‹ Rome souterraineChapitre 69 sur 338 · Bullett. di arch. crist., 1872, p · texte numérisé non relu

Bullett. di arch. crist., 1872, p

2. Ces peintures ont été dessinées très-imparfaitement dans le recueil de Perret^ 1. 1, pi. lxxx-lxxxii. M. de Rossi doit en publier, en couleur, le fac-similé exact.

3. EùfAepiTw est écrit ici pour sùtxotpsÎTw : le graveur prononçait U

Les lettres sont fort belles, et paraissent appartenir à la fin du 11^ siècle ou au commencement du iii^. La mention du nom du père est rare dans les épitaphes chrétiennes, surtout quand elles consistent en une simple formule acclamatoire. Hérode, le père d'Urania, fut sans doute un personnage distingué. Quand on se rappelle que cette crypte est toute voisine de la villa d'Hérode Atticus, on est tenté de se demander si Ton n'a pas sous les yeux l'inscription funéraire d'une fille chrétienne du célèbre précepteur de Marc-Aurèle *>

Dès 1853, M. de Rossi, dans un mémoire lu à l'Académie pontificale d'archéologie, affirma, en comparant la position de la nouvelle catacombe avec celle des autres cimetières de la voie Appienne.et avec les données topographiques des anciens Itinéraires, que les deux étages souterrains qui venaient d'être découverts devaient faire partie du cimetière de Prétextât. De nouvelles découvertes confirmèrent bientôt la vérité de ses affirmations. En 1857, les maçons qui travaillaient à réparer les ruines du cimetière de Calliste vinrent chercher des matériaux de l'autre côté de la voie Appienne, dans les souterrains contigus à la vigne deipupa^^i. voisins de l'église Saint-Urbain alla Caffarella Leur travail les conduisant assez avant dans ces souterrains, ils pénétrèrent, à travers les décombres, dans une large et belle crypte, située au même niveau que celle qui vient d'être décrite. Prévenu aussitôt, M. de Rossi accourut, se glissa, en rampant, par l'ouverture à peine déblayée, et entra dans la crypte. A sa grande surprise il n'y vit pas d'arcosolium. Cependant on était certainement en présence d'un sanctuaire historique. En examinant de plus près, on

diphthong^ue 01 comme nous prononçons son correspondant latin ce. Il a écrit par erreur 'Hpw^Yi; pour 'flpw^ou.

I. Hérode Atticus n'eut pas d'enfants de sa première femme Annia Regilla. Mais, après 175, il épousa en secondes noces VibuUia Alcia, qui lui donna des fils. Voir un article de M. Fr. Lenormant, Revue archéologique. 1864, p. 376, 377.

ii8 ROME SOUTERRAINE.

reconnut que la crypte n'est pas creusée dans le tuf, mais, quoique souterraine, bâtie en solide maçonnerie. Sur trois côtés s'ouvrent des niches destinées à recevoir des sarcophages. Les murailles portent encore les traces d'un revêtement en marbre grec. La façade qui regarde l'intérieur du cimetière est construite en belles briques jaunes, et décorée de pilastres en briques rouges et de corniches en terre cuite, comme les tombeaux païens de la voie Appienne ou de la voie Latine. Ce mode de construction et de décoration est le signe incontestable d'une haute antiquité. La comparaison avec des édifices païens d'une architecture analogue, par exemple avec les ruines nouvellement découvertes du logement des Vigiles de la septième cohorte, dans le Transtévère, nous permet de fixer la date de cet édifice sépulcral à la dernière moitié du ii® siècle. La voûte de la chapelle est peinte à fresque, et ses peintures rappellent les meilleures productions de l'art à cette époque. Quatre guirlandes, l'une de roses, l'autre d'épis, la troisième de raisins et de feuilles de vigne, la dernière de feuilles de laurier, s'enroulent autour de la voûte; dans les trois premières des oiseaux voltigent, et l'on voit des nids d'où sortent de jeunes têtes emplumées. Peut-être ces guirlandes symbolisent-elles ici les diverses saisons de l'année ; la dernière, l'hiver, celle où il n'y a plus de fleurs, plus de nids, celle où les oiseaux ne chantent plus, est représentée par le laurier, emblème de là victoire qui couronne la période suprême delà vie du chrétien, cette période à la fois dépouillée et pleine d'espérance. Au-dessous de ces guirlandes se déroule une longue fresque, moins bien conservée, qui représente des moissonneurs, la faucille à la main, coupant les blés épais. Enfin, plus bas que tout cela, dans l'arc de la voûte, on reconnaît une scène champêtre dont le centre est occupé par la figure du Bon Pasteur portant une brebis sur ses épaules. Cette peinture est presque détruite; des chrétiens, dans leur désir ardent de reposer le plus près possible du martyr, firent percer la muraille, au milieu même de la fresque, pour y pratiquer des loculi.

