DE LA
PREMIÈRE AREA DU CIMETIÈRE DE S. CALLÏSTE.
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NOTE A (page 2o)r.
Le récit de la découverte des reliques et de la combe de saint Hyacinthe fera voir comment peut naître une tradition fausse sur la possession de telle ou telle relique par tine église particulière.
Le soir du vendredi saint, 21 mars 1845, un des terrassiers employés dans les catacombes vint trouver le P. Marchi. Il tenait à la main un morceau de papier sur lequel étaient écrits ces mots : — DP. IIL IDVS SEPTEBR YACINTHVS MARTYR; il les avait copiés, disait-il, d'après une pierre fermant encore un tombeau dans la catacombe de Saint-Hermès (ou Sainte-Basilla). La lecture de cette inscription étonna le savant jésuite ; par les anciens calendriers, par d'autres documents antiques, il savait que les deux frères Protus et Hyacinthus, martyrisés ensemble sous le règne de l'empereur Valérien, avaient été inhumés dans cette catacombe le II septembre; mais il croyait que leurs reliques avaient été portées de là en d'autres églises de Rome. Aringhi raconte que les corps de ces deux saints furent transférés de Féglise San Salvatore, au Transtevere, dans celle de San Giovanni dei Fiorentini, en 1592, sous Clément VIIL Cependant, quand, le lundi de Pâques, le P. Marchi, accompagné d'un peintre et d'un architecte , se fut rendu dans le cubiculum où avait été copiée l'inscription, il reconnut que le tombeau sur lequel elle se lisait encore n'avait jamais été ouvert ; il remarqua, de plus, que la chambre dans laquelle il se trouvait recevait le jour par un très-grand luminaire, qui éclairait en même temps cinq autres cubîcula; deux escaliers conduisaient dans la crypte : c'était exactement la disposition déjà notée par le P. Marchi dans les principales basiliques souterraines des cimetières de Sainte-Agnès, Sainte- Hélène, Prétextât. Le savant religieux reconnut, en un mot, une chapelle disposée à recevoir un grand concours de fidèles, une foule de pèlerins comme celle qui devait se presser auprès des tombes célèbres des saints Protus et Hyacinthe. De plus, il ramassa, dans un amas
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de décombres, un fragment de dalle de marbre ^ur lequel étaient gravés ces mots : SEPVLCHRVMPROTI M{artyris). Il était désormais prouvé qu'en ce lieu avaient été déposés les deux glorieux martyrs, et que Tun d'eux reposait encore dans sa tombe inviolée.
Cette découverte devait contrarier la croyance populaire, qui vénérait leurs reliques à San Giovanni dei Fiorentini. Aussi le P. Marchi crut- il devoir agir avec une extrême circonspection. Il laissa la tombe exactement comme il l'avait trouvée, et, pendant trois semaines, étudia tous les documents pouvant éclairer l'histoire des deux martyrs. En même temps, il revenait souvent visiter la crypte et y conduisait avec lui des cardinaux, des évéques, des prélats, un grand nombre de personnes attirées par la curiosité ou la dévotion. Le résultat de ses recherches historiques le satisfit pleinement. Il découvrit qu'un siècle et demi après le martyre des deux saints, la chapelle où ils reposaient avait été remplie de terre; que le pape saint Damase la déblaya et la restaura, et, selon son habitude, saisit l'occasion d'y placer une épitaphe en vers en leur honneur; que le pape Symmaque, au commencement du vr siècle, restaura de nouveau la chapelle, ec que les restes des martyrs y étaient encore à la fin du vn«-
On retrouve leur trace au milieu du ix« siècle, à l'époque où il est raconté que Léon IV plaça sous le maître -autel de l'église des Quattro-Coronati les têtes de saint Protus, saint Sébastien, sainte Praxède et d'autres saints, et avec elles les corps de cinquante-sepi martyrs enlevés des cimetières ou des églises de Rome. Or on sait que Pascal I*' avait transféré le corps de sainte Praxède dans l'église élevée en son honneur et que Grégoire IV avait transporté celui de saint Sébastien dans l'église connue maintenant sous son nom, et qui, avant cette translation, avait gardé 1^ vocable de saint Pierre et de saint Paul, en mémoire de l'asile temporaire qu'y trouvèrent, on s'en souvient, les reliques des deux apôtres. Bien qu'on ignore le moment précis où fut apporté dans Rome le corps de saint Protus, il est certain que cette translation eut lieu avant l'époque de Léon IV, car ce pape n'aurait point enlevé la tête seule, laissant le reste du corps dans les catacombes, puisque le motif invoqué par ses prédécesseurs pour justifier la translation des martyrs recirés de leurs tombes souterraines était la crainte de les laisser exposés à l'abandon et aux outrages dans les cimetières devenus un chaos de ruines, ne remanerent neglectui. La translation de la tête de saint Protus dans l'église des Quattro- Coronati ne s'explique donc qu'en admettant qu'une des églises de
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Rome possédait déjà, en vertu d'une translation antérieure, le corps entier du saint, et que le pape ne voulut point la priver de la totalité de ses reliques. Cette église était sans doute celle dont parle Aringhi, San Salvatore, et c'est de là qu'à la fin du xvi« siècle le corps décapité fut transféré dans l'église de San Giovanni dei Fiorentini^ où il est encore.
