‹ Romieu et CourchampsChapitre 8 sur 54 · I. iî.iullf ; Mes Souvenirs, l'aris · texte numérisé non relu

I. iî.iullf ; Mes Souvenirs, l'aris

Le père de Joseph Prudhomme songeait un soir de novembre assis devant son feu. Onze heures venaient de sonner lorsqu'on frappa à la porte. Il ouvrit et se trouva en face d'un inconnu.

« M. Henry Monnier?

— C'est moi. Donnez-vous la peine d'entrer.

— Merci. Je suis rompu de fatigue, mais vous demeurez au diable. C'est éreintant de monter chez vous. »

Monnier qui flairait la farce se tint sur ses gardes.

« Que c'est haut !... Vous n'avez rien à m'offrir?

— Si, un verre de cassis.

— J'aimerais mieux manger quelque chose.

— Vous tombez mal, il ne me reste qu'un morceau de gruyère, du pain et du vin.

— Votre garde-manger n'est pas riche. Enfin ! » La conversation continua sur ce ton entre les deux

hommes impassibles. Romieu, on l'a reconnu, s'installa, dîna, réclama une robe de chambre et des pantoufles, puis désira se coucher. Lliôte proposa sans broncber la moitié de son lit dans lequel les compères s'endormirent côte à côte du sommeil de Finnocence. Au jour, Romieu usa des rasoirs de Monnier, employa son savon, s'habilla et dit : « Allons, adieu. Je ne vous sollicite pas un déjeuner puisque votre buffet est veuf de comestibles, mais si vous voulez accepter celui auquel je vous invite, cela me fera plaisir. ^)

— Volontiers.

— Comment, sans me connaître?

— Vous oubliez que nous sommes camarades de lit.

— Ah ! décidément, mon cliei- Monsieur, vous êtes d'une belle force et Romieu vous rend les armes. »

Henry Monnier en charmant narrateur qu'il était, se plaisait à raconter cette scène, prenant et quittant sans ed'orts la voix et les attitudes des deux personnages. Lorsque son partenaire assistait au récit, il ne manquait pas d'ajouter : « Demandez àLazarille si tout n'est pas scrupuleusement exact. C'est depuis lors que ce grand citoyen est devenu l'une des attaches les plus précieuses de mon cœur d'homme. » Et Homieu approuvait d un sourire.

Au reste, il avait raison de considérer le d«'ssinateur comme un énal en gaîté gamine, celui-ci ne lui cédant en rien pour les charges improvisées. L'n jour, Monniei' enli'e che/ un pâtissier, salue la dame du comptoir, jette un regaid (h'daiiziieiix sui- les gâteaux, en prend un, \ iiioitl UIU» houeht'e et h' leiiiel eiilam»'sur le plaleau huit eu faisant la giamaee ; il ext'cut»' la même maïueuNi-e axer un second, puis uu lii)isième jusiju à ce (jue la commerçante Jelle des cris indignés.

Le vulgaire amusé confondait parh>is le> e\ph)ils des deux lu'ros el Ion ne sait si c'est Homieu ou Mou nier l'auteur du haut l'ail suixanl :

Il pt''Ut'ti-e dans une ganteiie. s'incline dexanl une \endeuseet lui dit a\ec l'accent h' plus pui". la correction L:iammaticale la plus aHeclée :

« Madame, je commence par vous tlemander

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pardon. Vous allez avoir de la peine à me comprendre. Je suis étranger et ne sais pas un seul mot de français. »

On le regarde avec étonnement. 11 poursuit : (c Je dois reconnaître la parfaite urbanité et la gracieuse indulgence des Parisiens dont la finesse supplée à ma mauvaise élocution. Me saisissez-vous ?

— Certainement, Monsieur.

— C'est une nouvelle preuve de Fintelligence que je signale et çà me donne le courage de continuer. Je désire une paire de gants... Est-ce bien ainsi qu'on demande ?

— Oui, Monsieur, quand on veut des gants.