Quand M. de Rossi examina de près ces lociili^ il reconnut que, sur le bord de la niche qui coupe en deux l'image du Bon Pasteur, la chaux qui cimentait la fermeture conservait en grande partie les lettres qu on y avait tracées en scellant le tombeau. Les lettres encore visibles formaient cette légende inattendue :... mi rifrigeri Januarius, oAgatopus,

Fig. II. — Voûte d'un cuhlcuJnm dans le cimetière de Prétextât. ii« siècle.

Felicissim... Martyres... « Que Janvier, Agatopus, Felicissimus, martyrs, rafraîchissent râmede..J. » Ces mots, cette

I. Le verbe refrigerare était employé dans les invocations pour les fidèles trépassés. Dans ce cimetière même de Prétextât, M. de Rossi a vu, en i8)i, un tombeau où l'on avait écrit sur le mortier encore humide : Deus Christus omnipotens refrigeret spiritum tiiiim. Sur une pierre du cimetière de Saint -Hippolyte, Bosio avait lu ces mots : Refrigeri tihi Domnus IpoUtus. L'inscription de la crypte de saint Janvier peut être considérée comme ayant une double valeur dogmatique :

prière d'un parent en deuil pour une âme regrettée et chérie, avaient été gravés dans la chaux fraîche il y a quinze siècles; aujourd'hui ils viennent révéler à un antiquaire du xix*' siècle un secret longtemps cherché : l'emplacement de la tombe des martyrs auxquels ils sont adressés. De nombreux exemples d'invocations analogues, découvertes dans d'autres cimetières, tout près des reliques des martyrs célèbres, firent penser à M. de Rossi que les tombeaux des trois saints qui avaient autrefois rendu illustre le cimetière de Prétextât ne devaient pas être éloignés. Deux ans plus tard cette belle conjecture reçut une première confirmation. La commission d'archéologie sacrée ayant fait de ce cimetière l'objet de ses études, on découvrit, en déblayant le sol de la crypte, trois ou quatre fragments de marbre sur lesquels se lisaient quelques lettres d'écriture damasienne, d'une grandeur inaccoutumée. D'autres fragments^ furent

elle indique chez celui qui l'a tracée la croyance au purgatoire et la foi dans l'intercession des saints. Sa valeur est d'autant plus grande, à ce point de vue, que, en la comparant à des inscriptions chrétiennes connues et datées, on peut affirmer, d'après des indices certains, qu'elle est, ainsi que celle trouvée par Bosio dans le cimetière de Saint-Hippolyte, antérieure à la paix de l'Eglise. En enterrant leurs morts dans le voisinage des tombeaux des martyrs, les premiers chrétiens faisaient encore un acte de foi dans la vertu des reliques. Saint Ambroise l'explique dans les vers suivants, consacrés à son frère Satyre enterré à la gauche du martyr Victor :

Uranio Satyro supremum frater honorera

Martyris ad laevam detulit Ambrosius ; Haec meriti merces, ut sacri sanguinis humor

Finitimas penetrans abluat exuvias.

