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Romieu et Courchamps

Par une g:aie matinée d'automne de l'année 1828, M. François Grille, ciief de bureau du ministère de l'Intérieur travaillait avec acharnement. La plume alerlr, il corrigeait les épreuves de son livre Itincraires dr Paris à Genève (|u'attendait l'imprimcui'. Tout à coup une dame «le touiiuiif distiniruée entra dans le calMUct ri, après les salutations d'usau^e, parla ainsi : »< Je suis M'"" Honiicn à hujuelle vous a\ »'/ l)i»Mi \()ulu répondre, MonsitMn-, et je savais pouvoir ('Oinj»t<'r sur xotrc l»on accueil N'oici l'allairc dont il s'agit. J'ai un lils (|ui ni'cml»;irrassc ; il a de Tcsjjril, tic 1 insti'uclion. j»lus de paresse que d'étouiderie, il est piopie à tt)ut et ne tait rien, .le ne \()us dii'ai pas combien celte conduite me désole, poui- l'instant même elle me ruine. NOus me rendiie/ tî^rand ser\ ice en jdaçanl ce mau\ais suji'l. » — « Et coujiuent Madauu'? » — « Comme nous xoudre/ et

OÙ VOUS voudrez. » Quoique bien élevé el malgré la présence d'une élégante solliciteuse, M. Grille se gratta la tète, geste d'étiquette chétive, mais geste naturel. Il était difficile de ne pas éprouver une certaine hésitation à choisir en quelques secondes la voie que devait parcourir un jeune homme susceptible d'occuper tous les postes, d'embrasser toutes les carrières. Le brave polygraphe allait s'en remettre au hasard quand la porte s'ouvrit pour livrer passage à M. le comte de Chazelles qui, de sous-préfet de Lorient, devenait préfet du Morbihan. Pendant cinq minutes, les deux fonctionnaires parlèrent chemins, agriculture, écoles, forets, bâtiments, lorsque Grille s'exclama : « Hé ! mon cher préfet, vous avez besoin d'un inspecteur des monuments, prenez le fils de Madame, il s'acquittera fort bien de ces fonctions. Vous trouverez en lui un littérateur doublé d'un dessinateur; une fois le pied à Fétrier, il marchera parfaitement. Nommez-le. » ^ Intéressé par cette proposition soudaine, Chazelles ne refusa pas, il prit des renseignements, soumit son décret à Decazes et quelques jours plus tard, Romieu était pourvu.

Recrue peu ordinaire que faisait l'Administration ! François-Auguste Romieu était né le 16 septembre 1800 à Paris", rue Pavée n"* 12, de Antoine-

1. Fr. Cirillo: Le Bric à-Brac, Paris, 1853, t. II. Je laisse à Grille la responsabilité do celte anecdote (jui tnan(|ue (rexaclitude. Eu 18:28. le coinle de Chazelles ne venait pas dtHre nonuné i)réfet du Morbihan, puisqu'il l'était depuis le \2 août 1818.

2. Et non le 17 comme l'iniprinient les bioi^raphies. L'acte de naissance de Romieu se trouve aux Archives nalionales dans son dossier de préfet F'b 1 172".

Alexandre Romieu adjudant-général des armées de la République et de Ilenriette-Marguerite-Augustine Moulé de la Raitrie. A l'âge de cinq ans, il perdit son père dans un drame mal éclairci. Le shah de Perse Feth-Ali, implorait le secours de Napoléon alin de tenir tète aux envaliissements que hi Russie et la Turquie méditaient contre ses Etats. Les ouveilures étaient trop avantageuses pour rester coi. L'Empereur envoya d'abord Amédée Jaubert, savant orientaliste, (ju'il appuya j)ar Tadjudant-général Romieu, ancien aide de camp de Championnet, ex-ciiargé d'affaires auprès de la République des St'pt-Iles. Rcru h merveille par le souverain, comblé de présents, l'ollicier sortait à peine de ïéliéran qu'il fut saisi de douleurs atroces et mourut soudain sur la route, pendant (jue son attaché fra[)pé du même mal parvt'nail à sauvci- ses jours. On rainena le cor|»s au palais du shah (jui lui éleva un tombeau princier, ri malgré les certitudes d'cmpoiMiimemcnl, pei-sonne ne pul jamais découviir l'auleui' de ce ciime '.