— Mille grâces. Donc je désire une paire de gants en clievreau... Vous concevez?

— Très bien.

— Que de remerciements ! C'est qu'on est embarrassé quand on ignore absolument la langue d'un pays.

— • Mais non, vous vous exprimez parfaitement.

— Trop bonne en vérité. Veuillez prêter toute votre attention à ce qui me reste à dire. »

La scène se prolonge pendant dix minutes et le mystificateur termine : « On est bien beureux de trouver ainsi tant de grâce et d'amabilité à Paris (juand on ne sait pas le français. » Puis il salue et sort sans avoir souri une seule fois.

Le moment ai'rivait où M. le Conservateur des monuments du Morbihan allait monter un degré dans la biérarcbie, sans pourtant franchir un échelon entier

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dans la ^ravilé. Par son incurie et sa maladresse Charles X causait la chute de la monarchie légitime. Pendant qu'on se fusillait dans les rues de Paris, les viveurs fréquentaient la place de la Bourse et buvaient frais au foyer des Nouveautés. Romieu se montrait un des plus ardents parmi ceux (jui prenaient des forces et du courag^e pour les combattants. Cette vaillance obtint sa récompense. Les jeunes libéraux se «groupaient autour de Louis- Philippe. Romieu avait mis sa verve railleuse et militante au service de cette artillerie légère qui, durant (juinze ans, bombarda la Maison de Bourbon, il se trouva donc désigné aux faveurs du nouveau régime, et comme Tesprit sert à tout, l'enfant chéri de la folie sut parfaitement s'assouplir aux convenances de sa position. Il devait cependant (jutdcjue reconnaissance à la branche aînée. N'était-c»' pas dui'ant son séjour en Bretagne (ju'il avait épousé la tille de M Villemain, député' de Loiieiil, ancien ollicier de diamms (jue la Restauration ;i\ait exih' en 1S|."» à cduse de son bonapartisme? I^es Bourbons ehass/'s de l''i-ance, Romieu i-enconirail en son beau-pi're un utile prolecteur el lui-inènie sappuvait de lnules ses t\)rres, comme le deinonire (M'Ile lellir ' .

Monseigneur.

M. Viennol. (It'puU* do riléraull. a l»ion voulu me pri^scnlor A M. le Minisire |>rovist»ire de llnlérieur \univ remplir les fonrlion.s de sou-s-prélVl do I.nrienl. Je sollirile mtdns (pie eela. Il

I Archirt's Salionalcs, \-'\^ \ lTi'^

y a peut-être quelque danger ù se rendre aujourd'hui dans un département organisé pour la guerre civile et où quelques-uns des miens ont péri de la main des chouans. M. Villemain, mon beau-père, ancien député de la gauche de 1819 à 18*23 connaît ainsi que moi le personnel de la chouannerie, j'ai des notes précieuses sur les munitions de guerre cachées dans les jardins de plusieurs curés du Morbihan. Je demande à me rendre à l'instant dans ce pays et à y exécuter avec autant de promptitude que d'énergie les ordres que Votre Altesse voudra bien me donner.

A. ROMIEU, ancien élevé de l'École polytechnique.

Cette supplique produisit son effet. Le 28 août 1830, Romieu était nommé sous-préfet de Quimperlé. En cette première période qui commençait pour lui la vie administrative, le nouveau promu ne s'appliqua guère qu'à la surveillance, j'allais dire à l'entretien des pierres druidiques, mais pour noyer un peu le vieil homme, il rompit avec le théâtre, du moins comme auteur. Plus de pièces folichonnes, plus de répétitions ni de conseils privés aux jolies actrices, plus de partenaires spirituels, bien qu'il fût difficile de supprimer en quelques semaines les habitudes d'autrefois. Un écrivain qui sollicitait sa collaboration et par ses importunités l'avait contraint de feuilleter un drame en cinq actes, recevait cette amusante réponse laconique ' :

.Monsieur,

J'ai lu votre manuscrit

Je vous laisse le choi.\ des armes.

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