‹ Romieu et CourchampsChapitre 43 sur 54 · Revue aneciioliqut\ !•' au 15 mai · texte numérisé non relu

Revue aneciioliqut\ !•' au 15 mai

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publication des Souvenirs, la popularité de Courchamps ne dépassait pas le cercle restreint des gens du monde ; elle ne parvenait pas à la foule comme celle d'Alexandre Dumas. Pour remédier à cette infériorité il songea à lancer un nouveau livre, et l'année 1838 vit éclore les Nuits de Berlin, suivies dun Tableau général du protestantis?ne en Europe et dans les missions protestantes, par l'Éditeur des Souvenirs de la ?narquise de Créquy. L'ouvrage en deux volumes in-8° énonçait comme suscription sur la couverture : Imitées de l'allemand de Schneider. Ce fut un désappointement général ; on s'attendait à quelque travail aussi piquant que le précédent, il y avait un abîme entre les deux. Le public surpris eut été stupéfait et même exaspéré s'il avait flairé l'imposture. C'était une simple traduction de l'allemand qui peutêtre ne provenait pas de celui dont elle portait le masque. Personne heureusement ne s'en aperçut alors, mais déçus dans leur attente les lecteurs commencèrent à lapider leur idole. On rappelait l'humble origine de l'historien breton, l'emploi de domestique qu'il avait dû remplir, ses rapports ambigus avec la police, les fonctions modestes qu'il occupait vraisemblablement chez la comtesse Fanny de Beauharnais, etc. Vagues allégations î Si Courcliamps avait été petit secrétaire de cette dame, il se montrait du moins reconnaissant vis-à-vis d'elle. Par la bouche de M"'* de Créquy, il disait dans les Souvenirs (t. VU, édit. 1842).

« C'est la femme de France qui cause le plus

agréablement et qui parle le mieux, avec une correction noblement naturelle et facilement élégante; c'est la personne du monde (jui s'entend le mieux et qui réussit le plus sûrement à ménager tous les amourpropres, en évitant de les flatter aux dépens de sa véracité qui est admirable ; je vous assure que ses innocentes manœuvres en ces occasions-là sont une cliose curieuse à considérer. Supposez qu'on vienne quêter auprès d'elle un compliment littéraire et que sa conscience ne lui fournisse aucune manière à félicitalion, elle liésile en rougissant comme une jeune fille, elle cbange de pliysionomie, on ne la reconnaît l)lus ; mais si les j)rétentions reviennent à la charge, elle a l'air de demander excuse de son impolitesse, et ce (ju'elle se met à répondre est si judicieusement et si obligeannnent tourné, si liiicinent dit, si liitMiveillant et si parfaitement juste surtout, (jut' l'auteur de ce méchant ouvrage et ses lecteurs présents, en sont également satisfaits, (juoicju'ils soient d'un ;i\is diamétralement opposé sur le mérite du livre en question. »

Voihi une apprécialion indulgenle et flatteuse bien digne de faire paidonner au mordant eiMlitjue ses pelils pt'chés tels tjue la médisance et la calomnie. Appai'iMiinienl dois-je \ ajouter (M'iui de gt)urmandise, eai" nolic persoiuiage prali(juail à fond 1.1/7 liv la (jurulc, comme (lisait Montaigne. 11 a jieini ce labh'au • l'une prison sous la Teireur '.

1. Souvenirs (le la marqui^ie de Cr^(fuy,[. VIII, p. 113. iilil.. 184i.

iMO COURCIIAMPS

« Lo pain finit par man(|uer à toute la population de Paris et le Gouvernement lit distribuer à chacun de ses prisonniers une douzaine de petites mesures de toutes sortes de graines, pois chiclies, fèves de marais, haricots, seigle, froment, orge, maïs, avoine, sarrasin, etc. ; il y avait jusqu'à du chënevis. Tirezvous-en comme vous pourrez. Si vous avez des moulins ou des mortiers avec des pilons, faites-en de la farine, sinon faites-les bouillir en macédoine... La personne la plus contrariée de ce mauvais régime était la comtesse d'Hinnisdaël, attendu qu'elle était continuellement préoccupée de gourmandise.

