Général du Barrail : Mes Souvenirs, t. III, Paris
IlOMIEU lU'J
(juel((ue raison lui iinputt3r cell<'-là. » Tel n'était pas l'avis (lu Charivari liouieux d'assénor des coups répétés sur son manne(juin (12, 28 et 213 janvierV II assurait que celui-ci figurait le Bonaparte du Journalisnne et que l'Elysée venait de lui promettre une ambassade. La feuille était mordante et bien informée. Homieu abandonnait provisoirement le Napolron dont l'existence ne devait |)as se prolonger au dcdà du vingtième numéro, et se voyait cliargé d'une mission extraordinaire dans les départements du Ilaul-llliin, Has-Rbin, Doubs et Jura. Il jtrit aussitôt la poste, accompagné des soubaits du ministre et des épigrammes du Charivari (li février 18.^0) rapportant (ju'un oratc'ur babile doit adopter l'accent du pa\s dans bMjuel il pérore et (jue Romieu ne cessait de répéter le long du cbemin :
Zdrîisbourgeois,
« Clie viens lui nom du brinze Honal)urde fous l'aire ^[onnailre les proiiiiores doiizeurs de l'ère des Zézars! u
A peine M. ren\()\('' sp«''cial eut l'ail-il dans son nouscau i()le (|u nue lettre anoin me parNcuail au ministère de l'Intérieur ' :
in f,«vri<T ts:.(V
« Le gouvernement se déshonorerait s'il dt>nnail un emploi important î\ l'intrigant Homieu. ('."est l'homnic li' plus pervers et le plus immoral »|u'on puisse imajiiner. Il s'est fait mépriser partout où il a élc. il a Irompt' sa femme indignement el
I Ai\hnrs Sutiotudes K'» I ITi".
celle-ci, après avoir payé trois fois ses deltes de débauche, a été obligée de se séparer de lui en justice, quoique mariée sous le régime dotal.
a Jugé indigne et incapable de gérer les biens de sa femme, comment pourrait-on le charger de gérer les affaires de l'Etat ? Donnez-lui un morceau de pain, mais ne lui confiez pas l'honneur et les intérêts de la France. 11 a déjà une pension. »
Cette missive pleine de vérités au point de vue domestique, provenait évidemment d'un parent ou d'un ami, mais son auteur oubliait qu'on peut être un déplorable époux et un parfait administrateur. La dénonciation n'eut par bonheur aucun effet, et Romieu s'acquitta sans incidents de sa tâche. Sans incidents, non. Le grand-duc de Bade lui conféra la croix de commandeur de l'ordre du Lion de Zidiringen, à la joie du Charivari (4 mars) qui gouaillait « Le grandduc vient de fonder l'ordre du Hanneton de Baden- Baden et de nommer Romieu grand-croix... — On prétend que le lendemain on a trouvé un monsieur étendu dans une des rues de Nassau avec un lampion sur le ventre. » Deux ou trois autres petites feuilles appuyèrent la plaisanterie, mais la plupart des journaux importants se bornèrent à signaler le rôle du diplomate, et le Constitutionnel ne s'y appesantit pas. Or le Constitutionnel éidiii avant tout favorable à Romieu puisqu'il appartenait au D' Yéron.
Singulier type que ce Yéron ! Gros, laid, commun, jouisseur, gourmand, inventeur du tourne-dos, curieux de lettres et d'arts, intelligent, spirituel, retors, riche par la pâte Regnault souveraine contre la toux, médecin par diplôme de la faculté, fondateur de la
Revue de Paris, directeur de TOpéra, il était le prototype le plus complet des bouffissures bourgeoises. Au commencement de 1850, le Président fort désargenté recherchait l'appui des journalistes influents, il jeta donc les yeux sur le Constitutionnel, propriété de Véron, quotidien possédant une grande iniluence. et Véron tout lier de se transformer en favori du prince, céda vite à ses avances. Il lui apportait un bon appoint d'écrivains habiles, de satiristes viveurs et de femmes remuantes, dont en Mécène rusti(jue il formait son entourage. Pléiade un peu frivole, un peu légère, mais utile néanmoins pour répandre ses idées et cribler de traits les représentants iju»' le peuple venait d'envoyer à la Chambre avec la mission de la réveiller, de l'exciter ou de Tendormir.
