‹ Romieu et CourchampsChapitre 42 sur 54 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Désormais M. le comte de Gourchamps devenait un homme à la mode, c'était non seulement lui mais surtout son livre qu'on invitait. Epris de chronique, le public naïf ou simplement curieux dévorait alors l'histoire des régimes antérieurs servie chaque année par tranclies. Toute une pléiade de faussaires habiles poussée par les libraires faisait parler de façon prolixe et fantaisiste les personnages disparus et capables d'intéresser grâce à leurs commérages. Les mémoires apocryphes de Constant, de Bourienne, de M'*' Avril- Ion, de Ja marquise de Pompadour, de M"'"" du Barry, de Louis XVIII, de Fouché, de Richelieu, réussissaient également sur la foule, pourtant aucun d'eux n'obtenait le succès des Souvenirs de la marquise de Créquy. On en parlait dans les milieux littéraires comme dans les cercles financiers et les salons du noble Faubourg, chacun les avait lus et nombre de gens voulaient en connaître l'auteur, le remercier ou s'attirer ses bonnes grâces pour de nouvelles éditions. Car le rusé généalogiste savait jouer de la vanité humaine. Il immolait sans rémission et sans grâce

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les personnes qui lui déplaisaient et rien ne pouvait le faire rétracter son jugement, par contre, il violait sciemment l'histoire en l'honneur de ses amis rt [irati(juait un systrme assez simple pour rendre les politesses reçues. Spéculant sur la gloriole, d'un hait de |)Iume il inscrivait le gentilhomme ou la duchesse sur la liste des seigneurs et dames présentés au roi et lui accordait l'entrée des carrosses de Sa Majesté '. La comtesse de Faucigny-Lucinge citait à cet éganl d'amusants ti'ails d'orgueil. Mais commr il est diflicile dr salisf'airt' (oui le monde ! Cerlaint- pimhèche dont un ascendant a\ail. prétendait-on, pt''ri jadis sur la roue, st; consumait de ne pas voir son non» rangé parmi les autres. Henconlrant un soir Courchamps dans une maison tirrce, cil»' lui adressa la parole d'un aii* pincé', aiguilla la conNcrsation sur !•' sujet (|ui lui tenait au ('(eui" et linit par dire : u IN'ulètre ignorez-vous, M{)nsieur. (|ue mes jincètics a\aient , bien avant ITI.'î, le di-oii aux caii-osses du loi ? » -- « .Non, Madame, non, i(''pondil I inlerpidl»'- a\ ec calme, je sais j)arlailement (jue I un d'eux eut int-iue le pii\ ilî'ge d èii'e lir('> à (juali'e cliexaux. •>

Les l'oNalistes annaieiil aussi l'entenilii' nai rer ses aventui'es persomielh's ijue, sans dmite. il ampliliail à plaisir : « Pendant l«'s trois (iloiMenses, laeonlail il. j'ai vu sur la place du (!airous«'l. apri-s le pilhige des Tuilei'ies, une longue lohe lamce de Madam»' la Dauplnne. ainsi (ju'une soutane \iuletlc de l un «Miue dller-

l I-i>t»' publico ilan> 1' i i". \ de:» Souvenirs (édition 1842).

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mopolis agrafées sur deux gros chiens qu'on fouettait pour les obliger à s'enfuir et courir les rues. J'ai vu le corps d'un émcutier que ses compagnons avaient établi sur le fauteuil du trône et sous le dais royal. Voilà l'origine de la royauté du 0 août qui voudrait faire de l'ordre. »

Les financiers de la Chaussée d'Anlin se délectaient à ses récits des bals donnés par leurs collègues. Il excellait à imiter les ladies baronness et marchioness qui envahissaient les salons de MM. Hopeet Rotschild où les plus jolies valseuses de Paris récoltaient force coups de coude : « Il y a progrès, disait Coure liamps, l'hiver dernier c'étaient des coups de poing dans le dos ! »