I. La gravure ci-jointe est empruntée au Bullettino di arch. crist.y 1863, p. 17. Toutes les lettres figurées en blanc y étaient restituées par conjecture seulement, et les fragments alors retrouvés se voient figurés par les lettres noires. Depuis, la totalité de l'inscription a été retrouvée, et la découverte des nouveaux fragments justifie de tout point la restitution proposée dès 1863 par M. de Rossi. Pour se rendre compte de Tétat présent de l'inscription, il suffira de lire comme si tout était écrit en lettres noires.

découverts plus tard, appartenant certainement à la même inscription, et Ton put enfin la recomposer ainsi :

- ■■-rr-^:^

-il-.-^-'.ÏL ..'ij=jj- ■/ •'^*i* >

twSKPIîSO^^

j(^jr^<^ft-<-i .^-v;^*;'.

i^^szL-

La découverte de l'inscription damasienne ne laisse plus de place au doute : la crypte qui vient d'être décrite est bien celle de saint Janvier. Après avoir reconnu celle-ci, il restait à rechercher les autres cryptes célèbres mentionnées dans son voisinage par les Itinéraires. Trois d'entre elles sont aujourd'hui retrouvées, et le nom de deux au moins peut être désigné avec certitude.

Les fouilles faites en 1866 par la commission d'archéologie sacrée mirent au jour, de l'autre côté du vaste ambulacre* sur lequel s'ouvre la chapelle de Saint-Janvier, un sanctuaire qui, par sa construction et son style, paraissait encore plus ancien que cette dernière, et devait remonter aux premières années du ii** siècle. Saint Janvier ayant été martyrisé en 162, M. de Rossi ne craignit pas de désigner la seconde crypte comme étant la place certaine du tombeau de saint Quirinus, martyrisé en 130. Un sarcophage trouvé dans cette crypte paraît même celui oii furent conservés les restes du tribun martyr, car, sur sa face principale, on distingue le buste d'un personnage revêtu du laticlave : or le laticlave était le signe distinctif des tribuns d'ordre sénatorial.

T. Spelunca magna^ dit la Notitia ecdesiarum urbis Roma. — Roma sotterranea, t. I, p. 180, col. m. Cet ambulacre a 2 mètres de largeur.

Une souscription, provoquée en Angleterre, en 1870, parmi les amis des antiquités chrétiennes, a fourni à la commission d'archéologie sacrée les moyens de continuer les fouilles que le manque de ressources avait fait interrompre. Les excavations poursuivies avec l'aide des souscripteurs anglais amenèrent la découverte de deux autres cryptes. L'une, située sur le même ambulacre que celles de saint Janvier et de saint Quirinus, à trente-cinq mètres environ de cette dernière, paraît avoir renfermé le tombeau des saints Felicissimus et Agapitus, que nous avons vus rapprochés de saint Janvier dans une même invocation. La Notitîa ecclesiarum cite en effet dans Tordre suivant les cryptes historiques du cimetière de Prétextât: 1° Urbanus; 2° Felicissimus et Agapitus; 3'' Quirinus; 4^ Januarius. La seconde crypte, découverte en 1870, ne peut être celle de saint Urbain, car elle est située à la suite de la crypte de saint Janvier, à l'extrémité de l'ambulacre opposée à celle où, d'après l'Itinéraire, se trouvait le sanctuaire de saint Urbain. Elle a dû, cependant, être, au iv® siècle, une des chapelles les plus visitées de la catacombe ; elle renferme un grand arcosolium ^ autrefois revêtu de plaques de marbre, dont on a retrouvé de nombreux fragments, et dont le mortier porte encore l'empreinte. En face de cette tombe s'ouvre une abside semi-circulaire, très-vaste et d'une forme encore sans exemple dans les catacombes. Deux colonnes de porphyre s'élevaient de chaque côté de Varcosoliurrij qui était fermé par une grille de marbre travaillée à jour; deux colonnes d'albâtre décoraient l'entrée de l'abside qui lui faisait vis-à-vis. A quel martyr était dédié ce splendide sanctuaire.^ Il est impossible de le dire. Malgré toutes ses recherches, M. de Rossi n'a pu trouver, parmi les ruines amoncelées en ce point de la catacombe, que quatre fragments d'une inscription damasienne, et ces fragments rapprochés n'ont donné que ces lettres :... VS MARTYS*.

