‹ Roméo et Juliette: tragédie en cinq actesChapitre 8 sur 42 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

La siqnora CAPULET, la Nourrice da JuUettt.

LA SIONORA CAPULET.

Nourrice, où est ma fille? Appelez-la : qu'elle vienne me parler.

LA NOURRICE

Sur mon honneur, je lui ai dit de venir. (ëUtuh it ^dz.) Kh bien, mon agneau! ma mignonne! mon bijou I.... où est donc cette petite fille ? «bUiette?

Qui m'appelle?

LA NOURRICE

Votre mère.

Me void, madame, que désirez-vous de moi?

LA SIONORA CAPULET.

Nourrice, laissez-nous un moment, nous avons & parler en secret.... • — Non, revenez, nourrice, je me suis ravisée : vous serez témoin de notre entretien. -« Vous savez que ma fille est d'un âge raisonnable.

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UL IVOUSBIOB.

Ma fdi je puis vous dire son âge à imeliearBprèB.

Ul SIGNORA OiLPlTLET.

Elle n'a pas quatorze ans.

LA. KUUKKIOB.

Je gagerais quatorze de mes dents (elt & mon grand ciiagrin, il tajA dire qn'il ne m'en reste pins qui quatre) qu'elle n'a pas encore quatorze ans. OcmùAm ayons-nous d'ici au premier d'août?

LA SIGNORA CAPULKT.

Quinze jours au plus.

LA VIOUKRIOE. -

Plus on moins; & quelque jour de Fannôe que Tienne le soir du premier d'août, elle anra quatorze ans. Suzanne et elle, Dieu bénisse lésâmes dirëâennes! étaient du même âge. Suzanne est aTec Dien, c'était une trop bonne fUe pour moi. Hais, comme je disais^ le soir du premier août, Juliette aura ses quatorze ans^ elle les aura, sûr : je me ic rappelle à merveille, if y a à présent onze ans depuis le tremblement de terre, et elle était déjà sevrée. Jamais je ne l'oublierai : de tous les jours de Tannée, c'est ce jour-là, je m'en souviens : car alors j'avais frotté d'absinthe le bout de mon sein; j'étais assise au soleil contre le nmr du colombier; iîgD0r Capulet et vous^ vous étiez à Mantoue. — Ohl j'ai bonne mémoire : et comme je vous disais, dès qu'elle eut goûté de l'absinthe dont j'avais frotté le bout de mon sein, et qu'elle l'eut frouvô amer, la petite follette prit de l'humeur, et ^ brouilla avec le téton ; dans }§ momfiat voilà le colombier qui tremble^ et moi aussi. Ohl il ne fut pas besoin, je vous jure, de me dire de m'enfuir : et de cette épQqpae4àil j a onze ans aujourd'hui. Car aiois elle pouvait déjà se tenir sur ses pieds et aller seule : oui, elle pouvsst, enirérité, courir et rôder tout autour en se balançant sur ses petites jambes : el ea effet, ce fut la v«iâe même de ce jour-là qu'elle tomba, et eBe se brisa le front j et alors mon mari, Dieu soit avec son àme, tétait tm j<^ux eorpsi il r^eva l'enfant. « Ah! oui, <fit41, tu te laiseeB % tomber sur la face, quand tu auras plus d'esprit ts « tomberas en arrière n'est-^ee pas, JiâietteTnK

A€TB PRBMIM& IS

pST ISIotre^Dame, ht x>etite folichonne cessa avssitôt ses eris^etdit': « OuL » Voyez, comme on mot dit par jeu et en riant, devient aujourd'hui une vérité. Oh, j'en réponds, je vivrais mille ans que je ne l'oublierais jamais : c N'«st-ce pas^ Juliette? » dit mon maii : et la petite monreuse aussitôt s'apaisa, et dit : « Oui. »

XJL BI6KORA. CAPULST.

En voilà assez : je vous prie, cessez vos propos.

LA NOUimOK.

Allons, j'ai fini. Que Dieu vous marque du sceau de ses grâces. Vous étiez la plus jolie enfant que J'aie jamais nourrie : si je peux vivre assez pour vous voir mariée, je mourrai contente.

LA. SIGNORA OAPULET.

Et le mariage est justement le ^et dont je suis venn causer avec elle. — Dites-moi, Juliette, ma fille, quelles sont vos dispositions pour le mariage ?

C'est un honneur auquel je n'ai jamais pensé.

LA MOUBBICE.

Un honneur! Si je n'avais pas été votre nourrice, je dirais que vous auriez sucé la sagesse avec le laiL

LA SIOnOEA OAPULET.

Eh bienl commencez d'aigourd'hui à songer au ma* riage : de plus jeunes filles que vous, qui sont ici dans Vérone, des dames très-considérées, sont déjà mères; et moi, je m'en souviens bien, j'étais déjà votre mère à l'âge où vous voilà fille encore. Pour trancher le mot^ le bmve Paris vous recherche pcRir épouse.

LA NOURRICE

C*est un cavalier, ma fille, oh I c'est un cavaUer tel

que le monde entier -^ Oh I c'est un homme feât au

tour.

LA SIGNOBJL CAKTIST.

C'est la plus belle fleur du printemps de Vérone.

LA ■ NOOKHRSK.

Oh I oui, la fleur : oui, la fine fleur.

LA SICmORA CAPULET.

Qu'en dites-vous? Vous sentez-vous du goût pour 4se cavalier? Ce soir vous le verrez à notre fête. Considérez faioi tons les tEBits de son visage, et tous verrez que le

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pinceau du plaisir et de la beauté les a formés. Répoudez-moi en un mot; sentez-vous que vous puissiez l'aimer?

Je le considérerai pour l'aimer^ si la vue fait naître l'amour; mais je ne laisserai prendre & mon inclination que l'essor permis par votre consentement.

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