Les gens de lettres l'écoutaient avec satisfaction mordre les bas-bleus pour lesquels il avait une antipathie tenace. Avec une mimique originale il déclarait : « Me trouvant à Londres, un jeune Français imberbe se déguisa en femme et se présenta dans un salon où M"^ de Staël était invitée et où personne ne la connaissait. La fausse Corinne enchanta toutle monde et la véritable se présenta le lendemain. Stupéfaction de la maîtresse de maison (jui voit entrer une autre personne que la veille, d'allures masculines, habillée de façon étrange. « Vous venez un peu tard, fait-elle « courroucée, nous avons l'honneur d'être liés avec « M"'^ de Staël qui est une fort jolie femme tandis <( (ju'on vous prendrait plutôt pour un homme, aussi (( Madame, je ne puis que vous conseiller sérieuse- « ment de vous retirer au plus tôt! »

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Vers 1830, on roncontrait Courchanips surtout cIkîz la comtesse Curial, veuve du général de ce nom et fille du comte Beuij;nol. Ayant des goûts littéraires et artisti(|ues assez fins, cette aimable hôtesse rendait sa maison délicieuse par la manière doni «die savait recevoir ses intimes uniquement recrutés dans la bonne compagnie. C'étaient le comte Beugnot bien entendu, Roger de Heauvoir, M"''' de Saint-Mars, Henri Beyle, Jules de Saint-Félix, le comlt' Horace de Viel-Castel, Courchamps, etc. Ces deux derniers étaient ennemis décdarés et d'égale force de bec. A cba(|ue dîner du mercredi, ils ne niancjuaienl jamais de tirer l'un sur l'autre tout en afiectant mille égarils. I^a bouche en cœur, souriant aimablement, ils se criblaient d'épigrammesqui clia(|ue fois égratignaienl la viclime, et comme ils avaient le même sa\ oii-x ivre, lien n't'lail amusaiil autant (jue ces escai'moucbes. Un étranger (jui ne h's aurait pas connus, jmuvait croire (piils se disaient des doufeui's. Coureliamps avait un second adx (Ms;iii-e : l{e\h^ Stendhal, bien supéi'ieni' à lui coinme ('ci"i\ain, mais d'une comersation beaneoui» moins j»i(jnante Ils ne se laissaient lien passer et se picolaient sans C(»ss»\ au grand régal (le la coinlesse ('niial (jui se jilaisait à les exciter. Je ne rt'Siste jias à citer nne »''piti'e (jne celle ci i"ece\ait un jtun" (le Coni'chainps, (|UtM(juc Knlile ('pilr»* ail paru dans Y lulrnurdidirr drs Clwrclieurs indt'ceinhre I8!)7) :

'27 docoiuhre 1834.

Vous m ave/ ciril. Madame. In plus rliannanlo «'l la plus

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aimable lettre du monde ; charmante pour tous, aimable pour moi, c'est là ce que j'en aime le plus, mais si spirituellement et si gracieusement tournée que M"""^ de Sévigné n'y ferait œuvre. J'aurais eu l'honneur de vous en remercier plutôt (.sic), mais on disait à votre porte que vous arriveriez à Paris pour le 30 décembre et c'est par M. Roger que j'ai su le contraire. Je vous assure que ses notices ont de l'agrément et du succès C'est bien écrit, dans le style tempéré ; il y a de l'esprit, il y a de la bienveillance, chose que j'admire et que je ne comprends pas quand il est question d'un orléaniste tel que M. Villemain et d'un bonapartiste tel que M. Maret de Bassano. J'aime mieux des trous que des taches à mes habits; j'aime mieux les républicains que les orléanistes ; je ne vous parlerai pas des bonapartistes et vous sentirez la délicatesse de mon procédé...