On résumait ainsi l'Assemblée Constituante^ :
l'ami i les neuf eenls fortes tètes
Qui siègent au Palais-Bourbon On rencontre un Pigeon, un Mouton, un Chapon, In (irillon. un Freslon, un Haudet. un Houril«>n.
Sans foiujder beaucouj» ilaulres bètrs.
Kt (juand le Comité centra! dthnocratiqur t»ut fait réussir les candidatures do Vidal, Carnol, Flotte, Louis Blanc, Proudhon <'l aulrt'S iconoclastes qui gangrenaient les éh'cteurs de leurs déclamations vides et sonores, on dédiait aux socialistes ce sixain iMîcore d'actualité' :
1 îe Corsaire. 13 mars 18J0.
i le Corsaire. 16 mars 1S30.
Vous qui coinplez l'aire ripaille
Après la mort du capilnl,
De voire admirable trouvaille
Voici le résultat final :
Les pauvres mourront sur la paille
Et les riches à l'hôpital.
Véron qui, malgré sa vanité triviale, était plein de finesse, appuyait cette mitraille avec les batteries du Constitutionnel. Ses amis Cassagnac et Romieu, de talents différents, lui prêtaient une aide efficace ; le dernier avait repris la plume comme du temps où il luttait contre les ultras, comme du temps où il chansonnait sur les tréteaux parisiens. En cette matière son expérience n'était pas vaine, puisque le théâtre représentait un facteur sérrieux dans les actes de l'opinion. Ce mouvement avait été d'abord tiès légitimiste, ou mieux très royaliste. Les théâtres de Paris se mirent carrément à faire de la réaction ; la censure ne les gênait pas beaucoup, elle les encourageait au besoin et le public les y aidait. Tous les soirs les républicains battus dans la journée à l'Assemblée étaient mis en pièce sur trois ou quatre scènes différentes. Sur ce terrain-là, il y avait unanimité ' ».
Semblable aux Incroyables de 1795, la jeunesse bourgeoise de 1849 et de 1850 allait applaudir bruyamment ces spectacles où l'on fouaillait maintes utopies républicaines. Les auteurs qui ridiculisaient les vingt-cinq francs obtenaient le même succès que
1. Jules Ricliani : Comment on a restauré V Empire, Paris, 1884.
ceux qui raillent aujourd'hui les quinze mille. Le Vaudeville, le Gymnase, les Variétés connaissaient de larges recettes avec les pièces épisodiques et les revues peu agréables au parti démocratique. Après la célèbre œuvre de Clairville : la Propriété cest le vol, on courait entendre la Foire aux idées, les Grenouilles qui demandent un roi, la Fifi d'une république et, l'ancien préfet ne se sentait pas de joie lorsque le Palais-Royal représentait les Latnpions de la veille on les Lanterties du lendemain.
CHAPJTRE Vni
Pour grands que soient les présidents de République, ils sont ce que nous sommes Malp^ré son
arrivée au pouvoir, malgré les événements qui lui souriaient, le prince Louis-Napoléon vivait au milieu des dettes et des besoins pécuniaires. Il fallait qu'il répondît aux exigences de sa famille et qu'il pourvût à l'existence de ses amis ; sans argent, le problème est difficile à résoudre. On ne doit donc pas s'étonner de lire dans les Papiers secrets: et coiTespondance du second empire une note ainsi libellée : « Promesse à M. Romieu s'il obtient l'adoption du plan Hittorf : Cent mille francs^ ». Si le bénéficiaire ne touclia pas cette somme, espérons qu'il acquit un plantureux dédommagement lorsque les frais de représentation de la présidence furent portés à trois millions. La Gbambre ne vota pas aisément cette augmentation et les journaux débordèrent de plaisanteries sur le cbef
1. M. lliltorf, architecte des Champs-Elysées, avait présenté en 4852 un projet pour rédilication de la salle Napoléon au carré Marigny. Ce projet n'aboutit pas et M. llittorf fut chargé, pour compensation, de présider aux embellissements du bois de Boulogne.
