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Eusebe, Hist. EccL, VII

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luminaire extérieur que rien ne dissimulait : la même région du cimetière renferme beaucoup de grandes cryptes éclairées également par des luminaires, et qui paraissent contemporaines de celle de Severus.

L'an 303, au milieu de cette paix et de cette confiance, éclata la dixième persécution, comme une tempête dans un ciel serein. Ce fut la dernière et la plus terrible. Les églises qu'on venait d'élever furent brûlées et démolies, les fermes et les jardins sous lesquels s'étendaient les cimetières furent confisqués, les archives de l'Église furent pillées et détruites, au grand détriment de l'histoire. Le pape Marcellin, et son successeur Marcel, ne purent être enterrés dans la crypte papale à Saint-Calliste : ils furent déposés, le premier « dans un cubiculum qu'il s'était lui-même préparé dans le cimetière de Priscille, » et le second « dans un cimetière établi sur la voie Salaria, avec la permission d'une matrone nommée Priscille ; » c'est-à-dire l'un et l'autre dans le cimetière privé de Priscille, qui était demeuré la propriété des Pudens, et appartenait, au milieu du iii^ siècle, à une descendante de cette famille, appelée Priscille comme son aïeule. A la prière de Marcellin et de Marcel, cette noble chrétienne fit de grands travaux dans Tantique cimetière. Une partie de l'étage inférieur, d'une régularité jusque-là sans exemple dans Rome souterraine, paraît avoir été creusée à cette époque. Les papes voulurent ainsi préparer, au plus fort de la persécution, un nouveau lieu de réunion et de repos pour les chrétiens chassés du cimetière officiel de la voie Appienne.

On a retrouvé en 1868 un petit cimetière contemporain de la persécution de Dioclétien, qui montre bien dans quels lieux abandonnés les chrétiens, privés de leurs cimetières accoutumés, furent quelquefois obligés d'enterrer mystérieusement leurs martyrs et leurs morts. Au mois d'août 1866, une table des actes des Fratres Q4rvales^ fut découverte dans

I. Le collège sacerdotal appelé Fratres Arvales^ dont on attribuait l'origine à Romulus, avait pour office d'offrir, au mois de mai, des

une vigne située à cinq milles de Rome, sur la voie Portuensis, et dans laquelle avaient été déjà trouvées au XV 1^ siècle les tables arvaliques publiées par Marini. Des fouilles furent entreprises aussitôt, sous la direction du savant archéologue prussien M. Henzen, et, parmi les résultats qu elles donnèrent, il y en eut un tout à fait inattendu : elles mirent en lumière, en 1868, des inscriptions chrétiennes contemporaines de Dioclétien, des colonnes, des bases, des chapiteaux, un débris d'une architrave de marbre, sur lequel se voyaient encore trois lettres damasiennes, et enfin l'entrée d'une catacombe. Dans l'escalier de cette catacombe se voit le monogramme du Christ ; dans la première galerie on reconnaît une image du Bon Pasteur, dont la tunique porte la croix gammée telle qu'elle est peinte sur le vêtement du fossor Diogène, dans une fresque du cimetière de Domitille contemporaine du pape Damase. La découverte la plus importante du nouveau cimetière, celle qui a permis de fixer son nom avec certitude, a eu lieu dans un cubiculum qui paraît servir de centre à tout Thypogée. Sur une des murailles de ce cubiculum^ situé derrière l'abside d'un oratoire ou basilica bâti à ciel ouvert, mais au niveau du souterrain, par le pape Damase, ont été peintes, à une date postérieure, les figures de Notre- Seigneur et de quatre saints. La crypte ainsi décorée était évidemment la confession de plusieurs martyrs : la basilique

sacrifices pour la prospérité des récoltes. Il possédait un bois sacré à cinq milles de Rome, dans lequel était un temple de la Dea Dia (Cérès), un Cesareum (temple des Augustes divinisés), et d'autres édifices. Sous le règne de Tibère, les Arvales commencèrent à graver sur des tables de marbre tous les actes de leur collège. Ces actes étaient, outre les sacrifices de mai, des sacrifices offerts pour les natalitiadG l'empereur et des membres de la famille impériale, et pour tous les événements importants survenus dans l'empire. Les tables arvaliques, datées, mois par mois, avec les noms des consuls ordina.ru et suffectij contenaient également mention des nouveaux membres admis dans le collège. Les Arvales n'étaient jamais plus de douze, appartenant à la plus haute, aristocratie romaine.

