ARDÉE
éclat. Us se surprenaient à parler , comme d*une aventure de la veille , de cette Danaé vaincue dans sa tour d^aîrain par la pluie dor, puis livrée, elle et son nouveau-né, le npuveau-né de Jupiter, à rinclémence de rOcéan. Cette jeune Grecque abandonnée, ils se la peignaient belle et voluptueuse comme leur Titien la leur a faite ; ils la voyaient sillonner sur sa frôle barque, et son fils an sein, Fimmensité des mers , et, Moïse féminin, sauvée par' les pécheurs aborigènes , aborder aux côtes dltalie pour y fonder Ardée , mère de Sagonte.
Epflammées par cette poésie primitive, leurs imaginations méridionales , car Fun et Pautre étaient Romains , se plaisaient à soulever le Voile diaphane de toutes ces fables si vraies , si brillantes , mythes profonds qui recèlent toute la sagesse antique de rhuma^ nité , et gazent Fhistoire pour la mieux conserver. Us aimaient à voir, dans une jeune mère cdiargée de la malédiction paternelle, et dans les vâgissemens plaintifs d^un enfant proscrit au berceau , quelque migration de cette mystérieuse et infortunée nation pélasge, sœur aînée des Hellènes et mère de Rome, race errante et civilisatrice, qui fonda les premiers empires italiques, apporta à Toccident la charrue et le foyer domestique, éleva sur les montagnes ces cités cyclopéennes dont les murailles de géans vivent encore , et qui , après avoir civilisé ritalie et FËurope, maudite des Dieux, comme le Gain hébreux , poursuivie par Tingratitude de sea propres enfans, dispersée, réduite en esclavage, bouleversée par les volcans , frappée à la fois de tous les
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fléaux de la terre et du ciel, dispamit des annales humaines pour n^y.plus reparaître.
Cependant lés .cavaliers étaient sortis du bois, et le •soleil des monts de la Sabine. ArriTés au bord d^nne espèce de promontoire.en saillie sur Tétroite yallée du Numicus , ils se - trouvèrent face à face avec Ardée , assise au front du roc.opposé, et comme la fille d^Acrise, sa fondatrice , inondée par le so|eil levant d'une pluie d*or. Le château des .Gesarini ^ qui commande la ville et la vallée, n^était plus cette masse grisâtre du crépuscule; illuminé par Fincendie, il nageait dans le feu, . embrasant de son reflet volcanique Tonde jaune et lente du Numicus. Un^ sentier poudreux et tortueux conduisit les delix Romains à la rive du fleuve qui fut le tombeau d^Enée, et Tun et Fautre tressaillirent quand soudain les fers de leurs chevaux , toute la nuit muets sur la poussière des sentiers et Therbe des pâturages , retentirent sur les daUes sonores de la voie antique /Ils l'avaient à dessein évitée , et s*étaient cachés dans les hoiê pour n^étre ni entendus ni vus. Ce passage subit du silence au bruit les avait fait tressaillir ; il y avait eu une sorte de saisissement dans lettr surprise.
A peine en étaient^ils revenus, qu'ils furent rejobts sur le pont du Numicus par une caritelle , qui venait de Rome par le grand chemin. Marins fut le premier à Tapercevoii^, et il se prît à rire , tant était bizarre le costume de Thomme qui la montait. H était seul. Vêtu d^un habit écarlate tout barriolé d'or, et d^une culotte de peau jaune j à larges galons bleus , il était chaussé de bottines à franges versicolores, et coifiTé d'un énorme
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claque noir rehaussé d*an panache blanc et flanqué d^nne vaste cocarde rouge. A sa ceinture de soie verte pendaient un tambour de basque et une trompette. Quant à Paitelage , il répondait au reste : le cheval fléchissait sous les caparaçons , les grelots , les rubans , les pompons dont il était affublé ; et la caritelle, peinte de toutes les couleurs les plus tranchantes, était chargée d'une pharmacie complète. Le nouveau venu était un Ësculape de carrefour. Une si grotesque rencontre dans un pareil lieu contrastait étrangement avec le caractère austère et sérieux des ruines d^Ardée et des campagnes romaines.
— « Mais c^est le Catalan I » s*écria Marins.
— » A votre service , seigneurs cavaliers , répondit le faux docteur en se dressant de toute sa hauteur ; c*est moi-même. Si vos seigneuries désirent de la véritable poudre de Badajoz , j'en ai de première qualité. L'Orviétan d'Orviète nest rien auprès, et comparé à moi , le grand Lupi lui-même n'est qu'un empoisonneur, parole d'honneur et de Catalan. Mais, continua le charlatan en frisant fièrement sa moustache d'hidalgos , vos seigneuries aimeront mieux peut-être Tadmirable histoire du fameux bandit Pépé Mastrilli de Ter-
Nella bella città di Terracina Nacque quest'uomo di sottiP ingfegno..
On y voit comment Famour lui fit commettre divers assassinats; comment il fut banni des Etats-Romains et