Point de nouvelles que vous n'ayez vues dans les journaux ; si ce n'est la chronique médicale de M. de Talleyrand dont voici Ihistorique : Mademoiselle Adélaïde l'avait fait venir aux Tuileries pour le chapitrer sur son refus de retourner à Londres et pour tâcher d'en triompher, ce dont elle se flattait vaniteusement, car elle est très confiante en elle, attendu qu'elle est une sotte. Refus persistant, débat opiniâtre et paroles fâcheuses de Mademoiselle, en ayant l'air de tourner la plainte en prévision de traîtrise. Le diplomate a voulu se lever pour s'en aller et n'a plus trouvé ses jambes. On a été forcé de le faire porter dans sa voiture et M'"" de Dino l'a fait mettre au lit (on n'a pas dit que ce fût dans le sien !), l'excès de la colère lui a donné la fièvre, ce qui ne l'a pas empêché de vouloir aller dîner chez la duchesse de Montmorency qui donnait un banquet superbe à son intention. La nièce, en femme prudente, est restée chez elle et dans la seconde antichambre en arrivant l'oncle est tombé, patatras ! sur le nez, sa canne d'un côté, son chapeau de l'autre et le bas du visage enfoncé dans sa cravate au point de n'y rien voir en se relevant. M""*^ de Valençay en a pris une attaque de nerfs, ce qu'on a trouvé de fort bon goût. Son mari s'était esquivé, ce qui n'est pas approuvé, généralement du moins ; on a couché M. de Talleyrand sur un canapé du salon ; la duchesse de Montmorency ne s'est pas mise à table et tout le monde a mangé du bout des dents. Charmant diner dont les BaulTremout disent des merveilles. A présent, Madame, vous croyez peut-être que M. de

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Tallejrand n'en relèvera pas ? Et moi je vous assure qu'il n'y parait plus. Dieu nous le conserve. (Il veut absolument aller à Vienne.)

Je désire et j'espère que vous ne tarderez pas à revenir a Paris, Madame, et si vous avez à Mouchy autant d'humidité qu'il en fait à Paris, je m'en afflige pour vous. Je crois que si vous vous teniez dans votre chambre à coucher, votre nouvel appartement vous semblerait plus agréable, car cette pièce est tout à fait satisfaisante, mais je comprends bien le désapointement {sic) qu'on doit éprouver en quittant des lieux où l'on a aimé et soulïert. « Aimer c'est être inquiet » dit Saint-Augustin. Bonjour, bon an, .Madame.

{sans signature].

Roger (le Beauvoir, l'un des familiers de la comtesse Curial, prisait fort Courcluimps (jui lui avait mis la plume à la main II lit de l'auteur des Souvenirs un dessin curieux vl v joiiTiiit ces vers en lui envoyant son ouvrage le Café Procojic ' :

A vous centenaire marquise Vous qu'il faudra que chacun lise Encore dans (juatre-vingls ans Si l'on veut se mettre à la piste De tous ces petits riens charuiants Kl de ces coquets aizréiucnts Qui iigurent dans votre liste !

Avec l'âge des grand'mamans.

Avec vos petits rubans roses.

Vos grilTons. vos iuélauit>r[ihoses, Vous valez, mieux que leurs romans !

Vous contez en prose légère Un siècle bit'ii léucr eu loul.

Siècle amusant, lieureuv surloul, Et dont le i)laisir fut ralïair ■

1. I.u C/n'oniquc illuslrée, 4 octobre 18«")vS. (.•■ . i.t.juis a *■[>• iipiiduil dans V Intermédiaire du iO lévrier llHl. Le Café l*rocope parut on juillet 1^35.

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Des méchants l'ont guillotiné !

Mais vous nous l'avez redonné Avec sa joie et ses fiiiblesses, Vous par tant de lecteurs élu Tâchez que mon livre soit lu Par vos ducs et par vos comtesses.

Courclianips pouvait se féliciter des progrès de son élève, mais il en avait une autre dont il fut le guide éclairé. C'est la comtesse Dash qui s'essaya dans tous les genres et réussit dans tous agréablement ^ Son goût la tourna d'abord vers les souvenirs historiques et le roman qu'elle publia comme début reflétait par un style attrayant les habitudes, les usages de jadis. Avec raison elle avait réclamé pour son essai l'aide de Gourchamps qu'elle nommait « une douairière de Fancienne cour », et voulant remercier le maîtrepasticheur, lui dédiait ce premier livre : le Jeu de la Reine imprimé en 1839. M"'° de Saint-Mars n'avait pas encore fixé l'orthographe de son pseudonyme, car le volume portait pour nom d'auteur : la comtesse d'As/i, rehaussé ainsi d'une apostrophe qui allait bientôt disparaître. Sur la page initiale, on lisait cet hommage :

A la marquise de Créqwj.

