‹ Ronces et lierresChapitre 13 sur 41 · LA LAVANDIÈRE · texte numérisé non relu

LA LAVANDIÈRE

Lq4 LoiVc4C^VIÈ\E

(bergeronnette des ruisseaux)

NICHES-TU toujours, fine lavandière, Au roc du moulin, près du déversoir Dont l'eau rejaillit comme une poussière Où s'érige un bel arc-en-ciel, le soir?

Dès les premiers jours d'avril, joli couple, Allez-vous glanant, au flanc du coteau, Brins d'herbe séchée ou de laine souple. Amoureux pressés de faire un berceau?

Peinant pour asseoir sur la roche lisse

La base en talus du petit palais,

Tremblant que dans l'eau farouche il ne glisse

Sous le poids des œufs ou des oiselets;

Puis matelassant la frêle demeure,

La capitonnant de plume et de crin,

— Au bruit du torrent qui gronde ou qui pleure

Et fuit emportant votre clair refrain;

Ensuite, pendant deux semaines lentes.

Captive endurant la soif et la faim, Sous un vert rideau de mousses tremblantes, Vas-tu donc couver et couver sans fin?

Tandis que le long du ruisseau qui jase Ton mâle sautille et cueille à son gré Moucherons de l'air ou vers de la vase Et mire au flot clair son jabot doré...

Ah I pourvu que nul fripon de Técole, Nul fils du meunier à l'œil pénétrant.

Nul chat attiré par tout ce qui vole Ne grimpe à ton nid malgré le torrent,

Et pourvu qu'en mai ta couvée essaime,

Vaillante, emplissant de son gai concert

Le vallon étroit où jadis moi-même

J'eus mon nid bien chaud — maintenant désert!

r^^Ts

Page 1