de l'État et ses familiers. La Mode (15 mai 1830) annonçait — encore ! — que Romieu allait recevoir le ministère de la Police, mais (ju'il ne pouvait accepter, craignant trop les déboires. Le Charivari s'en prenait au directeur du Constitutionnel. « Après Louis XIV et Agamemnon, Ton ne vit jamais rien de plus majestueux que Mimi Yéron ; les vrais amateurs assurent même qu'il éclipserait Agamemnon si, au lieu d'une hotte chinoise, il avait pris l'Iiabitude de porter chez lui un casque de pompier. » On raillait le faste étalé par le prince; on se gaussait des champions (jui avaient participé jadis aux tentatives du prétendant. Le Charivari du 29 juillet racontait que le fameux aiirle de Boulo""ne avait été saisi, mis en vente et acheté par un limonadier d'Arras (jui ferait jouer Toiseau dans une partie de hilhird le lo août Ainsi l'aigle devenait une poule.
Le 4 août paraissait un article sur les Loups de mer df FEh/sèc où d'après le journal, Homieu, Colimard, Hrillaull, Jac(juier allaient prochainement passer la i«'\in' Av la llolte à Cdierhourg. Le 0 août, on aj>prrii;iil la réflexion «l'Auguste à nrilVaull : <« La situation ne (irnl plus (|u'à un coup de fourclu'lte ! » et le chapilr»' renfermant cette phrase s intitulait ironiquriiM'iil VEre des traiteurs.
l*our compi<Miilr«' h* pcrsillage, il faut savoir tju»' Homieu venait «le ji'ter un mol en faveur «le la cause bonapartiste, (ihe/. les libraires, un pi'lit livre s'étalait portant sa signature et pour titr<» V Ere des Césars. Au lieu y\v l'analyser mal. j«' profère citer ces extraits
qui demeurent aussi justes en 1912 qu'en 1830 :
« Je me demanderai toujours, jusqu'à ce qu'on en vienne à l'application de la forme parlementaire dans les actes sérieux et ordinaires de la vie, quelle est la singulière cause de démence qui pousse à l'appliquer dans les choses du Gouvernement. Je n'ai jamais vu qu'on essayât de confier la direction d'un navire à une assemblée et je sais bien pourquoi ; c'est que le navire et l'assemblée sombreraient à deux lieues du port... De même il n'est venu à l'esprit de personne de mettre un régiment sous le commandement d'une commission. Le régiment serait battu par des gardes nationales (page 19).
« 11 y a une tendance actuelle du pays à mépriser ce qui vient de la parole et à tenir en haute estime ce qui vient de l'action. Les années qui se sont écoulées depuis l'Empire nous ont appris la valeur des discours. Nous avons vu aussi en juin 1848 quelle était celle des canons. Entre les canons et les discours, le choix me paraît fait, à moins que mon pays ne soit incurablement fou.
«Dans cet état où je vois les esprits, je me demande quelle est la probabilité d'avenir et je ne puis l'imaginer que par la comparaison des temps anciens aux temps nouveaux. Il me semble traverser une phase toute semblable à celle où nous entrons lorsque, à partir des temps de Cinna, je relis l'histoire de Rome.
« L'étude simultanée du présent et du passé m'a donné cette croyance (ju'il y a un moment d'extrême
civilisation chez les peuples où l'issue forcée est le césarisme (page 29).
c( La république n'est, à vrai dire, depuis la chute du Gouvernement provisoire qu'une sorte de palier sur lequel chacun se repose dans l'ascension du raide escalier qui nous conduit h l'inconnu. Tous les partis s'y arrêtent recueillant des forces nouvelles (page 140).
« Les hommes ont des respects de deux sortes ; pour ce qui est saint et pour ce qui est fort. L'élément saint n'existe plus dans ce siècle, l'élément fort est de tous les temps et lui seul peut rétablir l'autre. C'est pourquoi j'ai plaidé le procès de la force dans ce livre qu'on pourra trouver brutal, mais j'ai voulu dire un mot de vérité » (page 200).