A vous centenaire marquise Vous qu'il faudra que chacun lise

1. Villemessant (Mémoires, t. I) prétond lurine que les Galanteries de la cour de Louis XV par la cotntesse Dash valent les Souvenirs de la marquise de Créqwj : « Il y a autant d'esprit et plus de cœur, écrit-il, la couleur du temps est toute aussi tranche et plus élégante peut-être, w

Enoore dans quatre-vingts ans Si Ion veut se mettre à la piste De tous ces petits riens charmants Et de ces

Dial)le ! Ces vers ressemblent singulièrement aux précédents ! Ils en sont même la copie exacte, sauf une légère variante dans les deux derniers. M""^ de Saint-Mars écrivait :

Vous de tant de lecteurs élu Prenez mon livre, il sera lu.

Partageons marcpiise et comtesse.

Cette poésie «le M"" Dash ayant paru en 1839 et celle de Beauvoir datant d»' 1834, il faut Int'ii confesser (jur la dame se |)arail dt-s plumes du poète et qu'aux attacin's unissant déjà ces deux personnages, s'ajoutaient en oulif des linis litl«''raires.

On jut'lciidail (ju«' Courciiamps a\ail gagné GO. 000 francs avec les Sonrr?iirs, bénélice (jui lui [M'i'iiicthiil (Ir sacrifier à sa manie de collectionneur Son appartement situ»' sur la nie au second étage de I liolel de .MaNcuce élail un \rai ca|ihai*naiim où s'entassaient des faïences, des porcelaiiU'S, des cristau.x. (les liuurines, des rocailles, des mairols. des émaux et mille antres objets cjui \audi*aitMil aujourd'bui des pri.x fous. Qutd(jues ji»lis meubles en bois «le rose servaiiMil île sii'ges, la cbeminée de sa cbambi'e s'ornait <l une pendub* i*eprésentée par un élépbanl de Saxe l't deux consoles soutenaient de ravissantes lerres-euiles Le plus eurieuxde ce musée

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était certainement le propriétaire. Assis une partie du jour dans sa couche à baldaquin et à plumes, il se coillait d'un bonnet à rubans attachés sous le menton et portait un vieux tartan semblable à quelque caraco de portière ; des feuilles de papier gisaient sur les draps, un encrier chinois se dressait au coin de la table et des taches d'encre révélatrices maculaient ses manches et son couvre-chef. Vous eussiez juré voir une vieille femme de soixante-dix ans. On raconte que ne le connaissant pas, M. de Durfort vint lui faire visite et demanda en entrant : « Madame, pourriez-vous m'apprendre où est M. de Courchamps "? » Un autre visiteur interrogea d'un air effaré : « J'ai besoin, madame, de parler à M. de Courchamps, auriez-vous l'obligeance de me dire où je le trouverais ? » La pseudo-douairière ennuyée de recevoir ce fâcheux lui répondit avec un sang-froid superbe : « Mon Dieu ! monsieur, je suis désolée, vous ne le trouverez plus maintenant, il est allé se faire enterrer ! »

Roger de Beauvoir fut pris aussi et comme il manifestait quelque stupéfaction : « Ne vous étonnez pas, expliqua Marins, de me voir ainsi accoutré, je ne saurais travailler autrement. » C.ombien délicate pour l'auteur cette habitude d'incarner le personnage qu'il veut ressusciter ! Passe encore lorsqu'on écrit les Souvenirs d'une vieille dame, mais quand on retrace les Mémoires d'un âne '? L'ancien gamin de Saint-Servan s'était complètement transformé en marquise de Créquy. Une malice de singe animait

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son visage au menton proéminent, sa bouche au rictus pincé était sans cesse prête à s'ouvrir pour distiller des sarcasmes. Dans son lit, ses manières de s'arranger, de regarder, de remuer, pimentaient encore ses discours. Il branlait la tète en parlant, faisait mille contorsions à la Santeuil, roulait des yeux et chantait d'une voix nasillarde des flonflons légers du win*" siècle. L'illusion était complète. 11 avait des couplets comme celui-ci :

C'est la petite Thérèse Qui voudrait du chasselas Elle en va chercher chez Biaise Mais Biaise n'en donne pas

dont le refrain était:

Elle s'en va mordre à la grappe A la grappe du voisin.

