‹ Romeo et JulietteChapitre 19 sur 25 · SCENE PREMIERE- FERDINAND, CAPULE T · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE- FERDINAND, CAPULE T

Ferdinand.

«Fe fuis loin , Camilet, de condamner vos larmes. Oui, la raifon d’abord nous prête en vain Tes armes , On efl homme on gémit, mais enfin vos douleurs Ne fe guériront po nt par de nouveaux malheurs. Craignes qu en expirant, votre fille rebelle N’éteigne une mailon qui peut revivre en elle. Pardonnez, croyez-moi.

Mon fils....

Prince, que dites-vous?

Par nos regrets le ranimerons-nous?

Roméo vous efl char , fa vertu, fa vaillance.

Votre bonté fur-tout vous parle en fa défenfe , Ajoutez, s’il le faut, que moi-même aujourd’hui Cherchant à vous fléchir , j’ai fupp.ié pour lui. J’honore dans vos pleurs l'amitié paternelle ,

Mais fi pour adoucir votre per:e crueiie ,

Les plus nobles emplois, les rangs, les dignités,

Si ma reconnoifiance...

Ah ! Seigneur , arrêtez.

Fer-

Ferdinand.

Laiflez-moi comme vous, fentir votre infortune, Notre fort eftd’êure homme, il nous la rend commune, Ne croyez pas pourtant qua gémir deftiné ,

Vous foyez feul à plaindre, & feul infortuné Combien de fois mes yeux ont répandu des larmes! Je n’entrevois pourtant que des fujets d’àUarmes.

Par le Duc de Mantoue en fecret excités,

Mes fujets contre moi font prefque révoltés.

Ce parti veut ma perte, il efpere en filence Que, vos maifons bientôt rallumant leur vengeance, Capulets , Montaigus , l’un par l’antre immolés, Portant l'effroi, la mort fur nos bords défolés ,

Il détruira fans peine en ce aéfordre extrême,

Un Etat divife , déchiré par lui-même.

Eteignez à jamais les flambeaux déteilés,

Qu’entre vos deux rr.aifons la difeorde a jettes, Montaigtj n’a qu’un fils , il vous relie une fille Si l’hymen unifloit l’une & l’aurre famille!

C’eA Sa p: trie en pleurs qui vous prie à genoux $

Elle emprunte ma voix , la refuferez vous?

Ne croyez pas par là ternir vorre mémoire.

Cet effort de vertu comblera votre gloire ;

On dira quelque jour: » Capulet outragé » Voloit à fa vengeance , & ne s’eft point vengé;

» Il fut à fon dévoir immoler fa f rie,

Il exauça fon Prince, il fauva fa patrie;

» L’intérêt de l’Etat fut fa fuprême loi”/

Capulet.

Ainfi donc Montaigu va l’emporter fur moi.

Ferdinand.

Le triomphe efl: pour vous: ah! loin d’être inflexible. Lui-même, à vos douleurs, il s’eft montré fenfible.

En retrouvant un fils , les plus doux mouvemens Ont remplacé fa haine , & fes reffentimens.

Inftruit, par Roméo quelle étoit fa naiflance.

J’ai mandé dès l’inftant fon pere en ma préfence;

Ils

TRAGEDIE. 47

Ils fe font vus l un & l’autre, 8c ces fignes certains Ont du fils à mes yeux éclairci les deilins.

La nature a parlé. Par le cri le plus tendre Dans le fond ce leurs cœurs ie fang s’efi: fait entendre. J'en ai verfé des p:eur Iis me preffoiert tous deux D’adoucir vos tra. fports, de vous fiée; ir pour eux. D’obtenir un pardon qu’ils n’ofent plus prétendre ; Tous les deux, par mon orure , ils vont ici fe rendre 3 Mais les voici.

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