qui y fut élevée, comme à Saint-Alexandre ou à Sainte-Agnès, en est un indice certain. Quels martyrs avaient été déposés dans cette catacombe? Les noms des deux saints représentés à la gauche du Sauveur sont encore parfaitement lisibles : Fun est SCS -h FAVSTINIANVS, l'autre SCS + RVFI- NIANVS. Le nom du premier personnage placé à la droite du Christ est absolument effacé; la seconde iigure de droite représente une femme richement vêtue, et à côté d'elle se distinguent encore les lettres suivantes : ... TRIS. On a trouvé dans la petite basilique un fragment d'une inscription damasienne, évidemment placée là en Thonneur des martyrs enterrés dans la crypte : on y lit le nom VIATRICIS, qui permet de compléter les trois lettres demeurées invisibles à côté de la iigure de la sainte, et de voir en elle Fimage de sainte Béatrice. Nous avons donc les noms de trois des martyrs représentés dans la fresque : un seul demeure anonyme. M. de Rossivn'hésite pas à voir dans ce dernier saint Simplicius, qui, noyé dans le Tibre avec son frère saint Faustinianus pendant la persécution de Dioclétien, fut déposé en même temps que celui-ci dans le cimetière Gêner os œ juxta locum qui appellatur Sextum Philippin ou simplement, selon l'expression des Itinéraires, Generosœ super Philippi^ : leur sœur Béatrice, martyrisée un peu plus tard, fut enterrée

I. Cette désignation a fait naître une difficulté. Les actes des saints Simplicius et Faustinianus, ainsi qu'une inscription d'un sarcophage conservé dans le cloître de Sainte-Marie-Majeure, indiquent que ces martyrs furent enterrés dans un lieu appelé Philippl ou Sextum Philippi. Or un géographe du v^ siècle place ce lieu sur le bord du Tibre, près de l'île de Porto, c'est-à-dire à quatorze milles de Rome, tandis que notre cimetière n'est qu'à cinq milles de la ville. La difficulté disparaît si l'on admet ce que le seul examen des anciens documents avait déjà fait penser à M. de Rossi, que la dénomination de Sextus Philippl ne s'appliquait pas à un endroit circonscrit dans d'étroites limites, mais à toute la vallée qui se dirige vers la mer entre la dernière croupe du monte Verde^ dans laquelle est creusé notre cimetière, et la rangée de collines qui borde le Tibre. Du reste, les textes ne disent pas que les martyrs furent ensevelis au Sextus Philippin mais dans les environs, juxta locum qui appellatur Sextum Philippl. super Philippl.

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dans le même cimetière. Saint Rufinianus est moins connu ; son costume indique un officier de la cour de l'empereur, et la couronne qu'il tient à la main montre qu'il préféra la foi du Christ à la faveur du prince, comme ses contemporains saint Sébastien et saint Zotique. Voilà donc un cimetière du iv^ siècle, créé pour recevoir, immédiatement après leur martyre, quatre victimes delà persécution de Dioclétien, et décoré dans les années qui suivirent la paix de l'Église. Ici se présente une question en apparence insoluble : comment un cimetière chrétien put-il, au milieu d'une persécution, être creusé sous le temple et le bois sacré d'une confrérie païenne aussi célèbre que celle des Arvales } Les fragments de tables arvaliques connus jusqu'à ce jour vont des règnes des premiers Césars à celui de Gordien ; il est le dernier empereur dont on connaisse la statue dédiée sous le titre de Fratri oArvali, Aucun magistrat romain postérieur à ce prince ne prend, dans les inscriptions, la dignité de prêtre arvale. Enfin le dernier écrivain qui fasse mention du collège arvalique comme existant encore est un contemporain de Gordien, Minucius Félix. Il est probable que sous le règne de cet empereur (238-244), ou immédiatement après lui, le collège des Arvales fut aboli, tomba en désuétude, ou fut incorporé dans quelque autre, dans celui des Saliens, par exemple. Le domaine du collège, à partir de cette époque, dut rester abandonné : et ainsi s'explique que les chrétiens aient pu, pendant la persécution de Dioclétien, creuser un cimetière sous le bois sacré de la Dea Dia. Du reste, la partie du cimetière antérieure à VkgQ de la paix se réduit sans doute à un petit nombre de tombeaux, peut-être même les premières excavations ne furent-elles pas poussées jusque sous le terrain des Arvales, et se borna-t-on d'abord à creuser des loculi dans les galeries d'un ancien arénaire dont les nombreuses ouvertures servaient d'entrée furtive à la catacombe. Tel fut le noyau primitif du petit cimetière de Généreuse : ce sont bien là les caractères d'une catacombe creusée à la hâte, à la dérobée, dans un endroit désert, à cinq milles de Rome, pour recevoir des martyrs et

