‹ Romieu et CourchampsChapitre 28 sur 54 · I.c niari|ni> ilo lloronger · texte numérisé non relu

I.c niari|ni> ilo lloronger

et l'on enregistre les lois de la chaleur, mais on ne trouve pas (juelle est la cause de la chaleur, comment elle échauffe, comment elle produit sur nos orp^anes cette sensation par laquelle la cause a pris le nom de reil'et... Là sont pourtant les grandes questions (jui, résolues, expliqueraient tout le reste. Mais l'analyse n'y peut rien et c'est pourquoi ces questions dorment. La synthèse n'est à l'usage que des vastes cerveaux, elle seule cependant pourrait éclaircir le dédale où la multitude incohérente des faits a égaré de nos jours la marche des sciences physiques. Toute

cette armée d'observateurs est sans chef )>

A coup sûr, les lecteurs regrettèrent l'autre manière de l'auteur, celle de l'Odéon ou du café Hardy. Elle avait du moins le mérite de la gaîté. Devant cet étalage scientifique, le Charivari lui-même se tint coi d'étonnement.

CHAPITHE VU

Que Romieu écrivît en style doctoral, en prose administrative ou en vers 2:aillards, (|u'il travaillât dans la Haute-Marne ou s'amusât à Paris, jamais le Charivari ^maljjrré son silence précédent) ne manquait de signaler ironicjuement ses praticjues. C'était une véritable feuille de Nessus. Le numéro du 5 juin 1845 prétendait (jue son éternel soulTre-douleur venait d'adresser au ministre de la Guerre un mémoiiv

sur un nouveau ()rocédé pour détruire les saute-

ndles. « Le gaillard a rinsectophobie, disait-il. Les sauterelles vont le dévorer connue les iiannetons, à moins (ju'elles ne l'épargnent en ([ualité de fonctionnaire du Juste Miiit'U. On se doit bien (|uel(|ues ménagements entre sauteurs » Plaisanterie à répétition (jui iir portail pas juscju'aux gouvernants, puis(ju«' pai' ordonnance ro\ale du » jan\ i«*r iSlT Homieu était nofnuh* jin'frt d'Indre tM-Loire, le pays des pruneaux et des lillrttes Mais Tours était aussi la ville où na(|uit (labritdb' d'Kstrées, et ce galant souveinr n«' pouvait laisser insensi!>li' l'ex-amant de Pomaré. Un C(rur de quarante-six ans. même s'il bal

SOUS l'habit brodé de j)réfet est encore parfaitement capable de vibrer. Les nymphes de la Loire n'ont-elles pas toujours eu la vertu de réveiller les plus mornes par leurs chants et de disperser les mélancolies?

Au commencement de janvier 1848 il donna un soir rendez-vous à Charles Bocher chez son intime le marquis de Bérenger. Le but était de faire un tour au foyer de la danse de l'Opéra et d'y conduire le maréchal Bugeaud avec lequel Romieu était fort lié. Le héros fut exact comme un militaire, on partit et le préfet qui se trouvait plus à Taise dans les coulisses que sur une estrade de comice agricole, présenta au vainqueur d'Isly les plus exquises ballerines. Cet essaim de jolies femmes intimida tellement le guerrier qu'il en demeura interdit et dut, contrairement à ses habitudes, battre en retraite. Tel est l'efTet de ce qu'on voit pour la première fois. Moyennant un peu de constance , le maréchal eût sans doute nargué vite le péril et supporté le feu des prunelles avec autant d'intrépidité qu'il affrontait celui des Arabes.

Cependant le Mane Thecel Phares se dessinait lentement à l'horizon de la monarchie constitutionnelle. Les trois mots fatidiques étaient précédés de tous les symptômes qui annoncent le cataclysme, de tous les signes avant-coureurs du bouleversement. C'étaitl'affaire du ministre Teste et du général Cubières accusés de concussion, l'un ayant corrompu, l'autre s'étant laissé corrompre pour une somme de cent mille francs, (j'était l'assassinat commis par le duc de Piaslin. C'étaiontles attentats contre le roi. C'étaitladisparilion