(( Imaginez ce que j'ai vu là-bas ! » s'écriait-elle en accourant éperdument. « Qu'est-ce (ju'il y a ? » — « Que va-t-il arriver ? »

« C'est le jardinier qui déjeune en mordant à même un pain de quatre livres et dans une botte de radis sans la délier ! »

a Que le diable t'emporte avec tes histoires de mangerie! Lui dit sa tante de Ghistelles, tu nous es venue faire une frayeur mortelle, et tu n'as de souci que pour ne pas mourir de faim. »

Dans les cachots jacobins, Courcliamps eut certainement imité M"""" d'Hinnisdaël. Il ne se contentait pas de récolter les historiettes gastronomiques d'autrefois, de collectionner les menus fantastiques du XN'iii*^ siècle, il avait aussi hérité du vaste appétit des ancêtres. Ami de Brillât-Savarin, épicurien, raffiné, dîneur et sou[)eur émérite, son éducation culinaire s'était formée aux meilleures tables et il prétendait

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mémo avoir pris des leçons à l'école de Cambacérès \ Chaque fois (ju'il manfjuait d'invitation, les clients des Frères Provençaux voyaient entrer vers six heures un monsieur de taille moyenne lég^èrement étoffé, au front haut, au nez proéminent, mais .ffrélé à frémir. Détaché comme s'il pénétrait chez lui, inaltentif aux regards, le familier répondait vaguement aux saluts de g-arçons et s'asseyait devant la tai)le réservée qu'un maître d'hôtel respectueux s'empressait d'avancer. On apportait avec cérémonie un pain cuit spécialement, des plumes, un encrier, une liste de vins, une carte des mets et M. le comte Marius de Courchamps daignait se préparer au sjiint sacrifice. Après (juehjues explications liminaires, il dictait ses volontés et adressait des recommandations solennelles d'une voix doucereuse, puis, t;m(lis (|ue commençait le service, noti-e goiii-in.iiKl e.\lra\ail de sa poche deux ou trois lioles renternianl des sauces à lui, sauces incendiaires destinées à sliinulei" l'estouiac Poui" en allt-nuei- l'eirel trop xioleiil, il les couj)ail haltilenieiil par des \ iiis du uieilleui' ci'ù, surtout de H(»uig(»L:ne Désii'eux d niti-resseï- le lecteui" en lui laisaul x'enii' l'eau à la liouidie. je \ais (h''pl()\ei' le iiieiiu d lu» exctdlenl dinei' de gai'çon «ioinu' le '.\\ juillet \X'X.\ dans le i^iand caluiu't des Frères Provençaux. \ oici d'ahoid le nom des six

I. Ceci d'apirs Ilof;i«r tic Itcauvoir, car tians sa Sco-physiologie^ du goût, Coiiirluuiips \\v siMiililo pas grand adiniraleur de l'archirliaïu'plior : il t'-crit : « ... Lo si'rvico (1«« la sallo ù mani;cr sViporait toujours «luv. M. CamhaconVs. avt'i' Itoaucoup plus d'oslcuUtion «{U*' de savoir-vivre cl do liln^ralilo gaslronoinii|uo. »

iM-> COURCIIAMPS

convives avec leurs qualités intégralement transcrites \

Le Comte de Courchamps Alphonse Roger

Aniphylrion rélrospeclif el progressif. Auteur de Manoël cl dc^guslaleur

allcntif.

Roger de Beauvoir Le I^unce H. Galitzin

Autheur de VEscollipr de Clugnxj, Poêle lauréat d'Arkangel

c'est tout dire 1 et gastrouome acadéniicjue.

Le Marquis Alfred de Monterello

Qui passe avec raison pour un des gourmets les plus intelligents et les plus spirituels de Paris.

Louis de Maynard de Quœille

Autre gentilhomme de lettres et gourmet postulant.

Passons au programme de la cène :

Un potage.

Une copieuse et forte bouillabaisse au turbot,

au surmulet, aux rougets de roche, aux éperlans

de Quillebeuf, aux huîtres d'Ostende et aux moules de Dieppe.

Quatre hors-d' œuvre.

Beurre de Vanvres au vert-pré de cerfeuil Cantaloup de Bagneux

Filets de sole marines

aux câpres d'Antibes.

Figues d'Argenteuil.

Un relevé.

Hochepot de queues de bœuf aux sept racines à la bonne femme.

Deux entrées.

Concombres farcis

au blanc de volaille

et à la moelle.

Cailles à la Pompadour au laurier.

Un rôti.

Trois canetons de Rouen farcis à l'anglaise. (Bread-sauce au catchup et à la sauge verte).

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