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quelques fidèles auxquels la persécution refusait un tombeau dans les cimetières ordinaires de l'Église romaine^.

A la fin de l'année 306, Maxence rendit la paix à l'Église. Mais les cimetières et les propriétés ecclésiastiques ne furent restitués qu'en 311, sous le pontificat de Melchiade. Saint Augustin raconte que « les donatistes lisaient des actes dans lesquels il était dit que Melchiade députa au préfet de la ville des diacres porteurs de lettres de l'empereur Maxence et- du préfet du prétoire, les autorisant à recouvrer les biens qui avaient été confisqués pendant la persécution... » Un de ces diacres s'appelait Straton, un autre Cassien. Le pape Melchiade, après avoir repris possession des loca ecclesïastica^ transporta dans le cimetière de Calliste le corps de son prédécesseur Eusèbe, mort exilé en Sicile, et le déposa dans une des plus vastes cryptes de cette catacombe. Avant que Melchiade eût recouvré, par la faveur de Maxence, les tîtuli et les cimetières de Rome, son avant-dernier prédécesseur, Marcel, avait pourvu de son mieux à la réorganisation de l'administration ecclésiastique' : « il organisa, dit le Liber pontificaliSj les vingt-cinq ^zYw/i que renfermait la ville de Rome en autant de paroisses (diocœses) pour la réception par le baptême et la pénitence des multitudes qui se convertissaient à la foi, et pour la sépulture des martyrs. »

L'existence des tituli remonte à une époque bien antérieure au pontificat de Marcel. Leur nombre dut varier avec celui des fidèles, et croître en même temps que lui. Ainsi, le Liber pontificalis rapporte qu'Evariste (no), sixième successeur de saint Pierre, divisa entre ses prêtres les titres de la ville de Rome, et leur assigna sept diacres. Saint Fabien (236), près d'un siècle et demi plus tard, divisa, selon le même livre, les quatorze régions de Rome entre ses diacres. Nous voyons au commencement du iv^ siècle le pape Marcel établir (ou plus probablement rétablir) vingtcinq titres : ce dernier nombre est celui auquel font lé plus

I. Voir, sur la découverte et l'identification du cimetière de Généreuse, le BuUettino di arch. crist.. 1868, pp. 25, 31, 48; 1869, pp. r-i6.

souvent allusion les anciens documents ecclésiastiques ^ Cette division avait pour but, comme on Ta vu par un texte du livre pontifical, d'assurer l'administration des sacrements et Tenterrement des morts. En effet, le soin des cimetières (cela résulte des sources les plus authentiques) était devenu une des charges principales du ministère paroissial. Il esta peu près certain que, au moins à partir de saint Fabien, chaque titre ou paroisse de Rome possédait un cimetière, ou même plusieurs cimetières, en dehors des murs, et que le prêtre ou les prêtres de la paroisse avaient juridiction sur ces lieux de sépulture. Au temps de saint Damase, chaque église avait deux prêtres ^ ; et même à Tépoque de saint Cyprien nous trouvons deux prêtres attachés à la même église, l'un subordonné à l'autre ^ Si nous supposons qu'au temps ou vivait saint Corneille (250) le nombre des paroisses de Rome était de vingt-trois, ce nombre correspondait parfaitement au nombre des prêtres romains, qui, sous son pontificat, était de quarante-six, deux pour chaque titre, dont l'un exerçait sans doute son ministère dans la cella ou oratoire (plus tard basilica) qui s'élevait au-dessus de chaque cimetière, tandis que l'autre l'exerçait à Rome même, dans les limites assignées à la paroisse. Il n'est pas difficile de comprendre, après ce qui a été dit des lois romaines sur les sépultures et les confréries funéraires, comment ce système d'administration pouvait être mis en œuvre même en temps

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