Auguste Romieu. seul lils de hi \ielime, fui uns pai" sa Fiièi-e au collt-ge Ileiu'i 1\' oîi son imagination simph', son inlellig<*nce \ivace, st>n liMvail facile h* hreni juiser par ses maîli'es, landis qui' M)n ann)Ui*«Ie la rt'ci »ation, sa large dose »le sel atti(|Ui\ son humeur gauloise caplivaienl l'amitié do ses camarades. Parmi eux, s(» trouvaieni Ni>>ard, .Mé/,i»'res, .Vlfretlde Waillv et .Montalivet ; ce dernier que sa pairie hérédilairo

l. l..';nljU(ianl-^«'iu rai noiuieu ost l'autour »lo VFloijc historique du fjcncral Cliampionnct paru l'u la» .XI el reimpriiiiv on 1S43.

prédestinait aux honneurs du Luxemboug promettait à tous ses condisciples un appui qu'on ne manquait pas de lui réclamer. Seul, Romieu ne demandait rien, il rêvait d'être soldat. Le retour des Bourbons tombait mal pour alimenter ses rêves d'épopée, néanmoins il entra à l'École polytechnique le 23 octobre 1819 avec le numéro 43 sur 82 élèves, suivi un an après par Montalivet. La réception était assez brillante, la sortie le fut moins. Non admis par le jury de classement à passer en première division, Romieu jugea que la qualification de fruit sec était aussi inutile que le titre d'ingénieur pour réussir dans la vie et le 17 août 1821, il donna sa démission. La bonne instruction militaire et les hautes sciences mathématiques dont on l'avait farci à l'École lui servirent à débuter... dans une manufacture de cristaux'. Le désir de ne pas abandonner Paris où habitait sa mère était, paraît-il, la raison lui dictant ce choix. Ne faut-il pas y ajouter le goût des lettres et le besoin de fête qui commençaient à s'épanouir en lui.

La première manifestation littéraire de Romieu fut un à-propos intitulé Pierre et Thomas Corneille qu'on donna au Second Théâtre français le 6 juin 1823. Trois mois plus lard, le Gymnase dramatique représentait son Bureau de loleriCy petite pièce en un acte parsemée de quelques jolis couplets qui produisirent bon effet, et malgré les coupures que réclamait la critiqua, le nom des auteurs fut proclamé au milieu de nom-

1. Ecole polytechnique : JAvre du centenaire, Paris, 1897, t. III. Archives de L'Ecole. G. Guénot : M. Romieu et ses œuvres, Paris, 18.J3.

breux applaudissements ^ MM. les Professeurs du collège Henri IV eurent la satisfaction de contempler les fruits portés par les excellentes leçons qu'ils avaient enseignées jadis, car les fabricants de cette comédievaudeville étaient leurs deux anciens élèves Mézières et Romieu, lesquels ne semblaient pas pour l'beure engagés sur la voie glorieuse des grands classiques. L'année suivante, l'Odéon jouait le lo janvier lS2t Molière au théâtre, comédie en vers libres dont la conception parut un peu trop fragile. « Il fallait compter sur toute l'indulgence d'un parterre national — disait le Corsaire — pour hasarder dans une telle solennité, l'anniversaire de la naissance de Molière, une si légère bluette. » Quelques jolis mots effaçaient la nullité de l'action et l'embarras de certaines figures, aussi les vainqueurs furent-ils nommés sans obstacles. Car Romieu s'était adjoint Baillard pour composer cette médiocrité ; erreur particulière à bien des écrivains (jui devraient pourtant savoir (|ue dans toute collaboration la pièce est de soi lorsqu'elle réussit et de Wuftre lorsqu'elle tombe. L'Odéon, probablt'iiH'nt à cause de sa proximité avec l'Ecole polytecliiU(jut', restait la scène préférée du diab>giste;le II juin !82i, on y jouait sa nouvelle oomédi»' en deux actes l'Adjoint et f avoué, et le l*'' janvier 182'"» Apollon II ou les Muses à Paris, vaudeville cju'il avait écrit avec Fenlinaml Langlé. L'année {H2{j voyait édore un opéra-boull'on le Xereu de Monseigneur^

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