SCENE r
V Iens , fuis-moi. Dolvédo : viens féconder ma rage, Viens venger mon fi s mort , viens laver mon outrage.
R o m e o , à part.
Contre qui? Ciel!
Capulet.
Mes yeux n'ont point vu l'afLiïin, Mais Montaigu. . . .
Romeo.
Qui , lui ?
Capulet.
Cours lui percer le fèin.
Mon ami, mon vengeur, c’efl dans toi que j'efpere. Vois ces cheveux blanchis, vois ce* larmes d'un pere, Tes exploits , ces drapaux attellent ton grand cœur.
TRAGEDIE. 41
Il eft dans ton deftin de revenir vainqueur.
Mon bras, ce bras tremblant que trop d'ardeur anime, En prodiguant Tes coups manqueroic fa vi&ime;
Va trouver Montaigu , qu’il meure , & dans ces lieux Appprte-moi ion cœur palpitant a mes yeux.
Ne preleris point de borne à ma reconnoifiance ?
Je t’adopte pour fils; ade pte ma vengeance;
Va, rarts, combats, triomphe , & revolant vers moi, Si mon fils eft vengé, je le retrouve en toi.
Rome o.
Qu’exigez-vous ?
D’ou vient ce trouble & cefilence?
J’ai recours à ton bras, & ta valeur balance?
Rome o.
Ah ! Ciel î
C’en eft allez , viens ma fille avec moi. Vainement au befoin , j’ai compté fur fa foi,
Je rougis pour tous deux qu’un guerrier ians courage. M'ait fait à tes regards eftuyer cet outrage;
Mais du Comte Paris tu fais la paliion ,
Offre-coi pour conquête à fon am ition.
S’il faut péùr p ur toi , la mort lui fera chere.
Viens, fuis mes pas.
Juliette.
Seigneur....
Tu gémis?
Juliette.
O mon pere !
Que vois-je? Quel foupçon m’éc’aire en ce moment. D'où naît ect embarras, ce long étonnement?
Juliette.
Ah! Dieu!
S’il étoit vrai qu’au tein de ma famille,
( Regardant Roméo . )
Un fédu&eur au crime eût entraîné ma fille!
Si cet indigne amour s’étoit feul oppofé,
A l'hymen que tantôt mon choix a propofé
Juliette.
Où fuis je!
Tu rougis, ferois-tu criminelle?
Seigneur
Si je croyois....
Souffrez qu’au moins...,
Rebelle...*
( Mettant la main à fonépée.)
Romeo.
Arrête, Capulet , écoute, & c nnoîs mieux L’objet de ton courroux , vois dans un furieux Que toi-même élevois au fein de ta famille Un monftre qui fe hait, qui brûle pour ta fille.
Un ingrat qui t'outrage, un fils de Montaigu, . Roméo
Juliette.
Qu’as- tu dit?
Grand Dieu, qu’ai-je entendu?
Romeo.
Apprends tous mes forfaits : certe main fanguinaire,
Je viens de la plonger dans le flanc de fon frere.
De mon fils !
Juliette.
Malheureux l C A-
TRAGEDIE
O vengeance ? ô fureur !
Barbare , défends-to:.
Romeo.
Frappe, voilà mon cœur.
Juliette.
Arrêtez.
Défens-toi.
Romeo-
Non , cede à ta colere
Tu dois venger ton fils, j’ai dû fauver mon pere*
Juliette.
Arrêtez,
Fille Ingrate & tu retiens mon bras ?
A ma jufbe fureur tu n’échapperas pas.
Lâche, tu fens trop bien cet indigne avantage. Quêta main fans déferre oppofe à mon courage. Va, ceffe d’exciter mes tran ports furieux;
Epargne à mes regards ton afped odieux.