‹ Rome souterraineChapitre 281 sur 326 · s. Hieronym., De viris illustribus · texte numérisé non relu

s. Hieronym., De viris illustribus

j54 ROME SOUTERRAINE.

ia marque. Dès les premières amiées de son règne, Conscanda 4* abolit. Par une loi que nous a conservée le Code Théodosien, et qui fut peut-être rédigée par Lactance, l'empereur chrétien défendit que l'on infligeât au visage des esclaves cette marque infamante, fl par respect pour la beauté divine qui brille au front de l'honime ^. » A partir de cette époque, Tusage s'établit de suspendre au cou des esclaves fugitifs des inscripdons pareilles à celles que nous venocu de citer. Or celles-ci portent avec elles des indices de leur date. Celle qui nous a transmis le nom d'Euplogius paraît appartenir à la fin du IV siècle : celle où se lit le nom de t Victor, acolyte de Téglise de Saint-Clément, • est certainement plus ancienne. Nonseulement la forme des lettres semble indiquer le commencement du IV* siècle, mais encore les expressions employées ne peuvent se rapporter à une date postérieure. Victor ne prend pas le titre de acolytus hasilicœ ou tituli S, démentis, mais de acolytus a domimco démentis. Le mot dominicum, dans Pandquité chrédenne, désignait la maison du Seigneur, l'église. Du temps de saint Cyprien, le lieu d'assemblée des chrétiens était appelé ainsi. Pendant les années qui suivirent immédiatement la paix donnée à l'Église par Constantin, les chrétiens condnuèrent à se servir de ce mot : mais peu à peu il fut remplacé par les mots titulus ou basUica : et le mot dominicum^ dit M. de Rossi, ne se rencontre jamais sur des inscripdons postérieures à la première moidé du rr siècle '. Voilà donc la date de notre lame de bronze aussi nettement déterminée que possible : elle est peut être contemporaine de Constandn, et, en tout cas, elle ne dépasse pas l'an 350 : à cette époque existait donc déjà Féglise de Saint-Clément, dont Victor était acolyte.

Comment cette basilique a-t-elle vu, par un progrès insensible et continu analogue à cet incrementum latens dont parlent les jurisconsultes romains, le sol s'élever autour d'elle et, peu à peu, l'ensevelir? La pensée se reporte à quelque cataclysme historique comparable, dans un ordre différent, à ces grands bouleversements de la nature dont la géologie retrouve l'histoire. Au xr siècle, la région du Celius fut couverte de ruines. L'incendie allumé en 1084 par Robert Guiscard dévora les édifices accumulés dans ce quanier, un des plus peuplés de Rome. Un grand nombre de ses habitants furent obligés^ à cette époque, d'abandonner la colline pour aller s'éublir sur k Champ de Af ars. Il est probable qu'alors les ruines et les décombres

1. Coi. Théoi., ix, 40, a. » Voir, sur cette loi, le commentaire deGodefroj. a. Bull, di arch, crist., 1B6}, p. 261.

Digiti

s'encassérenc sur la pente du Celius où se trouve la basilique : et comme, selon la remarque de M. Tabbé Cochet, les anciens, après la dévastation de quelque partie de leurs villes, nivelaient, mais ne déblayaient pas*, le sol de ce quartier de Rome dut, quand on commença à y reconstruire les habitations détruites par l'incendie, se trouver considérablement exhaussé. La basilique, à ce moment, ressemblait, sans doute, à un navire en perdition que Ton voit peu à peu s'enfoncer dans la mer, et qui semble prés d'être recouvert par les flots : seulement, ici, le navire demeurait immobile et créaient les flots qui montaient autour de lui.

La décoration intérieure de la basilique, aujourd'hui souterraine, concorde avec la date que nous indiquons. Il s'y trouve, outre les vestiges de peintures plus anciennes (dans un angle du narthex^ ou portique d'entrée, deux têtes qui peuvent être du v« ou vi* siècle), des fresques du viii* (celles représentant les saintes femmes au tombeau, les noces de Cana, le Christ en croix, à l'angle opposé du narthex)^ du ix« (l'assompdon de la sainte Vierge, au même endroit), du x« (des scènes de la vie de saint Cyrille, peintes près de son tombeau présumé, à droite du presbytenum)^ du XP siècle (la translation du corps de saint Cyrille et le miracle de saint Clément, sur les entre-colonnements du «jrrAejr^ l'Intronisation et la messe de saint Clément, l'histoire de saint Alexis, sur les entre-colonnements construits dans la nef). Aucune décoration postérieure à cette époque n'apparaît dans la basilique primitive. Les peintures d'un des entrecolonnements ou pilastres de la nef ont été données par un notable habitant du quartier du Celius, nommé Beno de Rapiza, également donateur, avec sa femme Maria, de celles des entre-colonnemencs du narthex : or son nom se retrouve, en l'an 1080, sur un manuscrit du Vatican. Les entre-colonnements du narthex remontent à une époque plus reculée : mais les deux pilastres de la nef, sur lesquels se voient retracées des scènes de la vie de saint Clément et de saint Alexis, furent peut-être construits et décorés en même temps, et le nom de Beno de Rapiza indique, pour leur décoration, la fin du xi« siècle. Il vivait sans doute encore en 1084, lors de l'incendie allumé par Robert Guiscard, et il se peut que les pilastres de la nef, qui rompirent la belle ordonnance des colonnes, en masquèrent deux et en bloquèrent l'intervalle, aient été construits à cette époque, pour soutenir l'édifice que l'accumulation des ruines environnantes faisait fléchir, mais que l'on n'avait pas encore résolu d'abandonner.

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