Greg. Turoii., De gloria martyrum
ne voulut pas toucher à cette scène de martyre. Il s'abstint de faire des travaux dans la crypte, et d'y introduire aucun ornement étranger; il se contenta d'y poser une inscription, et d'ouvrir dans la muraille une petite fenêtre, aiin que tous pussent contempler sans y rien déranger ce monument unique dans son genre, cette Pompéi chrétienne en miniature. On pouvait le voir encore au temps de saint Grégoire, au VI* siècle. M. de Rossi espère pouvoir en retrouver quelque chose, peut-être quelques fragments de l'inscription damasienne, peut-être la fenêtre même par laquelle nos pères ont vu ce prodigieux spectacle, une messe célébrée au III® siècle, et interrompue par le martyre ^ Des faits
I. «Cette espérance est fondée, j'oserais presque dire : elle sera remplie, » ce sont les propres paroles de M. de Rossi dans le travail original qu'il a composé pour Rome dans sa grandeur j t. II, p. 6. Des fouilles ont été faites, en 1873, dans l'arénaire des SS. Chrysanthe et Daria; mais ces travaux, entrepris dans un but tout accidentel, pour réparer des dégâts causés par la barbarie d'ouvriers qui travaillaient à la Villa Reaky située immédiatement au-dessus, ont été circonscrits dans un très-petit espace, et n'ont pu amener la découverte du célèbre sanctuaire. M. de Rossi en a pris occasion pour déterminer d'une manière tout à fait précise la situation des divers cimetières de la Via Salaria Nova. En partant de Rome et en suivant cette voie, on rencontre, à un demi-mille de la ville, le cimetière de Maximus, qui doit son nom à un chrétien sous la propriété de qui il fut creusé, et dans lequel furent enterrés sainte Félicité et l'un de ses fils, saint Silanus, martyrisés en 162. M. de Rossi l'a décrit dans le Bulletc. di arch. crist.j 1863, p. 41-47 : il l'avait visité dès 1856. Après le cimetière de Maximus se trouve celui de Thrason, qui date de la persécution de Dioclétien. A la suite du cimetière de Thrason est situé, toujours sur la voie Salaria Nova, le cimetière des Jordani, où furent enterrés, sous Marc-Aurèle, trois autres fils de sainte Félicité, Alexandre, Vital et Martial. Entre ces deux cimetières, contigu à l'un et à l'autre, s'étend l'arénaire où furent martyrisés et enterrés saints Chrysanthus et Daria, saints Claudius, Hilaria, Jason, Maurus et Lxxn soldats et où périrent ensuite les chrétiens qui étaient venus visiter leurs tombeaux. Le Bullettino di arch. crist.j 1873, p. 1-22, 43-76, rend compte des fouilles faites dans une petite partie de cet arénaire. Après le cimetière des Jordani se trouve, sur la même voie, à deux milles de Rome, la célèbre catacombe de Priscille.
HISTOIRK DES CATACOMBKS. 13^"
comme celui-ci expliquent le reproche souvent adressé aux chrétiens par les païens du iii^ siècle : « Vous êtes une race qui se cache dans les cavernes, qui fuit la lumière, » latebrosa et lucifugax natio^. Les nombreuses traditions de la même époque sur des chrétiens et même des papes- réfugiés dans les catacombes font bien comprendre, quoique Tauthenticité de beaucoup d'entre elles puisse être mise en doute, quelle importance les chrétiens attachaient à leurs cimetières, et quelle haine, au contraire, avaient fini par concevoir pour eux les persécuteurs.
De Gallien à Dioclétien, nous ne trouvons aucune mention de nouveaux édits contre les chrétiens, à l'exception de celui rendu par Aurélien peu de temps avant sa mort, dont nous connaissons l'existence, mais dont nous n'avons pas le texte. La conduite de cet empereur à l'égard de rÉglise fait bien voir à quelles vicissitudes était exposée la condition légale des chrétiens. Il avait d'abord reconnu expressément la communauté chrétienne; il avait été jusqu'à ordonner que les édifices occupés par Paul de Samosate, à Antioche, « fussent remis aux mains de ceux qui étaient en communion avec les évêques chrétiens de l'Italie et de Rome *. 1» A la fin de sa vie, il se mit à persécuter. Les commencements du règne de son successeur Dioclétien furent favorables aux chrétiens. Ceux-ci reprirent courage, et, se croyant assurés d'une longue paix, commencèrent à démolir les vieilles églises pour en construire de nouvelles, plus ornées et plus vastes. Il est probable qu'ils travaillèrent avec la même liberté à l'embellissement et l'agrandissement de leurs cimetières : nous voyons à cette époque Severus, diacre du pape Marcellin, construire dans le cimetière de Calliste un double cubiculum recevant l'air et le jour par un
1. Minuc. Fel., Octav., 8. — Le païen Cœcilius ajoute : in puhlicum muta^ in angulis garrulu.
2. Caius... fugiens persecutionem Diocletiani in cryptis habitando, martyrio coronatur.