I. Lettre de M. de Rossi à M. Northcote, 23 avril 1870; Bulletùno di arch. crise. ^ 1870, p. 42-48; 1872^ p. 74-78, et tav. IV.

Résumons Tétat actuel des découvertes faites dans le cimetière de Prétextât. Des trois basiliques mentionnées dans les Itinéraires ^ deux sont aujourd'hui retrouvées : celle des saints Valérien, Tiburce et Maxime, et celle de saint Zenon. Des quatre cryptes mentionnées dans les mêmes documents, trois sont connues avec certitude : celles des saints Felicissimus et Agapitus, de saint Quirinus et de saint Janvier. Enfin deux monuments d'une grande importance ont été découverts, sans que Ton sache encore à qui ils étaient dédiés : ce sont le sanctuaire que nous venons de décrire, dans le même ambulacre ou spelunca magna que les précédents, et la chambre ornée de peintures du II® siècle, trouvée en 1850% dans une autre partie de la catacombe.

Une partie de ces découvertes n'eût pu être faite sans l'appoint des fonds que la souscription de 1870 a mis aux mains de la commission d'archéologie sacrée. Aujourd'hui cette commission est plus que jamais privée de ressources. Pourquoi l'exemple de l'Angleterre ne serait-il pas suivi ai Heurs > Pourquoi quelqu'un ne prendrait-il pas en France une initiative pareille } Pourquoi , dans * tous les pays civilisés, les amis de la science ne rechercheraient-ils pas 'le moyen de donner une vie plus active aux découvertes romaines, forcément languissantes.^ Au point où est parvenue la science de l'archéologie chrétienne, on connaît l'emplacement des principales catacombes, on sait quel coin du sol romain il faudrait frapper de la pioche pour en faire jaillir des trésors de connaissances nouvelles : d'immenses découvertes sont pressenties, la science est fondée, les savants sont prêts, seul l'argent manque. Ne rougissons pas de demander l'aumône au nom de la religion, de l'archéologie et de l'art.

L'opinion commune fait remonter au 11® siècle le cimetière de Saint- Alexandre sur la voie Nomentane. Le Liber jpontificalis rapporte que saint Alexandre, évêque de Rome,

• I. Page 116.

fut décapité pour la foi, en 120, sur cette voie même, et enterré au lieu de son martyre. L'endroit désigné par le livre pontifical est le septième mille de Rome. A cette distance de la ville fut découvert, il y a environ vingt ans, un ancien cimetière chrétien et, dans ses ruines, un fragment d'une inscription en l'honneur de saint Alexandre, trèsprobablement le pape et martyr de ce nom. Cette inscription avait été placée, à une époque très-reculée, dans une basilique élevée au-dessus du tombeau du martyr, et récemment restaurée. Dans les étroites galeries souterraines qui entourent la basilique, beaucoup de loculi sont encore fermés, et conservent, derrière le marbre, la brique ou la tuile qui les bouchent, les corps qui y furent originairement déposés. Mais ces galeries ne sont pas la plus ancienne partie du cimetière; celle-ci a subi de telles altérations, qu'il est aujourd'hui très-difficile de la reconnaître. Le cimetière de Saint-Alexandre, à la distance où il est placé, sort, du reste, de la zone des cimetières romains, et par conséquent du cadre de notre étude. Les anciens documents qui nous ont si sûrement guidés indiquent encore deux ou trois cimetières appartenant aux contins de l'âge apostolique, celui, entre autres, des saints Processus et Martinien, sur la voie Aurélia; mais leur emplacement n'a pu jusqu'à ce jour être déterminé avec certitude.

Page 1