Dans le récit des translations opérées par Léon IV, il n'est fait aucune mention de tout ou partie du corps de saint Hyacinthe ; s'il eût été dans Rome, le pape n'eût sans doute pas manqué de le joindre à tant d'autres précieuses reliques dont il dépouillait d'anciennes églises pour enrichir celle qu'il venait d'élever*
Comment les Florentins purent-ils donc affirmer qu'ils possédaient les corps des deux frères? Une inscription de l'église San Salvatore le leur avait fait ctoire : on lisait ces mots sur une pierre du pavage qui s'étendait sous le maître-autel : Sub hoc lapide reqmescunt sanc forum corpora gloriosissimorum Proti et Hyacinthi, Cette inscription est du xrv* ou xv« siècle : entre cette époque et le viir ou ix", les détails de la première translation des reliques durent s'oublier et se confondre. Une autre inscription, dans la même église, ou plutôt la moitié d'une inscription, la moitié d'une épitaphe écrite par le pape Damase en l'honneur des deux martyrs, nommait Hyacinthe à côté de Protus. Tout le monde savait qu'ils avaient souflfert ensemble, qu'ils avaient été enterrés dans la même chapelle; il était naturel de conclure que l'église qui possédait maintenant le corps d'un des deux frères possédait également celui de l'autre.
Comment l'erreur ne fut-elle pas découverte quand les reliques furent transportées à San Giovanni? Christophe Castalletti a laissé un récit de leur translation; après avoir creusé sous l'autel, on découvrit une grande caisse de marbre ; l'ouvrant, on n'y trouva point de corps enders, car d'autres églises avaient à diverses époques reçu des reliques prises dans ce sarcophage : on trouva seulement de nombreux ossements, des jambes, des bras, des côtes, un os maxillaire auquel les dents étaient encore adhérentes, quelques dents détachées. Ceci est tout à fait d'accord avec ce que l'étude des documents historiques révéla au P. Marchi. Dans la relation de Castalletti, il n'est point fait mention de deux corps : au contraire, on y voit pourquoi deux corps entiers n'auraient pu être trouvés. Il n'est point parlé non plus d'une tête intacte : Castalletti cite seulement un os maxillaire et quelques dents qui furent probablement laissés là par accident quand Léon IV sépara du corps la tête de saint Protus.
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53a ROME SOUTERRAINE.
Une question resuit encore à résoudre : pourquoi, en redranc de la catacombe le corps de saint Protus, y laissa-t-on celui de saint Hyacinthe? La réponse devint facile quand, le 19 avril, le P* Marchi fut venu ouvrir le tombeau, accompagné du sacristain du pape, de plusieurs dignitaires de la cour de Rome, et de quelques terrassiers. Une des restaurations faites dans cette chapelle par le pape Damase ou le pape Symmaque fut un pavage entièrement nouveau, conscruic en tuf et en ciment romain : dans ce lieu humide, exposé sous un luminare ouvert à toute l'action des éléments, ce sol artificiel ne carda pas à acquérir la dureté de la pierre. Le tombeau de saint Hermès avait été creusé dans la muraille, au niveau de la plus basse rangée des loculi. A l'origine, il était au-dessus du sol; quand le nouveau pavage eut été superposé à l'ancien, le tombeau se trouva comme prisonnier, le niveau du sol arrivant maintenant au milieu de son ouverture, et le fermant à moitié. Pour enlever la plaque de marbre qui remplissait la bouche du loculus, il eût fallu briser une partie de ce pavage devenu si dur : or, comme le tuf dans lequel cette chapelle est creusée n'a aucune solidité, aucune consistance^ il était évident qu'une fois ce soutien enlevé et le tombeau ouvert, tout un côté de la muraille devait s'écrouler. Cela arriva, en eflFet, quand le P. Marchi eut fait l'ouverture : pas de suite, mais au bout de quelques jours, l'effondrement eut lieu : la chambre n'est plus aujourd'hui qu'un amas de ruines. Évidemment, la cramte d'un tel désastre avait empêché d'ouvrir le tombeau de saint Hyacinthe en même temps que celui de saint Protus.