On se doute que ces maximes ne plurent izuère aux journaux libéraux. Eugène Pelletan écrivait dans la Presse du 8 septembre IH'iO :
« Si M. Romieu ne croit (ju'à la force, pourcjUDi s'adresse-l-il à ma raison ? Ma raison est corrompue ainsi (juc sa raison. 11 ;i l'ail un arlicb' tir ï\A\v ni deux cents pag(»s, ri je lui réponds par un aitich^ dr folie (Ml douze colonnes. Puisque la pensée esl ci rruiet la force \érih\ il n'avait pas besoin de in'einDveison ouvrai^e, il n'a\ail (ju'à me lir»'r un coup de pistolet »
Lisons le Corsaire des 10 septembre el 2'.\ octobre :
« M'"" F... (jui fait collection d'airs nou\tMu\ pria M. i^MMianl Laite de lui vendre VEre (ies Césars com-
posé par M. Romieu. « Cet aii\ lui répondit le « célèbre éditeur n'est point encore noté chez nous, « mais il doit Tètre à la police. »
« Paris s'imagine volontiers que M. Romieu mène Texistence insipide d'un biscuit de Reims. « Il est « toujours trempé dans du Champagne » disent les esprits qui ne s'arrêtent qu'à la surface. Non, il passe homme grave... Il va donner un pendant à VEï^e des Césars, ce sera YEi^e des Hannetons. »
Le Constitutionnel lui-même trouva que son collaborateur allait d'allure exagérée, il épilogua en distribuant néanmoins quelques éloges. Dans un article du o septembre le critique se demandait si le cri d'alarme de notre Jérémie conservateur n'était pas un dangereux éveil donné à l'ennemi. Par son exagération de douleur, l'auteur ne faussait-il pas tous les tons, de peur de manquer tous les effets successifs auxquels il aspirait? Historien du passé, ne cherchait-il pas à paraître trop général pour ne pas sembler superficiel? Prophète de l'avenir, ne pleurait-il pas pour faire oublier qu'il avait été l'homme le plus gai de France?
Louis Yeuillot envoyait ces mots au polémiste : c( Il y a un certain accent aux bonnes choses que vous dites qui ne peut faire à personne autant de plaisir qu'à moi. »
Parmi ces cris de guerre, on se figure Romieu casqué, botté, brandissant un sabre de cavalerie et prêt à fondre sur les masses rouges. Oh! que non. Il déposait souvent la plume de fer qui lui servait à
écrire VEre des Césars, et grilTonnait d'un crayon alerte des billets vierges de toute politique ' :
.1 M. Car lie?', préfet de police.
Mon clier prélel,
« Je vous procure une bonne fortune. Notre amie, M'"" Cerrilo, me demande un mot pour vous, aûn de hâter la signature du passeport dont elle a besoin pour Londres. Je lui ai promis que vous seriez gracieux, et je crains que vous ne dépassiez ma promesse. »
Votre tout dévoué
ROMIEC.
L'ancien préfet recommandait toujours avec empressement les jolies femmes et celle-ci ne dépareillait pas le lot. Fanny Gerrito, alors àt2:ée de vintrtneuf ans, était une des plus ravissantes danseuses de rOpéra, et son charme ensorcelant Tavail fait surnommer In (/Kd/rirniP grâce. Aussi, pour de telles solliciteuses, Homieu se mettait-il en frais (Tamahililt'S, de gfénérosités, <le prévenances, de petits soins, leur adressant des Heurs, leur ollrant des soupers lins dans les i-eslauranis célî'hn^s cju'il connaissait autant (jue le liullctii( dr^ lois. l*ar inallieur, il se prenait (jU(d(|uefois à ses pi-opres lilels. l'ii soir, après un fèle-à-téte en une baignoire de IWinlniiU terminé par une visite à un calV' fameux, l'infatiiTaMe viveur rentrait à pied, l(US(|u"il faillit (*nMtuter dans lespèi-e do ravin dont les ingénieurs venaient il'orner le bou-
\. (lolitM'lion (lo l'auteur.
levard Saint-Martin. Paris-fondrière existait bien avant le pavé de bois et le Métropolitain. « Ficlitre ! s'écria le noctambule en se relevant, on devrait bien mettre là des garde-fous. » — « Des gardes-soûls, citoyen Romieu, » riposta un titi qui passait « Tiens, tu m'as déjà vu? » — « Oui, c'est moi qu'ai été vous acheter le lampion qu'vous avez posé tout allumé sur l'ventre d'un d'vos camarades ». — « Le diable emporte ta mémoire! » Il y a mille chances pour que cette anecdote soit fausse, puisqu'elle fut racontée par la Mode du 21 septembre 1850, et je crois plus vraisemblable celle lancée par la Chronique de Pains (17 juillet 1851).
