SCÈNE IH
Le MâBfB, ROMÉO.
ROHRO, entre.
Je VOUS salue, mon vénérable père.
FRBRB LAURENCE. 4
Loué soit le Tout-Puissant I Quelle voix me salue avec tant de douceur? — Mon fils, cette visite si matinale suppose une âme troublée. Quel soin vous a .chassé si tôt de votre lit? L'inquiétude établit son
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poste dans les yeux da -vieillard, et où Teille l'inquiétude, jamais ne vient le sommeil : mais dans la (touche où s'étend et repose la jeunesse que n'ont point flétrie les ans» et dont le cerveau est libre et pur, c'est là que le sommeil doré règne et se plaît. Ainsi cet excès de diligence m'annonce que vous êtes réveillé par quelque trouble, ou si je me trompe, il faut donc que notre cher Roméo ne se soit pas couché cette nuit.
ROMÉO
Cette dernière coi^ecture est la vraie. Mais mon repos n'en a été que plus doux.
FBÈRB LAURSNCB.
Que Dieu vous pardonne votre faùblesse I Étiez-vons avec Rosaline?
ROMÉO
Avec Rosaline ? Non, mon vénérable père : j*ai oublié ce nom, et c'est un nom fatal !
FRÈRE LAURENCE
Vous dites la vérité, mon fils : mais où donc avezvous été î
ROMÉO
Je n'attendrai pas, pour vous le dire, une seconde question. J'ai été au banquet de mon ennemi, et soudain un objet inconnu m'a blessé et a reçu la même blessure : nôtre remède à tous les deux réside dans le secours de votre ministère. Je n'ai point de haine dans le cœur, homme saint, vous le voyez ; ma prière implore également le salut de mon ennemi et le mien.
FRÀRB LAURENCE.
Expliquez-vous^ mon fils; ouvrez-moi votre cœur.
ROMÉO
Apprenez donc en deux mots que la tendresse de mon cœur est fixée sur la fille du riche Gapulet, sur la belle Juliette, et que son amour s'est arrêté sur moi, comme le mien s'est arrêté sur elle; l'union intime de nos cœurs est déjà formée, et il ne reste phis qu'à nous unir par le saint mariage. En quel lieu et comment nous nous sommes rencontrés; comment nous nous sommes déclaré nos sentiments; comment nous avons fait réchange de notre amour et de notre foi ; je vous le raconterai en détail : en ce moment la prière que je
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VOUS fais, c'est de consentir à nons marier aujourd'hui.
FRÈRE LAURENCE
Par saint François, quel étrange changement ! Rosa- Une, que vous aimiez si tendrement, est-elle donc si tôt abandonnée ? Oui, l'amour des jeunes gens n'est -pas dans le cœur, il n'est que dans les yeux. 0 Dieu I que de peines, que de pleurs perdus en vain pour un amour dont vous ne jouirez pas I Que sont devenus les soupirs dont vous importuniez ma vieillesse ? Vos gémissements retentissent encore à mon oreille ; les traces de vos larmes ne sont pas encore effacées; je les vois encore sur vos joues. Je vous ai vu ne respirer que pour Rosaline, ne languir qu'après elle, et vous voilà déjà changé I Convenez donc avec moi que les femmes sont excusables de succomber, puisque les hommes sont sujets à tant de faiblesse et d'inconstance.
ROMEO
Vous m'avez souvent reproché mon amour pour Rosaline.
FRÈRE LAURENCE
L'extravagance de votre passion, mon fils« et non pas votre amour.
ROBfSO.
Et vous me recommandiez de l'étouffer ?
FRÈRE LAURENCE
Mais non pas pour en reproduire im autre.
ROMÈO.
De grâce, ne me faites point de reproches : celle que j'aime me rend faveur pour faveur, amour pour amour. L'autre n'en usait pas ainsi.
FRÈRE LAURENCE
Oh I c'est qu'elle savait trop que votre amour n'était qu'un vain langage, où le cœur n'avait aucune part. — Viens, jeune homme, suis mes pas. Un motif m'engage à te prêter mon nûnistëre. Peut-être cette alliance sera-t-elle assez heureuse pour réconcilier vos familles, et changer en amitié leur haine invétérée.
ROMÈO.
Ohl je vous en conjure, partons. Je presse les instants.
ACTB BBUXIÂMB 29
FRÈRB LAURBNCB.
HàtonsTiious avec une sage lenteur : trop d'ardeur précipite.