‹ Roméo et Juliette: tragédie en cinq actesChapitre 35 sur 42 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CAPULET, La Signora CAPULET, Ia Nourrice,

LA NOURRICE

Tenez, voyez comme elle revient du monastère avec un visage riant.

CAPULET

Eh bien, fille rebelle, oùavez-vous été courir?

OÙ j'ai appris à me repentir de ma coupable dësobéissance à mon père et à ses ordres. Le père Laurence m'a enjoint de tomber ici à vos genoux (Elle tombe è genoox.) et d'implorer votre pardon; mon père, je vous en conjure : désormais je me laisserai toujours gouverner par vos volontés.

CAPULET

Comte, vous l'avez entendue. Demain se feront les noces.

PARIS

Juliette, ce que vous fûtes me rend l'homme le plus heureus de la terre.

Seigneur, tout ce que peut donner un chaste amour, sans passer les bornes de la pudeur, je vous l'accorde.

CAPULET

Allons, j'en suis réjoui : tout est à merveille : continuez : les choses vont comme elles doivent aller. — Venez dans mes bras, (a nn domestique.) Allez, et dites-lui de venir ici. En vérité, après Dieu, toute notre ville a de grandes obligations à ce respectable religieux. C'est un grand homme. Nourrice, apprêtez toutes ses paru* res. Demain nous irons à l'égûse, il faut j penser.

LA SIONORA CAPULET.

Nous serons bien courts dans nos provisions : la nuit est déjà prête à tomber.

ACTB QUATRIÈME 53

CAPULET

N'ayez point d'inquiétude ; je me donnerai du mouvement, et tout ira bien, je vous le garantis, ma femme. Allez rejoindre Juliette, aidez-la dans sa toilette ; je n^ me couche point cette nuit. Laissez-moi seul. Je me charge du rôle de la ménagère pour cette fois. — Et vous, comte, prenez garde que le sommeil ne vous tourmente pas demain. — Mon cœur est merveilleusement léger, depuis que cette fille égarée est rentrée dans son

devoir. (Tl son avec Paris.)

Bonne nourrice, je vous prie, laissez-moi seule cette nuit : j'ai besoin défaire au ciel bien des prières, pour en obtenir un regard propice sur ma situation, qui, vous lé savez, est pleine d'erreurs et de péché.

LA SIGNORA CAPULET, entre.

Eh bien, êtes-vous bien embarrassée? Àvez-vous besoin que je vous aide?

Non, madame : nous avons fait un choix des atours nécessaires et les mieux assortis à la cérémonie. Si c'est votre bon plaisir, laissez-moi seule maintenant, et que ma nourrice veille cette nuit avec vous : car, j'en suis sûre, tous vos gens sont bien occupés, dans une fête qui se fait si précipitamment.

LA SIGNORA CAPULET

Bonne nuit : allez vous mettre au lit, et vous reposer : vous en avez besoin, (slle embrasse Juliette. La signora Capntet et la nourrice sortent.)

JULIETTE, les regardant aller.

Adieu. — Dieu sait quand nous nous reverrons. (Eiir ferme la porte.) Je seus courir daus mes veines le froid de la peur ; il glace mes sens et mon cœur! Il faut que je les rappelle, pour me rassurer. (D'une toîx tremblante.) Nourrice î — Ah! qu'a-t-elle besoin ici? Il faut que j'exécute seule mon effrayante scène. (Elle te saiiît de la iou.) Viens, fiole. — Si ce breuvage n'opérait aucun effety serais-je donc malgré moi contrainte d'épouser le comte? Non, non; ce fer m'en préservera; toi, repose

ici. (Déposant un poignard à côté d'elle.) — Mais si c'était Un

poison que le religieux m'eût adroitement fourni, pour

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me faire mourir, dans la crainte de se voir déshonoré lui-même par ce second mariage, lui qui m'a mariée avec Roméo... Je crains que ce ne «oit du poison. Et cependant je suis portée à croire que ce n'eu e&t pas : car il a toij^ours été reconnu pour uq saint religieux.

(fiUe s'aisied, et après awir rêvé longteopa.) — Mais quoi? si,

après que je serai déposée dans le tombeau, j'allais me réveiller avant le temps où Roméo doit venir me délivrer?... 0 idée pleine d'épouvante I Ne serais-jepas alors suffoquée sous cette voûte, dont la sombre entrée ne reçoit aucun air salutaire? N'ypérirais-je pas étouflFée avant que mon cher Roméo arrive ? — Ou, si je suis vivante, n'est-il pas vraisemblable que l'horrible idée delà mort et de la mût, jointe à la terreur du lieu, dans ces profondeurs souterraines, où depuis plusieurs, siècles sont entassés les ossements de mes ancêtres, où gît Tybalt, tout sanglant et encore tout frais dans son drap funéraire ; où l'on dit que les spectres viennent s'assembler à toute heure de la nuit... Hélas, hélas I n'est-il pas probable, que moi, trop tôt èveiUèe, dans ces lieux infectés, au milieu des gémissements des spectres, qui, dit-on, entendus des mortels, leur font perdre la raison ?... Ou si je m'éveille, ne serai-je pas dans le délire ? Qui sait si, troublée de toutes ces visions épouvantables, je n'irai pas insulter aux restes de mes ancêtres, arracher Tybalt sanglant de son linceul, et dans mon aveugle démence, m'armant de quelque ossement de mes pères, comme d'une massue, m'en briser la

tête. (Regardant nn coin de sa chambre.) Oh I qUC VOÎS-^e ? IL

me semble voir l'ombre de mon cousin cherchant Roméo, qui l'a percé de son épée. — Arrête, Tybalt, arrête. — Roméo, voici le breuvage. Roméo, je bois à. toi.

(Après qu'elle a bu la fiole, elle chancelle, et va tomber sur le Ut, oÀ elle reste imasobile et sans sentiment; les rideaux da Itt sont fermés»)

▲CTB QUATRIÂMB . 56

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