ordinairement la formule classique : filio, filiœ , filio dulcissimo ^ conjugi dulcissimœ ou incomparabilij dulcissimis parentibus^ rien de plus. La nomen-