de son É^érie, Madame Adélaïde . C'étaient les banquets populaires où tournait la broche réformatrice dont les assistants espéraient bientôt se faire une pique. L'orléanismené de la Révolution allait mourir de la Révolution. Dans leurs rapports, les préfets signalaient les voies d'eau de la galère gouvernementale, mais personne n'était capable de les obstruer. Avec son intelligence clairvoyante, Romieu jugeait sainement la situation ; on faisant allusion aux repas de la rue, il disait : « J'ai bien peur (jue le peuple ne tire la nappe avant le dessert. » Plein de pliiloso|)bie et lidMe à sa tàcbe, il ne négligeait pas j)lus ses devoiis d»' fonctionnair(M|ue ses obligations de \iveur, munlranl avec quelle merveill<His<î facilité de liavail, avec (|U(dle singulière faculté d'inluilion administrativi», il paivenait malgré ses absences use mettre au courant des grands InlériMs de son département. Parfois il a\ail, à son esprit défendant , (jU(d(|ues l'éminiscences de son i<'une passé et subissait l'iidlucnce des xicitics lïabitmb'S. Visitant un jour les df-pcndancrs d«' sa jii't'IrfluiT. il s'annis.nt à iaiic causeï* !«' jardiiiit'i" (jui. jiour dtumer une liaule idcr de ses connaissaiircs hotaimiucs. «miuméi'ait coinplaisaiiinit'iil Uiutrs 1rs jdanli's du jai'din et tb's séries conliées à sa diiccl loii supréuii' : v. N ous a\ e/. aussi, iiit<'i rompit Koniicu. te hinot/irrint/i 'fifffintrimi? » — « ( IcrtainrnHMi! , iin)iiM('ur le Pitdcl, ('iM'tamciiirnl 1 » — « \\\ Itii'ii ! j»» sei'ai bit'H ais«' «If !<' \ OH' di'inaMi quand je sciai un jifu moins press<5. »'

1 . Vicomte tl«» nojiumonl-Vassy Les salons de /'«ni.v et ta sociéli* parisieiuie sous Louis l*hilippe /•'. Paris. I86r».

Le 24 levi'ier 1848, la tempête révolutionnaire emportait fleurs, toits de préfecture et chapeau à plumes. Romieu rentrait dans le rang des contribuables ; bien mieux, il figurait dans celui de la garde nationale, légion débonnaire et tapageuse, composée de vaillants héros de comptoir qui, gagnés aux idées réformatrices, acclamaient Thiers et Odilon Barrot. « Ces bons citoyens auxquels, après Juillet, on persuada qu'ils seraient quelque chose dans l'État protestent chez tous les marchands de vin de leur soif immodérée de réforme. Jls chantent à plein gosier la Marseillaise dans tous les corps de garde. Sur toutes les places publiques ils proposent aux insurgés leurs fusils et leurs munitions. La milice bourgeoise intervertit les rôles, elle s'excite au désordre et à Tapaisement. Les insurgés la mettent à leur tête et criant comme elle : Vive la réforme ! A bas les ministres ! ils s'efforcent de paralyser l'action des troupes, en jetant l'incertitude dans leurs rangs. Partout où des factieux mal engagés vont être battus ou dispersés par des municipaux ou par la cavalerie, la garde nationale se présente l'olivier à la main. Elle fait office de missionnaire de l'humanité; on la voit, gonflée de sou importance et superbe de médiation, distribuer à tout venant des baisers Lamourette. » '

La compagnie de Romieu envoyée à la barrière Rochechouart comptait à peine le tiers de son effectif. Ce (ju'il y avait à redouter, c'était moins le tir des

1. Crétincau-Joly : Histoire de Louis-Philippe d'Orléans el de l'orléanisjne, t. Il, F^aris, 1863.

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insurgés (jue la maladresse des hommes. Dans la rue Lepellelier où s'établit la troupe au point du jour, il fallut expulser un des bourgeois-soldats dont le fusil chargé était parti deux fois tandis ({u'on se tenait l'arme au pied. Et ce camarade danizereux ne se trouvait pas le seul à craindre.

L'anarchie avait beau jeu avec de pareils bataillons, elle n'eut pas grand mal à démolir le trône, à délivrer la patrie en danger et à rendre le peuple souverain. Souverain de qui? Souverain de (|uoi ? La déroute royale était complète; Louis-IMiilippe et les siens ne semblaient laisser aucun regret derrière eux, l'indiirérence les protégea mieux dans la fuite que les précautions et les travestissemeiUs. Magistrats, députés, fonctionnaires, générau.x, ffignireiit de s'incliner devant l'arrêt du sort, la plu[Kiit déchus de leurs emplois se plaignirent de cette deslilulioii pres(jue un larcin, cl tous se déclarèrent aussi ré[iu- Idicains (jue les housingots de la veille KcMuieu montra [dus de dignité. Il se r«'lira iiiodrsicincnl à Paris dans un petit appaiieiiKMil , '.). nie NDli-e-Damede-L(i|-elle, doim a sa démission du .K)('k»'\ ( ".liih. s\)c- (•U[)a (h' ses deux enianls, et iccoui iil à la littérature pour oublier les folit's [lopulaeii'res (jui s't'laiaient. La licrur (les Drtt.r .]fo/i(/r^ du i" tiimeslre IS18 [•ubliait une eriliiiiie de lui siii- Mihlrril Vtnnon, ouvrage anglais iiiipiiiin'' receiniiienl , et. et)!!!!!!!' (n\ gagne iai-enienl le suimmIIu el jamais le lu-cessaire «Ml se livrant aux lellies, l'ancien prj'fel deinamlail la li<|uidation de sa reliaili» (jni se montait à 3.0:^3 francs.