En rendant compte de Tétat dans lequel fut trouvé le tombeau quand il eut été ouvert, nous allons avoir l'occasion d'appeler l'attention du lecteur sur plusieurs traits intéressants de l'histoire des catacombes. A première vue, il parut ne contenir que de la boue : les spectateurs non initiés encore purent craindre que tant de recherches et de travaux n'aboutissent à une déception. Le P. Marchi les rassura : il leur expliqua que, toutes les fois que l'eau de pluie pénétrait par un luminaire, elle entraînait avec elle des parcelles considérables du sol extérieur : une boue liquide finissait ainsi par remplir les tombes ouvertes au niveau du pavé : mais, si elle dissolvait les ossements mous et encore peu formés des enfants, elle était sans action sur ceux d'un homme fait, comme saint Hyacinthe. Le P. Marchi ouvrit avec un roseau la couche de boue qui remplissait le loculus, et découvrit bientôt les ossements d'un homme. Ils n'étaient point dans leur état naturel, mais une partie
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étsâz réduite en cendres, et tous paraissaient avoir subi l'action du feu. Nous ne pouvons rapprocher cette circonstance des incidents du martyre de saint Hyacinthe : ses actes authentiques sont malheureux sèment perdus.
Quand ces ossements eurent été transportés dans le palais du pape, et examinés, à la pleine lumière du jour, par un professeur d'anacomie, le P. Marchi remarqua, mêlés à la terre et aux ossements, quelques fils d'or entrelacés. Il les recueillit et les soumit à l'examen d'un professeur de sciences naturelles, qui déclara que le corps avait été enveloppé dans une étoffe précieuse, soit drap d'or, soit toile ou soie brodée d'or, il ne pouvait décider lequel, le tissu ayant péri et quelques fils d'or seuls ayant été conservés. Nous trouvons là une intéressante confirmation de ce que racontent non-seulement Eusébe et plusieurs historiens, mais encore Bosio, Boldetti, etc., qui observèrent le même phénomène dans beaucoup de tombes de martyrs ouvertes par eux. Boldetti en cite une en particulier dans laquelle cous les os du squelette étaient intacts, à l'exception du crâne, qui était brisé, et auquel seul adhéraient quelques morceaux de drap d'or. Les reliques de saint Hyacinthe reposent maintenant sous un dea autels de la basilique nouvellement restaurée de Saint -Paul-horsdes-Murs.
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NOTE B (page 29).
Les « accès du martyre de sainte Cécile » publiés par Bosio en 1600*, et de nouveau par Laderchi en 1722*, ont été empruntés à un manuscrit appartenant à l'église de Sainte-Cécile dans le Transtevere. La version grecque de Métaphraste fut faite sur un manuscrit beaucoup plus ancien, dont il existe également des copies latines •. Il ne sera pas sans intérêt de rapprocher les mêmes passages d'après l'un et l'autre manuscrit. Les additions faites au texte primitif dans le plus récent des deux sont très-significatives ; nous les indiquons par àiQ^ lettres italiques.
Amachius ordonna d'amener devant lui Cécile, et lui demanda : Quel est ton nom? Elle répondit : Cécile.
A. dit : De quelle condition es-tu?
C. répondit : Je suis ingénue, noble, et de descendance sénatoriale {clarissima) .
A. dit : Je te demande quelle est fa religion.
C. répondit : Ton interrogation est donc insensée, puisqu'elle exige deux réponses.
Le préfet Amachius ordonna d'amener devant lui sainte Cécile, et lui demanda : Quelle est ton nom, jenne lille? Elle répondit : Cécile, selon les hommes; mais, ce qui est beaucoup plus noble, je suis chrétienne,
A. dit : De quelle condition es-to ?
C. répondit : Je suis dtojenne de Rome, illustre {illustris)^ et noble.
A. dit : Je te demande quelle est ta religion, car nous savons que tu es de naissance noble.
Sainte Cécile dit : Ton interrogation est' donc insensée, poisqu'elle exige deux réponses'.