Alplionse Karr : Le livre de bord, t. 1, Paris
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atomique suffisait juste à mainlenir son ran^ de chef parmi la coliorte Je bamhocheurs incertains Ju jour et Ju lenJemain qui parfois lançaient (juelques lueurs dorées par l'usure et l'escompte. Désireux avant tout de jouir Jes plaisirs que la Providence met bénévolement à portée de notre main, Romieu appartenait à cette race d'èlres orsranisés pour les cueillir, mais chez lesquels la fortune contrarie ces voluptueux penchants. Plein de philosophie, il narg:uait l'opulence et le confort bourgeois qu'elle octroie, c'est à lui (|u'on doit le mot percher, véritable terme exprimant l'incertitude et le vague Je son logis J'alors. Le vauJevilliste A. (h' Hochefort r«'v»'naiit un soir du Palais-Hoval aperçut devant lui un lam[>ion mobile djms l'obscurité et reconnut bientôt Homieu (jui avait placé cette lumière sur son chapeau. « Drôle de tenue pour sortir ! » lit Hochefort. « (Jue voulez-vous, répontlil le promeneur, je ne trouve plus J»' propriélaire qui consente à iin' faire crédit ri j'illumim» sur moi. » — <( Mais où demeurez-vous <Ionc ? » — u Je ne demeure plus, j'habitr un liacre (|ui «^sl là, h' n" \'2'2. \'oilà trois nuits (|in> j'v coucIh\ il est loué pour cin(|. Le cocher est un cliai-manl garron. Donnez Fiion adresse à mes amis. »
Ce Diogène parisien n'n\ ait pas toujours la possibilité d'être locataire d inu' rhambre Fuéme à (|uatre roues, ('erlain malin, il Iranrhissait la porte d'un élablisseiiHMit th' bains Deux h«'ures après, il déléguait chez un collJ'gin' df iroirailh's un «'ommissiomiiur»» avec le billet suivaiil :
« Je suis en gage dans une baignoire. Si tu ne m'envoies pas de quoi payer mon bain, je passe à l'état de poisson. Je sens déjà les écailles qui poussent sur mon dos. »
Il est probable que Tami expédia la somme réclamée et que Romieu évita cette fois d'être cuit au court-bouillon.
Si rimpécuniosité a beaucoup de désavantages, l'un des principaux c'est de noircir les qualités aussi bien (jue les défauts; avec elle les qualités paraissent toujours petites et les défauts toujours grands. Voilà pourquoi M™^ Romieu se lamentait de voir son fils vivre une existence nomade dont elle ne prévoyait pas la fin ; voilà pourquoi elle résolut un jour de l'en arracher. On a lu au commencement du chapitre comment elle s'y prit et comment M. Grille eut la chance de lui rendre service en s'adressant au comte de Chazelles. Le 20 novembre 1828, Auguste Romieu était nommé Conservateur des monuments du Morbihan. Amusé, le public prétendit que le nouveau fonctionnaire soupant un soir chez Gobillard, fameux restaurateur, avait eu soudain une inspiration, qu'une voix secrète lui révélant la présence d'un tumulus en Basse-Bretagne, il en avait donné avis au ministre de l'Intérieur et que celui-ci l'avait aussitôt bombardé conservateur de cet amas de terre. Les petits journaux ajoutèrent à son nom celui de Caïus-Tumulus et alléguèrent que depuis bi découverte de la vieille sépulture, son amour de l'antiquité se développait au point de ramener les bacchanales. Exagération !
Malgré la situation d'un pays placé un peu loin du Grand Vatel et des Nouveautés, Roniiou rej^ag-nait son poste salué par cette phrase du Monileitr : « Une telle mesure qui attache à l'Administration des arts un ancien élève de l'École polytechnique connu en outre par des succès littéraires, aura l'excellent effet d'assurer la garde et la durée de tous les monuments intéressants (jue renferme la circonscription morhihannaise. »
Un Gouvernement trouve toujours moyen de justifier ses nominations ; dans le présent cas, on ne voit cependant pas très bien le rapport pouvant exister entre des menhirs et les tables du café Gohillard, entre les druides et les actrices de TOdéon, mire l'histoire des Gaulois et les œuvres d'un auteur qui ne se bornait pas à composer seulement des vaudevilles. Car Romieu apri's avoir édité «mi 1S27 un volume de Proverbes romantiques coiiteiianl sept petites pièces en un acte, publiait ensuite un (^mhfjoiirmand puis un ('ode ciril, manuel eoinjdel de la politess<v Pour ces deux livi'es. il s'adjoinnil ll.-i\. Raisson comme collaborateur et e'«''tait c\idemment ('«dui-ei (|ui éeri\aif dans le premier
ou\ rat^e : « Noti'e ami Abtd 11ul:o prend après
elia(|ue r(»p;is son calV' sans sueie dans une tasse (|ui sei\ naît au besoin de soupière à dix j)eisoimes. {\rc\ lera di'esser les eliexcux sui* la trie du spii-iluel et joNeux Romieu, le seul L^ourmand (jui ne Imixt» jamais ni eal"»' ni Ii(jueui' » (lelle afiirmalion pouvait dcMMiir une lorl utile rétérenet» aupiJ'S du ministre
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de rinlérieur dont les bui'eaux avaient inspiré la note flatteuse imprimée dans le Moniteur. Il était indispensable que le proté^ié du comte de Ghazelles fit lionneur à ces élop;es, aussi crayonna-t-il bientôt une scène de mœurs sous ce titre : Un possédé en /(9i\^, étude qui parut un peu plus tard ^ La voici résumée d'après le récit de Romieu.
An<i,'ers renfermait alors un possédé nommé Touffreau, tisserand à la Cbapelle-Rousselin. Hébergé par des personnes crédules, il était visité par une foule de gens et certain jour Romieu se rendit avec le procureur du roi à l'une des séances. M. V..., démonomane distingué, était le grand pontife de cet étrange temple. Tout fier des surprises que son art allait faire naître, il s'approcba le sourire aux lèvres, conduisit Toulïreau par la main jusqu'à la fenêtre devant laquelle se balançait une carafe pleine d'eau. « Invoquons, s'écria-t-il, l'esprit tuteur ! )> Après une courte pause, il se retourna vers le possédé, plongea des regards de flamme dans ces yeux bébétés et au bout d'un instant dit Iriompbalement à l'assemblée : « Il y est ! » Ce qui signifiait : « Le démon se trouve là ; soyez tranquilles. Messieurs, vous ne serez pas venus pour rien. » Cet bomme était bien beureux ! Saisissant ensuite la dextre du patient, il commanda d'une voix tonnante : « Parle ! » « Que voulezvous? » répondit Touffreau de ce ton llùté que prenaient les masques au bal de l'Opéra. V... jeta sur