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Il n'y avait pas là de quoi ollVir des soupers succulents aux déesses, même à celles de la liberté écloses avec le nouveau pouvoir. Au reste les nuits joyeuses paraissaient évanouies puisque le jour de gloire était arrivé. Le régime démocratique s'alliait mal au régime épicurien, les turpitudes des parlementaires étouffaient la gaîté si française des viveurs et jamais on n'a vu des bonnets pbrygiens voltiger par-dessus les moulins.

Pendant qu'une dizaine d'hommes déguisés en gouvernement proclamaient l'égalité sociale et la paix indéfinie, pendant qu'on réunissait avec des hurlements les éléments vagues d'une république, pendant ces jours d'extravagances, de faux enthousiasmes, de rêves communistes et de dictature sans dictateur, Romieu demeura trancjuillement à l'écart, soit par prudence, soit par dégoût. Soudain les abeilles bonapartistes apparurent sur la mare oii coassaient les grenouilles révolutionnaires et l'espoir renaquit. L'élection du prince Louis-Napoléon à la présidence dissipa les nuages, notre invalide en profita pour réclamer encore sa pension et faire remarquer ses infirmités contractées au service. Le 7 juillet 1849, il envoyait au ministère de l'Intérieur un certificat de trois médecins constatant chez lui une hypertrophie du cœur « d'où résultait un état valétudinaire pour le malade ». Cette affection influençait assurément ])eu le moral du patient, attendu (ju'il conservait tout son esprit dont les éclair^ sillonnaient une nouvelle brochure : Dr C administration sous le rêfjime rr/nildicain.

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Dans ce livre, Fauleur voulait montrer à quel point (rincoliérence arrivait l'administration française lors- (jue son orig-in(i s(î compai'ait aux faits du moment.

(( Il se peut, écrivait-il, qu'un préfet essuie certains déboires personnels en se voyant refuser des améliorations (ju'aucun des membres de l'assemblée ne se refuserait ;i lui-mrme dans sa propre maison. Je cite, en ajoutant (}ue le conseil général de la Haute-Marne en a ri avec bienveillance, ce passage de mon rapport à la session do 1844 : Ceiii' d'entre roits rjui /tourraient craindre de ma part de>i tenlutices de ln.rp, seront, je crois, rassurés en apprenant (jjiil 711/ aipie deux tables de jeu et an seul oreiller dans toute la préfecture . »

Il ex[)li(juait plus loin conmit'iil t'onipicndrc les devoiis de ses anciennes fonctions : a I^e résumé complet du s\slème d'administi'alion (jui i«'i:il la Ti'ance, c'est le piM*fet. I^n lui se concenli-ent tous It^s pouvoii's de 1 l']|;it, loiile la foi'ce inoi'ale du [ia\s. toutes les libei'les inuiucipales des coinnunn's HepiM'sentanl \aii('' des dniM's principes (jiic la ic\ olulion de i7(S!l a 1m"(»\(''S ensemble jtour en composer un lii'and loni i|ui esl 1 iniih' liancaise. il l\)iiiie à lui seul le SN inbole de tlciix ri-snllals j>iinci[tan\ de celle r(''\ olnl ion, resnllals lanl piaiujues (jur If monde nous en\iail. Kn !iia>>e la puissance rapide d inipulMoii. en (b'iail le respect mimiliciix di'S droits..