Véron ayant offert un grand dîner diplomatique où se trouvaient ses commensaux ordinaires et plusieurs notabilités du jour, Roqueplan, alors directeur de 1 Opéra témoigna son désir de fermer son théâtre durant l'été. Le ministre Faucher qui était présent prit la mouche et dit d'un ton sec : « Tant que je serai au pouvoir, vous ne fermerez pas l'Opéra. » Roqueplan s'inclina : « J'attendrai le mois prochain. » Ce trait renouvelé, je crois, de Mazarin et d'un seigneur spirituel amusa beaucoup les invités présents, les hommes d'État comme les autres. Quelques jours après, Romieu rendait compte de cette soirée à un sien ami de passage à Londres et lui écrivait : « Il y avait six ministres, total six cuistres! » Rachel qui obtint l'original de cette missive, se lit un malin plaisir de lui donner toute la publicité possible, aussi les rapports du signataire avec certains déten-
ROMIEU lil
leurs de portefeuilles furent-ils désoruiais assez froids. Il n'en advint pas semhlablement vis-à-vis du prince Président, au contraire.
Louis-Napoléon ne cachait pas sa prédilection pour Roniieu dont il appréciait l'intelligence claire, la finesse malicieuse, les connaissances nettes; il aimait cet esprit vif moins rêveur que le sien, et se divertissait aux aventures gauloises de son partisan. Un sourire éclairait son masque froid quand Viel-Castel médisait :
« Romieu était l'amant de M™** Liadières, il a été supplanté par Molènes, l'écrivain de la Reçue des Deux Mondes, mais, comme ces dames du faubourg Saint-Honoré et du faubourg Saint-Germain, en congédiant le l^omieu, la Liadit'res lui a écrit : « p]n (juitlanl vos bras, je me réfugie dans ceux de Dieu. ^) Et b' j)auvre Homieu, par naïveté ou par ainourpropi'e, dit à (jui veut l'entendre : « AI"'" Liadières s'est jetée dans bi haut»» dévotion »
Il souriait <Mi('or«» à ces sarcasmes du iiiém»' Vi«'l- Cast.d :
« N'éion, le grand Vt'i-on occupe à Autcuil b» cbàteau (b' bi TiubMit', il \ lient table ou\«Mi«'. il n joue au grand seigneur ('/est un<' morgue, une luuiflissure une exagiM'al ion d'iniportanrc (jui b>nl st)nb>\rr b' Cd'Ui'. bcs innnslrcs ne croient [)as pou\(ur se dispenseï' d'aller ebe/. le (\fnstitutionnel incarm''... Véron a (juatre gentiisbonimes cbargt's de biire les bonneurs ib» sa r«''sidenee, ce sont Homieu, .Malitourne. (lilbert des Voisins »»t Millol le ebef de i)nreau an\
i^2'2 ROMIEU
Finances... Apres dîner on joue au creps, et tous prennent part ou assistent au jeu de Véron Louis XIV. »
Le caustique narrateur avouait cependant paraître à ces dîners d'Auleuil. Il y allait causer littérature avec les habitués et c'était pour lui ré^al exquis lorsque chacun débitait des vers de son poète favori, Didier de Marot, Romieu de Corneille et Véron de Musset. La politique venait à son tour sur le tapis ; si le maître de maison s'irritait un peu contre le prince qui manquait, trouvait-il, d'égards et de politesse dans ses relations avec lui, la plupart des convives manifestaient des sentiments dévoués pour Louis-Napoléon. On annonçait déjà que Romieu allait être nommé préfet de la Haute-Garonne, on colportait le texte de sa proclamation en arrivant à Toulouse : « Que les bons se rassurent et que les hannetons tremblent \ » Il était nécessaire que l'intéressé se montrât digne de la faveur gouvernementale. Le moment s'offrait propice. En province, les démocrates agressifs arboraient le drapeau rouge aux cris de Vive la sociale ! ils portaient des toasts frénétiques, propageaient des brochures incendiaires et ne dissimulaient pas les forces de leur parti, les exagérant à plaisir. Un Comité central avait divisé la France en cinq grandes régions où les troupes révolutionnaires préparaient leur armement et s'organisaient sous la surveillance de chefs avertis. Toutes ces élaborations effrayaient