PF E R D I N A N D
Aroiflez Monta'gu , venez, ne craignez rien, Capulet vous pardonne.
Montaigu.
O Ciel ! le puis- je croire f •As-tu bien fur toi-méme emporté la victoire?
Ton cœur seit il dompté?
Capulet.
J’ai triomphé de moi.
Mais en te pardonnant, je n’ai rien fait pour toi, Ferd inand.
Ah! Lviïez-nous penfer qu’en oubliant l’offenfe;
Vous cédez fans effort à la feule clémence.
Romeo. v
( au Duc. ) {à Montaigu. )
O mon prince! O mon pere ! En des momens fi doux Tombant aux pieds de Capulet. )
Souffrez que comme un filsj’embraffe fes genoux. Ca~
Que fais-tu, Roméo?
Sois touché par fes larmes.
Crois-tu donc, que la hai^e ait pour moi tant de charmes? M O N T A I G U.
Je le vois, la vengeance a pour toi peu d’appas.
Tu ne fais point haïr.
Ferdinand.
Vous ne vous trompez pas,
J’ai furpris la pitié .dans fon ame attendrie;
Ah ! tous les deux enfin vivez pour la Patrie.
Je joins mes vœux aux fiens,
Ferdinand.
Mes amis, faifons mieux :
Qu’un accord fi touchant éclate à tous les yeux. Parmi tous ces tomoeaux, au fein de ces ténèbres Où dorment vos ayeu* fous des marbres funèbres , Devant mon peuple Sc moi renouveliez tous deux Le ferment d’une paix qui fut jadis entre eux.
Jurez fur leurs cercueils , & fous ces voûres fombres En atteilant leurs nom , & leur cendre , & leurs ombres , De tourner éformais contre nos ennemis Le fer que dans vos mains la difcorde avoit mis,
De former entre vous une aueufle alliance Où votre haine expire, où l’amitié commence,
Et de renore à l’Etat le fang & les guerriers Dont l’ont privé cent fois vos combats meurtriers: Ainfi, femmes , enfar s, chacun dans l’Italie Confac era le jour qui vous réconcilie:
Ainfi tous mes fajets , les larmes dans les yeux, Porteront à l’envi vos vertus jufqu’aux Cieux :
Dès lors plus de complots, de meurtre, de vengeance; Je tiendrai de vous feuls ma gloire & ma puilfance, Et vous donnant des loix, mes defirs les plus doux
Se-
TRAGEDIE
Seront de mériter des fujets tels que vous.
Vous êtes attendris , vos foupirs vous trahiflent.
Confens-tu, Capulet, que nos maifons s’uniflent?
Ferdinand.
Oui . fon cœur vous pardonne ,& j’en réponds pour lui. Capulet.
Vois donc ce que pour toi j’aurai fait aujourd’hui. I/Etat, mon Souverain, fur ma cruelle offenfe, Malgré le cri du fang emportoient la balance,
Maïs dût encor ce .ang fe p’aindre & s’indigner,
C'elt à toi maintenant que je veux pardonner.
Je vis, mon fils n’eft plus , lorfque le tien refpire,
Il demande vengeance , & ma vengeance expire; C'efi: dans ce même jour, dans ce même palais , Qu’avec fes meurtriers j’aurai conclu la paix.
Ma haine, Montaigu, s’éteint avec la tienne.
Dans la main de ton filsj’ofe mettre la mienne,
Eft-ce afiVz te prouver par cet effort fur moi ,
Que tu peux fans péril te livrer à ma foi?
Ennemi , fur tes jours j’étois prêt d’entreprendre. Ami, je donnerois les miens pour te défendre.
Tu vois, pour m'acquérir, qu’il t’en a peu coûté; J’oublie en le pleurant le bien qui m’efiôté,
Et je paye à ton fils, dans ma douleur funefte ,
Le fang qu’il m’a ravi par le fang qui me relie.
Romeo.
Ah! mon pere ! ah! Seigneur! après tant de bienfaits Eh comment envers vous nous acquitter jamais ?