Et cet autre :

La meunière d'Orléans Est d'es[)ièj;le mine Elle a deux jolis sacs hlancs Tout blancs de i'arine (jui de vou.s aciièlcra

Les sacs à la

A la meunière.

Par hi f'aroii donl il inicrprélail ('(»s airs «'I b's rommenlaires inipa\ ablcs (jiiil \ ajoulail, les au«lihHirs riaient au.\ larmes et rcusst'iil écouh' jKMidanl dc.^^ heures sans se lasser '.

1. Cointcsso Dasli ; Mfitunres <l('S autres, 1. IV cl V. Uo«er do

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Ses amis et ses disciples — il en avait — venaient presque chaque jour, à Thôtel de Mayence et plus tard aux Néothermes, recueillir ses anecdotes et ses épigrammes. Avec des grâces exquises, un air hénin, la houche en cœur, le petit doigt en crochet, dans un langage Régence, il entreprenait une victime et la retournait comme une araignée tenaille une mouche prise dans sa toile. Sachant tout dire et tout faire passer, même les plaisanteries les plus fortes, il conservait non seulement le fond mais aussi la forme de ce qui se perd chaque jour. Il racontait à Roger de Beauvoir : « Avez-vous lu la relation du hal de lady G... dans la Mode"! Cette pauvre lady croyait encore qu'il y avait à Paris des femmes frôles ne vivant que de spiritualisme et d'éther. Elle a donné une fête magnifique dans son nouvel hôtel de la rue Saint-Honoré. Le coup d'œil était magique, celui du buffet surtout... Oui! Il a fallu le renouveler jusqu'à vingt fois. Les danseuses invitées par elle, n'étaient que des familières du château ; elles se sont jetées avec une frénésie inconcevable sur les babas, les brioches, les viandes froides et le Champagne. Le bal finissait, que la femme de certain chef de division en était à son troisième turbot; oui, monsieur, elle a

Beauvoir : Les Soupeurs de mon temps, Paris. 1868. Comte Raoul de Croy : Etudes et croquis biof/tHiphi'/ues, Paris, 1877. Il arrivait aussi à Marius des aventures désagréables. B. Jouvin a écrit dans la préface des Portraits contemporains de Jacques Heynaud (comtesse Dasli). Paris, 18j9 : « M. de Courchaiiips, cette nianiuise de tant d'esprit ([ue M. Genin a étranglée un beau jour dans son lit à baldaquin, à l'aide de ses deux grosses mains rouges de pédant en colère. »

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soupe trois fois au budot, la divine créature ! Qu'on vienne nous dire après cela que l'ordre et la paix ne se consolident pas chez nous î »

Cette malice que prisaient tous les amis de Courcliamps grésillait parfois d'étrang^e sorte. Notre écrivain avait un voisin, le marquis de Jumilliac, enrasré racleur de violon. Par malheur. Marins ahhorrait la musi(|ue cjui Tagaçait, le crispait, lui donnait des attaques de nerfs. Il aurait bien déménairé, mais son logement lui convenait et puis, dans un nouvel appartement, il pouvait trouver deux instruments au lieu d'un. Mieux valait donc chercher un movt'n de dégoûter M. de Jumilliac de sa malheureuse passion. Voici ce (ju'imagina Courchamj)S. Il lit imprimer un petit avis aux amateurs de violon ainsi conçu :

« M. \v marquis de Jumilliac a inventé une colophane d'une espèce j)articulière. 11 en dislrihue gratis un morceau à toute personne (jui vient à son domicile rue . n " . . et (jui en fait la demande. »

Dès h' lendemain un monsieur sonne chez M. de Jumilliac et présente sa re(juète, le violoniste le croit fou et le met à la porle; un second arrive, puis un iroisième. puis un (jualrième, bref une procession (jui réclame : <( Ln peu de coluj)hane s. v p. ? » Au houl de <juaranle-huil heures le mar«|uis parlait pour la campagne et, \\ son l'elour. il ;i\ait le violon en horreur '.

Nonohslanl son l'sprit, son t'rudilinn, et surtout la

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