« Perdu peiulanl (|iiin/.e ans dan> cft abiiiii' de 1\miclions iimlliples, je nCn suis pas \enu an pomi de les rann'er dist incteiiient s«uis mes \rn\ (dicrclu'/, cl

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quel (jue soit le point oii votre imagination touche, lorsque vous sortirez du cercle des intérêts privés, vous tiouverez toujours le préfet. Noble et magnifî((ue mission, tant elle est compromettante. »

Enfin il philosophait sur les événements : « C'est au milieu de ces aveuglements (scandales de la fin de Louis-Philippe) qu'a lui le rapide éclair de février. Terrible orage qui servirait d'enseignement si l'expérience était pour les nations autre chose qu'un mot. On en tirera du moins cette conséquence qu'à part les théories politiques dont le changement est une affaire de siècles, il y a dans un tel mouvement l'invariable nécessité des secousses d'intérêts généraux. Ce que les idées de 1789 avaient laissé d'utile et de grand dans le résumé qu'en fit Napoléon, c'est-à-dire l'unité française, doit s'écrouler s'il n'arrive l'appui d'une main forte. »

La main forte était là; elle appartenait au possesseur du nom magique, au prince Louis-Napoléon que 0.334.000 suffrages venaient de porter à la présidence. Une telle élection marquait la fin des hâbleurs de club, des gens de désordre, des nullités et des médiocres, qui poussaient le peuple à la révolte, vn faussant toutes ses notions du juste et du droit. « 11 est évident, disait Alphonse Karr, que la classe laborieuse voudrait bien ne pas travailler ! » Les ouvriers toujours naïfs écoutaient la voix des meneurs qui les lançaient contre les patrons, les sociétés faisaient appel aux intérêts, aux passions, la Chambre nommée en mai IHil) rcnrerinait une tourbe de tacticiens

ilUMlKL' il"

(rérneute prêts à fomenter la révolution sociale, et pour empoisonner cette écurie d'Augias, un terrible lléau enlevait cent mille êtres à la France. C'est avec raison (jue le Corsaire du 17 septembre 1849 jetait ce (juatrain

Lan passé la Itéftublique Aujourd'hui le choléra, Ah ! prince, quelle boutique Vous présidez là.

L idée napoléonienne impréiinail encore le cei'veau et troublait les iiiiaginations, elle était dans les traditions de famille, dans les gloires militaiies, dans les monuments ; aussi lors(jue la majorité exbuma ses reli({ues, (die préféra sans bésilation la redinuole grise aux lo(|ues républicaines. Louis-Napoléon fut élu parce (|ue son nom rap[)elait l'autorité et ijue l autorité était le besoin généial.

Homiru (jui s<» ralliait complètement à la politiijue du Pi'ince, ne cachail [)as ses espérances. Déjà plusieurs de ses auiis décrocliai«'nl des timbales bi«'n garnies Laul()ur-Mt''/.«'ra\ . son compagnon de folies, incorrigible galantin porlaid beau, if cbapeau gris légér«'m»Mit inclin»' sur rorcilb', un imnmabb' camélia à la boulonniirt*. reparaissait sui" le boulesard en triompiiateur. Collègu»* «le Komieu «lans ladministralion, il Jivaitété sous-préfet de Joigny à une époijue où la société jovinienne s'était mise à jouer «lu lamboui' pour se distraire, u Le curé' et nnd, disail-il, nous avons dû v passer comme les autres atin de ne

pas sembler des gens inférieurs, seulenienl de crainle de scandaliser nos ouailles, nous battions de la caisse dans nos caves \ » Le prince Louis le nomma préfet d'Alger et son arrivée là-bas fut accueillie gaîment. C'est le Charivari du 26 novembre qui l'assure.

(( Les gamins vendaient dans les rues pour un sou des camélias en papier à l'usage des personnes peu fortunées... Le cortège qui se dirigea vers le port se composait de 22.000 personnes et de 22.000 camélias. On lui adressa un compliment de bienvenue et Lautour- Mézeray répondit en arabe : Hyoup 1 Hyoup ! Hyoup ! la Catarina ! ! »

Moins vite nanti d'une place que son compère, mais probablement tranquille pour l'avenir, Romieu soutenait de sa plume habile la cause bonapartiste. 11 collaborait en sourdine SiuNapoléofi, nouveau journal hebdomaire dont le premier numéro parut le 6 janvier I8o0. Dans cette feuille, on trouvait « avec un ardent amour de l'ordre, des lois et de la sécurité générale, le concours ferme et modéré qu'on devait prêter aux idées et aux sentiments résumés par l'élection du 10 décembre ». Les rédacteurs politiques de ce moniteur de l'Elysée étaient Belmontet, Hippolvte Bonnelier et Brilfault frère du spirituel auteur ingurgiteur. « C'est à tort qu'on y comprend Komieu, disait la Chroniçue de Paris (30 janvier). Celui-ci est un garçon d'esprit et de sens (jui a fait dans sa vie de trop bonnes plaisanteries pour qu'on puisse avec

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